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Business News of Thursday, 12 September 2019

Source: Info Matin N°583

Mafia d'Etat: les milliards envolés de l'hôtel du Lac municipal

Maquette Du Lac Municipal De Yaoundé Un nouveau projet futuriste a été conclu avec un groupe belge

C’est officiel : l’enseigne américaine Radison Blu implantera un hôtel 5 étoiles aux bords du Lac municipal de Yaoundé. La convention de partenariat y relative a été signée le 10 septembre entre le ministre en charge des Douanes, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Henri Eyebe Ayissi et les dirigeants du consortium belge lidge/Hôtel Group, agissant pour le compte de la société Hôtels et résidences du Cameroun Sarl.

D’un côté de 80 milliards de francs pour 24-30 mois de travaux, le projet comprend un complexe hôtelier futuriste d’au moins 300 chambres, dans une tour de quelque 25 étages abritant également un bloc annexe en forme de yacht, des villas grand luxe, des piscines et autres équipements de sports et de loisirs. Son extension, quant à elle, comprendra des restaurants, un centre commercial ainsi que des espaces de loisirs.

Il s’agit de la énième convention d’envergure, présentée au public dans le cadre du projet futuriste de réhabilitation et de la valorisation du Lac municipal de Yaoundé, initié en 2003 par l’ancien ministre de la ville. En effet, ainsi que votre journal l’a déjà rappelé, en début février 2015, le président Paul Biya avait signé deux décrets habillant le ministre de l’économie, de la planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) à conclure, avec le Deutsche Bank Ag London Branch et la deutsche Bank Sae, des accords de prêt d’un montant total de 215.270.595.247 francs pour la cause. Plus tard, un accord de prêt complémentaire, d’un montant total de 7,3 milliards de francs, sera conclu avec la Deutsche Bank en vue du financement de la contrepartie camerounaise adossée au crédit-acheteur, destinée au financement de la phase I du projet dénommé le « Petit Manhattan ». Entre-temps, la filiale londonienne de la Deutsche Bank avait accordé un prêt de 21 milliards de francs à l’Etat de Cameroun pour la réalisation de ce même projet, pour lequel l’espagnol Caixa Bank s’était également engagé depuis 2013.

Le 28 novembre 2016, pour donner corps au chantier futuriste, le chef de l’Etat publiait un décret (n°2016/482) portant création, organisation et fonctionnement du comité de pilotage du projet de valorisation touristique et économique du Lac municipal et d’aménagement de la vallée de la Mingoa. On y annonçait, exactement comme le 10 septembre 2019, l’érection d’un hôtel 5 étoiles, d’un restaurant, de centres commerciaux et de parcs de loisir. A l’époque on affirmait que les financements étaient disponibles depuis septembre d’avant.

En novembre de la même année, face aux députés de la commission des finances et du budget le Mindcaf d’alors, Jean Claude Mbwentchou, annonçait le début des travaux pour le premier semestre 2017, pour une inauguration du complexe devant coïncider avec l’organisation de la Coupe d’Afrique des nation (CAN) de football 2019. Plus tard, des sources introduites se contentaient d’indiquer que le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, en sa qualité de président du comité de pilotage du projet, avait instruit des modifications au niveau de la consistance des travaux.

En février 2017, des engins entrèrent en action et démolirent les vestiges coloniaux ayant jadis abrité les ministères de travaux publics et des Mines, laissant la place à une nature défigurée et abandonnée aux loubards.

Seize ans plus tard, au moment où le Mindcaf et lidg/Hôtel Group s’affichent fièrement face aux caméras, plus personne n’évoque le sort réservé aux premières conventions signées avec des partenaires étrangers, ni la destination prises par les milliards débloqués en faveurs du projet « Petit Manhattan ». Une chose semble cependant certaine : dans le petit monde des affaires, une signature peur coûter une fortune en cas de violation des clauses contractuelles par l’une des parties.