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Diasporian News of Friday, 4 December 2020

Source: camer

Les régionales divisent les Camerounais de l’hexagone

Les compatriotes expatriés s’écharpent sur le scrutin du 6 décembre au pays de Paul Biya. « Nous nous retrouvons, nous avons le souri- re. Mais c’est un sourire de façade. Comme les élections régionales du 6 décembre 2020 au Cameroun. Nous ne nous sommes plus adressés à vous depuis septembre dernier. Nous sommes dans une phase de réflexion qui nous permet aussi de laisser nos ennemis avancer pour mieux se dévoiler. Ferdinand Ngoh Ngoh qui va dire au revoir à l’Ambassadeur Suisse, en fin de mission au Cameroun, en lieu et place du « Lion mou », c’est une image très intéressante et pleine d’enseignements ». Caroline Pégang (lire par ailleurs) en région parisienne, et deux de ses camarades, El Che Nou d’Allemagne et Olivier Tchanang alias porc de l’Ouest, tous membres du collectif des Camerounais de la diaspora, appellent au boycott massif du scrutin régional de ce dimanche, au pays des Lions Indomptables.

Dans une vidéo de 33 minutes postée sur les réseaux sociaux, le collectif tente d’expliquer sa démarche : « On sait aujourd’hui la stratégie qui est celle de Yaoundé avec l’aide de la France, pour maintenir le Professeur Maurice Kamto dans l’isolement, sous résidence surveillée, et continuer l’entourloupe du scrutin régional. La France veut absolument la tenue de ces élections régionales pour élire un nouveau président du Sénat, sachant que c’est ce dernier qui assuera la vacance du pouvoir en cas de nécessité », poursuivent-ils, avant de dévoiler le mot d’ordre adopté pour la circonstance : « Non au hold up électoral ! Oui à un code électoral consensuel ! Libération de tous les prisonniers politiques ! » Proclament-ils, prévenant sous forme de menaces à peine voilées : « Tous ceux qui se hasarderont à participer à cette entourloupe, à cette mascarade électorale, retrouve- ront des membres de la diaspora sur leur che- min ».« Décentralisation et développement »

Photographe professionnel, en région pari- sienne, Jean-Noël Woumo apprécie le scrutin de ce dimanche. « Vu de l’extérieur, je suis très content qu’enfin les élections régionales puis- sent voir le jour au Cameroun, après tant d’années d’attente. Il faut maintenant espérer que les régions prennent les choses en main et que toutes les décisions ne seront plus imposées à partir de Yaoundé ». Il ajoute : « Le président de la République SE Paul Biya est à féliciter d’avoir respecté cet autre engagement prévu dans notre constitution. Attendons toutefois de voir si les bonnes personnes seront désignées au bon endroit pour diriger nos régions. En atten- dant, je souhaite par anticipation bon vent aux futurs élus du 6 décembre au soir et que vive notre beau pays le Cameroun, qui entre ainsi dans une nouvelle ère ». Une posture que n’est pas loin de partager le Dr Evariste Tchikaya, de la Diaspora modèle, dans l’île de France. « L’organisation des élections régionales est salutai- re, elle marque une avancée dans la consolidation de la démocratie camerounaise. Ses attentes par rapport à cette consultation sont réelles. Les élections régionales du 06 décembre marqueront la maté- rialisation de la décentralisa- tion, tant prônée par le Chef de l’Etat, S.E. Paul Biya. Ce tournant de notre démocratie donnera aux régions plus d’autonomie en ce qui concerne la gestion des localités atte- nantes. Les décisions pour le bien-être des populations, ne seront plus attendues du pou- voir central. Les hommes de terrain seront appelés à plus de responsabilité et de loyauté », confie-t-il. M. Tchikaya est convaincu que la décentralisation, en confiant davantage de marges de manœuvre aux régions, place ces dernières au cœur du développement du triangle national. « Je pense qu’avec cette décen- tralisation, les régions ont un rôle majeur à jouer. Elles auront plus de lisibilité sur le recensement des besoins des populations, ceci via les services municipaux des différentes localités. Et par conséquent, avec le patriotisme des uns et des autres, les régions pourront très vite promouvoir le bien-être auquel aspirent les citoyens ». La réussite de la décentralisation, au Cameroun, dépend à la fois de la qualité des hommes et des femmes qui présideront les Conseils régionaux, mais également de l’intérêt que les citoyens y manifesteront.

Trois questions à ....Chef Aby Donfack « On ne peut rien attendre des régionales de ce dimanche »

Chef du village Menouet dans le groupement Foto à Dschang, exilé en France pour des raisons de santé, il est aussi journaliste. Il analyse les enjeux des régionales du 6 décembre au Cameroun.

Quels sont les enjeux du scrutin du 6 décembre au Cameroun ?

Le scrutin régional du 6 décembre au Cameroun, pour la mise en place des conseils régionaux, avec l’élection de 900 membres sur l’étendu du territoire natio- nal, donne la garantie à un parti politique de gagner seul d’office, sur au moins 35 des 58 départements, n’ayant aucun concurrent en face, surtout dans les régions anglophones du NoSo. Alors qu’on annonce à grand renfort de publicité, 14 partis politiques en compétition. C’est une vraie parodie ! Quelle élection crédible sans la participation des deux principaux ténors de l’opposition ? Le parti du Professeur Maurice Kamto (le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun – MRC) et celui du Chairman Ni John Fru Ndi (Social Democratic Fund - SDF), prônent le boycott de ces élections, avec des raisons qu'ils défendent bien. Notamment, la réso- lution des crises qui secouent la plupart des régions du pays, « la révision consensuelle du code électoral, avant toute élec- tion crédible ». Rien de tout ça n’a été fait. Le pouvoir en place n'a accordé aucu- ne attention à ces préalables, il a plutôt préféré engager ce processus électoral avec des partis anodins, dans un pays en lambeau. On ne peut malheureusement rien attendre de sérieux d’un tel scrutin. C’est regrettable pour notre démocratie et surtout, pour notre tout premier Conseil Régional.

Cette consultation se déroule dans un contexte de crise sociopolitique avec les tensions dans le NoSo. Quelles conséquences sur la mobilisation des électeurs ?

Effectivement elle se déroule au moment où tous les voyants sont au rouge. Pourtant le pays a pris près de trois décen- nies pour engager la mise en place de cette disposition de la constitution, donc pour préparer cette consultation. Une crise sociopolitique inédite secoue le pays depuis la dernière élection présidentielle, la décision prise lors des assises du grand dialogue national, d’accorder un régime spécial aux deux régions anglophones du pays, pour calmer les ardeurs des séparatistes armés, reste sans effet palpable. La corruption est de plus en plus galopante, avec des dizaines d’anciens membres du gouvernement et diri-geants de sociétés d’Etat en prison. La crise sanitaire planétaire de la Covid-19 a touché le pays de plein fouet. L’insécurité règne dans toutes les régions, avec notamment la secte islamique Boko Haram dans le Septentrion, la rébellion sépara- tiste anglophone sur toute la partie Ouest. La guerre en Centrafrique, qui affecte les 797 km de frontière que nous avons avec ce voisin à l’Est. Au Sud, il y a aussi du grabuge sur la frontalière avec la Guinée Equatoriale. Dans nos grandes villes, il ne se passe pas de jours sans qu’on n’enregistre des agres- sions et autres crimes ignominieux, que ce soit à Douala ou à Yaoundé. Au plan économique, le sort de notre pays est depuis de nombreuses années, entre les mains de la plus grande dictature économique internationale, le FMI. On n’a jamais pu en ressortir. Conséquemment à la gabegie dans la gestion des fonds pour les chantiers de la CAN et la lutte contre la COVID-19, la prévision de la croissance du pays a été ramenée cette année de 3,8 % à -3,5 %, le taux moyen en Afrique subsaharienne étant de -3,2 %. Et selon la loi des finances rectificative, adoptée en juin dernier, le déficit budgétaire se creuse à 4,5 % du PIB. Le taux de pauvreté est déjà de 28,7 % aujourd’hui, avec un sous- emploi de la main d'œuvre estimé à plus de 50 %.

En quoi le résultat de ce scrutin pourra-t-il changer la vie des Camerounais ?

C’est difficile de répondre à cette question, au regard des chiffres que je viens de donner plus haut, personne ne peut nous expliquer l’urgence qu’il y’a à organiser à tout prix ces élections en ce moment. Si ce n’est pour accentuer davantage la déconstruction du climat social. Personne ne peut non plus affirmer que les résultats pourront apporter un quelconque changement dans la vie des camerounais. J'ai eu l'honneur de couvrir en tant que journaliste, Rédacteur en Chef du journal Challenge Hebdo à l'époque, la conférence tripartite : gouvernement-opposition-société civile, au mois d’octobre 1991, présidée par le Premier ministre d’alors, le regretté SE Sadou Hayatou. C'est à l'occasion de cette messe nationale qu'ont été jetées les premières marottes de la décentralisation, avec à la clé la transformation de nos Provinces en Régions, entre autres. La mise en place des Conseils régionaux dont les présidents élus devraient remplacer les gouverneurs. Après s'en est suivie la modification de la constitution et… plus rien. C’est mainte- nant seulement, 29 ans après, qu’on nous sort enfin le projet des tiroirs poussiéreux. C’est indubitablement un polar de mauvais goût. Une fourberie politique, pour le quotidien des camerounais. Les choses se pas- sent comme un partage des prébendes à huis-clos, entre des petits copains. En y mêlant même certains Chefs traditionnels, dont le Roi des Bamendjou, Sa Majesté Jean Rameau Sokoudjou, questionne la légitimité coutumière. Des chefs pour la plupart des prévaricateurs à la solde du parti au pouvoir. Après la nomination de certains « chefs coutumier » au Sénat, le scrutin du 6 décembre prochain est depuis les investitures de candidats et la campagne électorale, entrain de trahir la com- plicité de certains de mes homologues chefs traditionnels, à faciliter l’ingérence et la destruction de nos valeurs coutu- mières par l’autorité administrative. Et ces chefs se plaisent au jeu. Au nom des prébendes ! Captivité ou inconscience ?

Caroline Pégang « Les élections régionales sont une fumisterie…»

Activiste d’origine camerounaise, membre de plusieurs associations et organisations de la société civile, dans l’hexagone, elle donne la position du Collectif des résistants camerounais de la diaspora sur le scrutin du 6 décembre.

« Cette mascarade que l’Etat camerounais est entrain de vouloir mettre sur pied est pathétique. C’est une fumis- terie. Il suffit de lire le règlement lié à ces élections régionales pour s’en convaincre. Les textes relatifs à ce scrutin montrent le cynisme des gouvernants camerou- nais, le cynisme de l’impérialisme français au Cameroun. Ils vont élire 900 Conseillers régionaux répartis sur 10 régions avec introduction d’une représentation des chefs traditionnels », note Caroline Pégang, étonnée que l’on puisse donner autant de place dans ce système à ces chefs coutumiers.

« L’institutionnalisation du tribalisme »

« Nous sommes totalement opposés à ce que les chefs traditionnels aient un rôle aussi prépondérant dans la République. Ce n’est pas leur rôle, ce n’est pas leur place. Ce que nous constatons, c’est que la région va être gouverné par un représentant de l’Etat, par une personne nommée et donc non élue. En gros c’est encore une question de l’entre-soi, entre amis », déplore-t-elle avant de souligner : « Par ailleurs, le Conseil régional va être présidé par un président élu par les conseillers régionaux et surtout, il faut que le président élu soit un autochtone », ironise-t-elle avant de s’interroger sous forme d’agacement : « Que veut dire le mot « autochtone » pour la jeune génération des Camerounais en 2020 ? Nous sommes convaincus que cette notion vient institu- tionnaliser le tribalisme avec toutes les conséquences que cela implique ».

La présidente du Collectif des Résistants Camerounais de la diaspora soutient que cette dérive politique qui s’appuie sur la concertation démo- cratique, est entourée d’arrière-pensée machiavélique. « En consacrant le tribalisme par les élections régionales, le régime de Yaoundé est en train de préparer les nids de futures guerres au Cameroun. Des régions entières vont se déchirer sur le prétexte de cette notion d’autochtone. Chaque personne qui constate que c’est son territoire va vouloir avoir les biens pour sa famille, son ventre, son… je ne sais quoi. Cela veut dire aussi qu’une personne née à Douala de parents bamiléké ne pourra jamais être considérée comme faisant partie du poumon économique du Cameroun. C’est triste. Nous ne pouvons pas accepter cela », s’indigne Caroline Pégang.

L’avenir nous dira si elle était visionnaire, mais alors il sera sûrement trop tard pour endiguer les effets collatéraux du tribalisme au Cameroun.

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