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Infos Business of Tuesday, 6 July 2021

Source: LE POPOLI DU 5 Juillet 2021

Bras de fer dans le sérail : que peut le Ministre Mbarga face au patron de Cimencam?

Luc Magloire Mbarga Atangana et Benoît Galichet Luc Magloire Mbarga Atangana et Benoît Galichet

Le pugilat verbal entre le ministre du Commerce et le directeur général de la Cimencam s’étripent au sujet du prix du ciment. Le ministre brandit tout menaçant, la raison d’Etat face à la défiance de la Cimencam. Sa correspondance du 29 juin dernier, agite les cadenas et les clés devant le directeur général de la Cimencam dans sa fougue unilatérale d’augmenter les prix du ciment sur le marché camerounais.

Le ton ferme, Luc Magloire Mbarga Atangana rappelait ainsi à Benoît Galichet, au cas où il l’aurait ignoré, que le ciment fait partie des produits soumis à la procédure d’homologation des prix. Or, c’est la deuxième correspondance, que le ministre adresse en l’espace d’un mois au directeur général de cette société.

Le 11 juin 2021déja, une autre correspondance adressée au même destinataire, le Mincommerce se voulait plus modérée et pleine de courtoisie. Allant jusqu’à lui rappeler les remous sociaux qui ont abouti aux émeutes de 2008. « Au regard des menaces sérieuses à l’ordre public que cette situation préoccupante est susceptible de causer dans les jours à venir, je vous invite à la retenue, et au strict respect des prix jusquelà en vigueur, en attendant des consultations ultérieures que nous pourrions tenir », dixit Luc Magloire Mbarga Atangana.

La défiance et la provocation qu’évoque le Mincommerce dans sa correspondance du 29 juin laisse clairement subodorer que Benoît Galichet n’a pas cru devoir obtempérer au recadrage du ministre, contenu dans sa missive du 11 juin. Pourtant, le secteur du ciment et des matériaux de construction, constitue un domaine sensible où toute hausse inappropriée des prix peut susciter des remous sociaux, tels que ceux traversés par le Cameroun en février 2008. Depuis lors, les associations consuméristes, à l’instar de la Ligue camerounaise des Consommateurs, se sont appropriées la querelle, et menacent simplement d’appeler les consommateurs au boycott des produits issus de Cimencam.

Ce n’est pas la première fois que le français se met à dos les autorités camerounaises au sujet de son management. Sa reconduction à la direction générale de la Cimencam, au terme d’un conseil d’administration extraordinaire le 29 août 2020, avait surpris plus d’un observateur. Pour cause, le Cameroun, par une correspondance du PCA de la Cimencam, le Pr Pierre Moukoko Mbonjo, avait exprimé au président du groupe Lafargeholcim Maroc Afrique, la volonté du gouvernement de ne pas voir reconduit le mandat finissant de monsieur Galichet.

Selon des indiscrétions qui avaient filtré de cette crise de confiance, il était reproché au dg français un certain nombre de griefs, dont la réduction des bénéfices à redistribuer aux actionnaires, la sortie illicite des ressources financières de l’entreprise. Des pratiques dolosives qui faisaient exploser les charges de la société, à travers l’importation du clinker, principal produit rentrant dans la fabrication du ciment, au détriment de l’équilibre financier de la comptabilité de l’entreprise, selon des esprits retors. Dg antirépublicain ? Benoît Galichet semble s’inscrire dans cette école, mais le Mincommerce affiche sa détermination à faire valoir la raison d’Etat, pour intervenir à chaque incartade, en faveur de la stabilité des prix des produits de consommation courante sur le marché camerounais.

Galichet aurait-il lu le renouvellement de son ticket de séjour comme une façon pour Paul Biya de plier l’échine devant l’influence française? On comprend dès lors qu’il veuille se montrer téméraire. Mais que peut vraiment le ministre Mbarga Atangana qu’on voit tout pectoraux arc-boutés? Va-t-il ramollir l’ogre français là où les Moukoko Mbonjo ont été frappés dans la nuque par Paul Biya lui-même l’an dernier? Wait and see!