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Business News of Thursday, 14 March 2019

Source: Sahel N°1191

Maroua: le savon Garlaka se fait rare sur le marché

Dans le principal site de vente du savon traditionnel communément appelé «Garlaka», situé en face de la Sodecoton, un groupe de femmes devise. Elles semblent visiblement désemparées. Et pour cause, leur principale activité commerciale qu’est la vente du savon Garlaka (savon traditionnel) ne tourne plus ces derniers temps. En effet, ces femmes ont fait de la vente du savon Garlaka ; leur métier depuis des décennies. Issu du recyclage des déchets d’huile massivement produit par la Société de développement du Coton du Cameroun (Sodecoton), le savon Garlaka est aujourd’hui difficile à trouver sur le marché. Pourtant, il très prisé par les ménages des villes des régions septentrionales. Cette absence qui ne passe pas inaperçue se fait surtout remarquer dans la ville de Maroua où de nombreuses femmes ont fait de sa fabrication une activité vitale. «Avant, nous n’avions pas le temps de nous assoir parce qu’il y’avait du travail pour faire des savons. Maintenant c’est devenu assez rare, très rare parce que nous n’arrivons pas à avoir du matériel.

La soude coûte très cher et en plus même les déchets de la Sodecoton sont devenus difficiles à avoir» se plaint Mailassou l’une des fabricantes de savon Garlaka. Mais aussi difficile qu’est devenu difficile l’accès aux intrants de la fabrication du Garlaka. «Pour faire du savon Garlaka, il faut être une personne très calme. C’est l’école, il n’y a pas de hasard ici. En fait, à la base il faut d’abord se ravitailler en soude et en déchets d’huile de Coton. L’huile nous l’achetons juste en face à la Sodecoton. La soude vient du Sud et les prix augmentent chaque jour; Avant on en prenait à 4000 francs le litre, maintenant c’est presque 7000 sinon plus. Maintenant quand tu as tout ça il faut faire les mélanges et la cuisson. Durant la cuisson il faut être à côté pour tourner jusqu’à que ça devienne le savon. C’est vraiment fatiguant parce que nous le faisons sous une forte chaleur et les produits entrent directement dans notre corps» explique-t-elle. Sans doute n’a-t-elle pas tout dit du procédé de fabrication à entendre Mabré, l’une de ces copines expliquer les raisons. «On ne peut pas vous donner la formule exacte, c’est un secret professionnel sauf si vous voulez entrer en cuisine avec nous» renchéritelle. La cuisson du Garlaka terminée, les femmes le passent au moule pour ensuite laisser refroidir avant le découpage.

Le refroidissement est l’une des étapes essentielles du procédé de fabrication «c’est en ce moment que tu sais si tu as réussi ou pas. Il y’a deux types de Garlaka. Le marron que vous appelez noir et le blanc, chacun à sa façon d’être fait» explique-t-elle encore. Des façons différentes d’être confectionnées qui impactent nécessairement sur les prix. Si les deux versions de Garlaka sont vendues entre 50 francs et 200 francs, il n’en va pas moins que les quantités et les usages sont différents. Le Garlaka noir est essentiellement réservé à la vaisselle, à la lessive, mais très rarement au bain. Le Garlaka de couleur blanche est surtout utilisé pour les soins corporels des femmes. Toilette intime, lavage des cheveux, lavage de corps, masque, tout y passe tant les vertus de ce savon sont nombreuses. D’après Hadjidja, une femme rencontrée en achat de ce savon, le Garlaka est un produit thérapeutique. «Lorsque vous avez des cheveux qui se cassent, des pellicules ou alors des cheveux que vous souhaitez rendre souples, il faut utiliser ce savon parce que c’est fait avec des produits connu de tous et ce n’est pas dangereux comme les produits importés.

Moi je fais aussi des masques avec parce que ça rend ma peau assez lisse et ça enlève les tâches et les graisses» confie-telle avant d’en acheter. Opération de marketing certes, mais la vendeuse dit s’être spécialisée dans la vente du Garlaka blanc pour ces mêmes raisons. Des clientes, elle en trouve plus vite au marché central où elle s’est établie depuis quelques années déjà. Un commerce qui lui offre des avantages assez nombreux. «C’est avec ça que je paye l’école à mes filles puisque mon mari s’occupe des garçons, c’est aussi avec ça que je le soutiens» confie-t-elle également.

Pour Maïpa, «ce savon devrait en principe être la fierté de la Sodecoton qui doit beaucoup nous soutenir parce qu’on les aide à donner une utilité sociale aux déchets qu’ils produisent». Le savon Garlaka avait été exposé il y a quelques années au forum «Innovative service in difficult environment for recyclet» artisan tenu à Yaoundé et avait semblé intéresser des investisseurs. En attendant, les fabricantes continuent d’améliorer les techniques de fabrication