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Africa News of Monday, 15 March 2021

Source: www.camerounweb.com

Décès de Hamed Bakayoko et traffic de drogue: de graves révélations explosent !

Au moment où la Côte d'Ivoire rend un vibrant hommage au premier ministre Hamed Bakayoko décédé le 10 mars dernier 2021 dans un hôpital en Allemagne, le dossier sur le traffic de drogue qui incriminait le défunt ressurgit de plus beau.

Nicolas Ibekwen, le journaliste nigerian qui avait mené l'enquête en Côte d'Ivoire pour Vice Media est sorti de sa réserve dans une série de tweets après la mort de celui qu'il présente comme le cerveau du traffic après lui avoir rendu un hommage. Il ressuscite donc le dossier sur l'affaire de drogue. Atuellement en Côte d'Ivoire, le sujet fait couler beaucoup de salive et d'encre, des cités des personnalités publique sont cités.


L'intégralité des tweets du nigérian sur Hamed Bakayoko


Puisse l'âme de Hamed Bakayoko, premier ministre de Côte d'Ivoire récemment décédé, trouvé le repos.

Cependant, sa mort est un coup de pouce majeur dans la lutte contre le traffic de cocaine de l'amerique du sud à l'Europe en passant par l'afrique de l'ouest.

En juin dernier, j'ai eu un statut de celebrité en quelque sorte en Côte d'Ivoire (un pays que j'ai visité une seule fois) après une enquete realisée aux cotés de Daan Bauwens, journaliste belge. Celle ci a revelé que M. Bakayoko etait le cerveau du traffic de cocaine en afrique de l'ouest. Cet article sous le titre "comment ta coke fout la merde en afrique de l'ouest" a ete publié premierement en français par Vice Belgique.

Le titre ne vient pas de moi mais de Vice (rires). Une version de l'histoire a été publiée par Premium Times Nigeria en Janvier 2020. Vous trouverez les liens des articles (...). La version publiée par Vice a fait le buzz tout de suite en CI. M. Bakayoko etait alors ministre de la defense et PM par interim à la suite du prolongement du repos medical d'Amadou Gon son predecesseur decedé il y a 10 mois. Des centaines d'ivoiriens m'ont suivi sur Twitter et j'ai reçu des tonnes de mails et messages privés apres que la version de Vice ait nommément cité M. Bakayoko.

L'article a été publié à l'approche des élections presidentielles ivoiriennes et le peuple voulait en savoir davantage. Une semaine après la publication de l'article, M. Bakayoko qui a fait une declaration publique decrivant l'article comme une menace pour la securité nationale , a deposé une plainte au pénal contre Daan, Vice et moi meme. Il n'a cependant pas suivi la plainte par une action en justice appropriée. Ni Vice, ni Daan encore moi n'avions reçu de convocation judiciaire. M. Bakayoko très populaire auprès des stars du sport et du divertissement dans le pays, est tombé malade et a commencé à recevoir des traitements medicaux en France et plutard en Allemagne quand des saisies record de cocaine ont été operées dans le pays.

Bien que des saisies importantes de cocaine avaient été faites par le passé (ce pourquoi nous avons enqueté en 2019), nos sources affirment que ces recentes saisies ont peut etre été possibles en raison de l'absence de M. Bakayoko du pays. En 2019 alors que nous etions à Abidjan, nous avons découvert un baron de la drogue, un nigerian Ogbonnaya Ukobo alias John, qui nous l'avons appris plutard est devenu le rival de M. Bakayoko et a été mis en prison. John possède Free World Hotel, un enorme mais vide hotel à Abidjan.

Plusieurs sources diplomatiques y compris un ancien officier de renseignement français qui etait un assistant d'un ancien dirigeant du pays, a declaré que M. Bakayoko etait au coeur du commerce juteux de contrebande de cocaine en CI. Ils ont aussi cité le Hezbollah, à travers la grande communauté libanaise, comme un acteur majeur de ce traffic.

Ces libanais blanchissent particulierement leur argent sale allégué dans l'immobilier en plein boom ainsi que le commerce de detail et l'hotellerie. Les mafias italiennes sont egalement des acteurs majeurs. Alors que les mafias libanaises et italiennes alimentent principalement l'export vers l'Europe, il y a des detaillants et vendeurs de rue nigerians qui s'assurent que les utilisateurs locaux sont regulierement approvisionnés. Notre investigation a montré que la CI est aussi au bord d'une "epidemie" de crack.

Nous avons visité des fumoirs, des baraques d'abidjan, où le crack est ouvertement vendu et parlé à plusieurs toxicomanes, certains d'entre eux agés de 17 ans.

Abidjan est une ville magnifique. La ville semble avoir été construite pour ceux qui recherchent le plaisir. J'ai passé 10 jours là et honnetement, je rêve d'y retourner. Mais, à la suite de la plainte pour diffamation de M. Bakayoko contre moi, je doute de ne pouvoir y aller bientôt, avec tristesse.
Mon collègue et moi n'avons pas reçu de convocation suite à l'annonce du premier ministre Hamed Bakayoko de porter plainte après notre enquête à Abidjan.


L'intégralité du dossier sur la drogue en Afrique de l'Ouest


Si vous aimez sniffer, et que vous comptez bien y aller de plus belle avec le déconfinement, voici un petit retour à la réalité pour vous : la trace coke que vous appréciez tant ne fait pas seulement des ravages dans votre piff, mais aussi en Afrique de l’Ouest. VICE est parti en mission à Abidjan, ville portuaire et capitale économique de la Côte d’Ivoire, mais aussi haut lieu stratégique du trafic de cocaïne.

Recap de l'épisode précédent : la Highway 10 est la route de la drogue qui lie l'Amérique du Sud à l'Europe via l'Afrique de l'Ouest. Après que la Guinée-Bissau ait été, pendant des années, la plaque tournante des cartels colombiens qui voulaient acheminer la cocaïne vers l'Europe en passant par l'Afrique de l'Ouest, les mafias se sont étendues aux ports de Dakar et d'Abidjan il y a quelques années. Ces cartels colombiens recrutent des alliés dans les plus hautes sphères de la politique ouest-africaine.



Nous sommes à Abidjan pour savoir si c’est aussi le cas ici, et on se retrouve par hasard dans une planque près de la villa du ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, un pion central dans le trafic de cocaïne d’après les renseignements de l’agent des services secrets français qu’on a rencontré plus tôt.



- « Une enquête sur le trafic de cocaïne ? »
- « Oui. »
- « Téléphonez à votre voisin, le ministre de la Défense, il sait tout. Vous savez qu'il a une discothèque dans son sous-sol ? Mais soyez très, très prudents. »

Ces recommandations ne viennent pas de n’importe qui, mais d’une personne haut placée de l’impénétrable ambassade américaine à Abidjan, d'où les États-Unis surveillent d’ailleurs toute la région ouest-africaine. Notre planque dans le Beverly Hills local se trouve dans le quartier où résident de grands noms de l'industrie et de la politique. Par hasard, le diplomate américain - on ne peut pas révéler son identité - est assis à notre table de petit déjeuner lors de la fête de la Tabaski ; c’est comme ça qu’on appelle l’Aïd en Afrique de l’Ouest. C'est un jour férié en Côte d'Ivoire, donc on espère que les services secrets sont aussi en congé.


Les jours précédant et suivant la Tabaski, la recherche prend de l'ampleur. La veille, on a rencontré un escort boy à Gonzagueville, l'un des quartiers les plus pauvres d'Abidjan situé entre l'aéroport international, le port maritime de Port-Bouët et une autoroute. Derrière cette autoroute se trouve une parcelle de terre abandonnée récemment achetée par le roi du Maroc. Sur une distance de quinze kilomètres, les marchés, les mosquées, les églises, les écoles, les maisons et leurs habitant·es ont dû céder leur place au projet des nouveaux bungalows de Mohammed VI, sans aucune compensation.

« Le ministre de la Défense, le plus grand trafiquant de cocaïne ? Je le sais. Et tout le monde le sait. »

À quatre heure de l’après-midi, sous une chaleur écrasante, on retrouve dans un bar ce travailleur du sexe qui dit avoir des informations sur le ministre de la Défense. « Je le connais. Je connais sa maison à Beverly Hills. J'étais son partenaire sexuel. Mais on n’est plus en bons termes. » Il ajoute : « Le ministre de la Défense, le plus grand trafiquant de cocaïne ? Je le sais. Et tout le monde le sait. »

Ce n'était pas le cas un an plus tôt. Un chef de la mafia nigériane nommé John gérait la majeure partie de l'importation et de l'exportation de cocaïne. L'histoire suit le même schéma que celle de la Highway 10 : au départ, les cartels colombiens ont cherché l'aide de la mafia nigériane pour faire passer la cocaïne par l'Afrique de l'Ouest. La mafia nigériane avait besoin de l'aide des autorités des ports mondiaux. Ces autorités sont payées en coke, ont une vue sur l'activité et voient rapidement combien d'argent elles peuvent gagner dessus.


Conséquence : les hommes de main locaux, qui ont accès au port, investissent également dans l'achat de cocaïne afin d’en vendre eux-mêmes. Ça s'est produit à Abidjan, et se produit tout aussi bien dans le port d'Anvers aujourd'hui. S'en suit généralement une forte lutte de pouvoir entre les anciens et les nouveaux venus.



« John était un milliardaire », explique notre informateur, « il faisait passer la coke par le port et approvisionnait les ghettos d'Abidjan. Dans le ghetto de Washington, il possédait un fumoir illégal (un fumoir est l'équivalent ivoirien d'un coffeeshop, à l'exception du fait que les gens y fument principalement du crack qui ne peut être consommé que sur place, ndlr.) pouvant accueillir jusqu'à 300 personnes. Avec les recettes, il a construit l'hôtel Free World et la discothèque Blue Rock. Je le connaissais bien, il était sympa. À un moment donné, il a acheté de nouveaux vêtements pour tou·tes les consommateur·ices de son plus grand fumoir. Il a fait don de montants records à des orphelinats. Et surtout : il était très ami avec le ministre de la Défense. »


Le 19 décembre 2018, l'empire de John s’écroule. Il est arrêté et se trouve actuellement dans la prison tristement célèbre de la MACA à Abidjan. « La fin d'une petite guerre de succession. C'était purement politique. Le ministre de la Défense voulait une plus grande part des revenus, donc il voulait devenir l'associé de John, qui a refusé. Résultat : il s’est fait arrêter. »

« Enfin, sa liberté de mouvement a beau avoir été restreinte, mais son réseau de jeunes dealers est toujours intact et continue à travailler pour lui. »


Il n'y a aucune preuve que l'escort dit la vérité. Mais presque tous les éléments de son histoire sont confirmés par d'autres sources. Pour en revenir au diplomate américain de haut rang à côté de qui on était assis, lui aussi nous a confirmé l'implication de notre voisin dans le trafic de cocaïne.

Les complices locaux sont payés en coke. Mais pour être vendue, cette coke a besoin d’un marché.

Le jour-même, on visite les ghettos du quartier d'Adjamé, où se trouve l'un des plus grands fumoirs de John. Le fumoir est surveillé par un Babatché, un « grand père » qui impose une discipline stricte aux utilisateur·ices du fumoir, et qui s'arrange avec la police et la gendarmerie qui viennent y chercher leur commission tous les jours.


Les fumoirs sont directement liés à la Highway 10 puisque les complices locaux sont payés en coke. Mais pour être vendue, cette coke a besoin d’un marché. Selon les derniers chiffres de 2014, il y avait 400 fumoirs à Abidjan et on estime à 10 000 le nombre de consommateur·ices. Avec un tel débouché pour le crack bon marché, les grossistes d'un pays pauvre font encore les bénéfices nécessaires. Il arrive que des perquisitions aient lieu, mais les Babatchés sont informés à l'avance. Lorsqu'un fumoir est mis à plat par la police, il réouvre généralement le lendemain.

On entre dans le quartier directement après la grande prière à la gare routière centrale. On passe lentement devant un fumoir qui est construit contre le mur arrière d'un poste de gendarmerie. On sort de la voiture un peu plus loin. Sur le chemin de terre, les hommes ont déjà commencé à égorger des chèvres et des vaches. Une porte battante s'ouvre. À l'intérieur, une trentaine de jeunes fument du crack, la tête penchée en avant.



Sur le chemin du retour, les bordures de routes sont couvertes de carcasses et de sang. Quand on arrive à notre planque à Beverly Hills, un homme déguisé en Michael Jackson chante devant le ministre de la Défense. Il est chassé par des soldats en uniforme. Juste après, sept Range Rovers de luxe, blancs, beiges et gris arrivent en file. Les soldats ouvrent le portail, se mettent en position et saluent les voitures.



Ce qu’on découvrira par la suite, c’est que cet après-midi et ce soir-là, le ministre de la Défense a organisé une house party pour la crème de l'industrie musicale ivoirienne. Détail important : DJ Arafat n'avait pas été invité, ayant perdu les faveurs de son parrain - les deux hommes étaient si proches que Bakayoko considérait Arafat comme son filleul et le disait ouvertement lors d’interviews à la télévision. Arafat roulait sur sa moto cette nuit-là, à quelques kilomètres de la fête à laquelle il n'était pas invité. Une voiture le percute. Arafat est propulsé de sa moto et meurt un peu plus tard à l'hôpital.