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Infos Business of Monday, 13 September 2021

Source: Oeil du Sahel

Cameroun : CICAM au bord du gouffre

CICAM au bord du gouffre CICAM au bord du gouffre

Les employés n’ont pas perçu leur paie du mois d’août et celle de septembre est hypothéquée.Depuis le vendredi 10 septembre 2021, les machines de l’usine de la Cotonnière industrielle du Cameroun (CICAM) de Garoua sont à l’arrêt. Les employés ont décidé de débrayer pour n’avoir pas perçu leurs salaires du mois d’août 2021, et rien ne garantit le paiement des salaires du mois de septembre courant, des indemnités de congé des personnels bénéficiant du congé annuel, encore moins des pensions des retraités partis depuis janvier 2021. De sources internes à l’entreprise, dans les usines de Douala, le malaise s’est également installé, en dépit des réunions qui se sont multipliées depuis le début du mois courant (trois rencontres entre le 1er et le 9 septembre 2021), entre la direction générale et les délégués du personnel.

Ces réunions ont abouti à quelques décisions cosmétiques, qui témoignent de la gravité de la situation financière dans laquelle se trouve la CICAM. «Compte tenu des difficultés (…), et particulièrement du fait que le mois de septembre est celui des rentrées scolaires, le directeur général a instruit ce qui suit : cantonner toutes les recettes issues des boutiques à compter de ce jour (9 septembre 2021), accorder une avance de 50 000 FCFA à chaque employé… », peut-on lire dans le compte rendu de la réunion tenue le 9 septembre 2021 entre les travailleurs et les dirigeants.

Au cours de cette rencontre, apprend-on, la direction générale a profité de l’occasion pour dépeindre la situation très peu reluisante de cette entreprise publique, caractérisée par les écueils suivants : la panne du graveur qui a empêché la réalisation des différentes maquettes de tissus pendant environ deux mois ; la suspension de l’approvisionnement des usines en gaz pour cause de factures impayées ; le basculement vers le fuel qui a induit des coûts exorbitants ; les pannes survenues sur trois chaudières de l’entreprise…
Ces pannes des équipements, ainsi que les turbulences dans la relation commerciale entre la CICAM et Gaz du Cameroun (GDC), son fournisseur de combustible, ont provoqué un ralentissement des activités de l’entreprise au cours de ces derniers mois. En conséquence, dans l’incapacité de produire, apprend-on de sources internes à l’entreprise, la CICAM n’a pas pu satisfaire certaines commandes, et a parfois été contrainte de rembourser des avances perçues sur certaines commandes passées par des clients.

UNE ENTREPRISE MORIBONDE

Pis, souffle un cadre de cette société d’Etat, le 5 octobre 2021, la CICAM ne pourra pas capitaliser la célébration de la Journée de l’enseignant, évènement permettant généralement à l’entreprise d’engranger d’importantes recettes sur le pagne produit à cette occasion. Et pour cause, apprend-on, seulement 100 balles du pagne de la Journée de l’enseignant ont pu être produites, sur une prévision budgétaire de 912 balles, ce qui révèle un gap de plus de 800 balles et d’importants manque-à-gagner à la clé.

Pour rappel, depuis quelques années, la CICAM enchaîne des crises, en dépit d’un contrat-plan de 13,2 milliards de FCfa signé en 2015 avec l’État, son unique actionnaire. La persistance des tensions de trésorerie ne permet plus à l’entreprise de payer aisément les salaires, les prestations sociales auprès de la Cnps, et de désintéresser ses fournisseurs tels qu’Eneo (environ un milliard de FCfa de factures d’électricité impayées), Gaz du Cameroun (630 millions de FCfa d’impayés) ou encore la Sodecoton (environ 2 milliards de FCfa d’impayés).
La faute au manque de compétitivité et d’innovation de cette société du portefeuille de l’Etat, face à la rude concurrence des produits de l’industrie textile chinoise et ouest-africaine.


En effet, alors qu’elle était encore le fleuron de l’industrie textile dans la zone Cemac il y a quelques années, la CICAM ne contrôle désormais plus qu’à peine 5% du marché local du textile, contre 95% pour les tissus chinois, nigérians, béninois, etc. Cette rude concurrence a d’importantes conséquences sur les finances de la CICAM. Selon les états financiers officiels, cette société d’État affiche des pertes cumulées de 13,4 milliards de FCfa sur la période 2018-2020, avec un pic de 5,3 milliards de FCfa pour la seule année 2018. Son chiffre d’affaires est quant à lui passé de 13,2 milliards de FCfa en 2018 à seulement 9,9 milliards de FCFA en 2019, avant de chuter à 7,3 milliards de FCFA en 2020, soit une baisse de pratiquement 50% par rapport à l’exercice 2018.