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Diasporian News of Wednesday, 5 August 2020

Source: camer

Le patrimoine du Cameroun en France doit être clarifié - Abdelaziz Moundé au régime Biya

Coordonnateur du projet de la Maison des Camerounais de France/Centre Franco Camerounais (Mcf/Cfc), ce journaliste, très impliqué dans la veille citoyenne sur la gestion des biens du Cameroun dans l'hexagone, dévoile les fruits de ses premières investigations

Vous menez une veille citoyenne sur les biens du Cameroun en France. Premier bilan?

Les fondements de cette démarche sont triples : mettre les outils, méthodes et acquis du journalisme d’investigation au service des questions citoyennes et des causes d’intérêt général et collectif ; construire un cadre d’expression citoyen au sein de la diaspora et enfin, s’appuyer sur les exigences républicaines et les dispositions légales pour assurer une veille et un contrôle citoyen de l’action publique ( politiques publiques, activité parlementaire, action des collectivités territoriales décentralisées ). Et l’une de ces dispositions est la loi du 11 juillet 2018 portant Code de Bonne Gouvernance et de Transparence dans la Gestion des Finances Publiques au Cameroun.

Fort de cela, j’ai engagé, rejoint aujourd’hui par des Camerounais de France et de la Diaspora et ceux de l’intérieur, une démarche visant à mettre à jour la situation des biens meubles et immeubles de l’Etat du Cameroun en France, dont la gestion était présentée comme opaque et non conventionnelle. La première étape a été le travail d’investigation sur le scandale des résidences de l’Ambassadeur du Cameroun en France. Fait inédit, le Cameroun, s’est retrouvé en 2016 avec 3 hôtels particuliers de très haut standing pour loger un Ambassadeur, ce que ne pouvaient se permettre les Etats présentés comme les plus riches au monde. Et en 2019, 2 autres résidences y ont été ajoutées. La première résidence, acquise au début des années 80, située au 5 villa Maillot à Neuilly sur Seine, aux portes de Paris, est aujourd’hui habitée par des proches de la famille du président Biya et de son épouse. Après d’importants travaux au milieu des années 2000, l’Ambassadeur d’alors, Pascal Biloa Tang, n’y est pas retourné, prié de résider dans un hôtel dans la proche banlieue de Paris, pour un coût important supporté par le budget de l’Etat.

La deuxième résidence, située au 52 avenue Albert 1er à Saint-Maur des Fossés, en région parisienne, acquise en 2008, pour une valeur de 3 milliards de Fcfa, par une commission du Comité de gestion des biens meubles et immeubles de l’Etat du Cameroun, basée à la Présidence de la République, a été habitée de 2008 à 2015 par M. Mbella Mbella, alors Ambassadeur. Située à 14 km de Paris, à 25 mn de l’ambassade, elle n’a pas été habitée par M. Samuel Mvondo Ayolo alors ambassadeur, qui a fait le choix de louer une résidence provisoire à 180.000 euros, soit 120 millions de Fcfa par an, au 63 rue Michel-Ange Auteuil à Paris. Remettant alors les clés de la résidence de St-Maur des Fossés à un de ses proches, M. Mfoula. Après l’avis défavorable du ministre des Finances, Alamine Mey, concernant la location d’une résidence provisoire, il avait néanmoins pu obtenir du ministre de l’Economie de ce temps, LouisPaul Motaze, deux crédits en juillet et août 2016, d’une valeur totale de 420 millions de Fcfa pour la location et l’équipement de cette résidence, incluant notamment un mobilier pour 60 millions de Fcfa.

Cette résidence après la nomination de M. Ayolo comme ministre-directeur du Cabinet civil a été occupée par des membres de sa famille. La troisième résidence a été louée en mai 2019 pour loger M. Alfred Nguini, alors Ambassadeur, au 6 rue Arsène Houssaye dans le 8e arrondissement de Paris, pour un coût annuel de 100.000 euros, soit 65 millions de Fcfa. Et la quatrième, une résidence dite secondaire de l’ambassadeur, a été louée, au 45 rue du Général de Gaulle à Meudon-la-Forêt(92), en septembre 2019, pour y loger la secrétaire de l’Ambassadeur Nguini, venue de Côte d’Ivoire, pour près de 36.000 euros l'an, soit près de 24 millions de Fcfa. Suite à de multiples vidéos, textes et documents d’interpellation sur cette situation, action engagée fin 2017, j’ai fait état d’une part de la présence des personnes sans titre ni qualité dans ces résidences et d’autre part, dénoncé l’hémorragie financière qu’entrainait la multiplication de ces résidences.

J’ai adressé un message d’alerte et d’interpellation au nouvel ambassadeur, André Magnus Ekoumou, nommé à Paris, le 30 juin 2020 et une semaine après, une mobilisation a été organisée à la résidence de Saint-Maur des Fossés, qui a été libérée de ses occupants, le lundi 20 juillet avec un état des lieux effectué par un huissier, les serrures changées et des travaux de rénovation engagées ; d’autre part, des résiliations de baux ont été entamées, concernant la résidence dite secondaire de Meudon-laForêt et celle du 8e à Paris, et enfin, un inventaire du patrimoine immobilier a été lancé par la Mission militaire du Cameroun en France. Nous allons élargir l'action autour des biens meubles et immeubles en France et en Europe.

Comment expliquer l'abandon de la résidence des Ambassadeurs à St-Maur-des Fossés, depuis le départ de M. Lejeune Mbella Mbella en 2015?

C’est une question fondamentale qui renvoie aux dérives, dysfonctionnements et entorses dans la gestion de nos biens meubles et immeubles, à la personnalisation de l’Etat et au peu d’attention prêtée à la gestion de l’argent public qui peut être utilisé à bon escient pour des besoins en eau, électricité, écoles, centres de santé au Cameroun, au lieu d’être dilapidé de façon inconséquente. C’est le sens de notre action afin qu’une réforme de fond soit menée afin de mettre fin à l’hémorragie financière constatée autour de ces biens.

Qu'attend la Maison des Camerounais de France/ Centre Franco-Camerounais (Mcf/Cfc), du nouvel Ambassadeur Ekoumou?

La Maison des Camerounais de France/ Centre Franco-Camerounais (Mcf/Cfc) a des objectifs liés à la valorisation de la présence camerounaise en France à travers son programme Passerelles et Synergies, et à la construction/aménagement d’un lieu dédié à la dynamique associative, culturelle et économique des Camerounais de France. Sur ce plan, un accompagnement des pouvoirs publics est nécessaire d’autant qu’effectivement le Cameroun dispose d’un patrimoine en France. Une première réponse a été apportée consistant à expulser les occupants sans titre ni qualité, de la résidence de St-Maur-des Fossés, une seconde concernera l’effectivité de son occupation après les travaux de rénovation engagés, en attendant que soient clarifiés les dossiers liés à la résidence de Neuilly-sur-Seine et de l’ensemble du patrimoine immobilier camerounais en France.

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