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BBC Afrique of Saturday, 4 September 2021

Source: www.bbc.com

'Une femme sans partenaire n'est pas vouée au malheur'

"Une femme sans partenaire n'est pas vouée au malheur"

L'amour romantique tel que nous le connaissons ou pensons le connaître est-il dépassé ?

Il est vrai que les relations amoureuses ont subi un profond changement au cours du siècle dernier dans la société occidentale.

Le mariage pour la vie ou la monogamie n'est plus le but ultime pour de nombreuses personnes.

Et le rôle des femmes, avec la maternité et le stigmate du célibat, sont remis en cause haut et fort, même s'ils pèsent encore lourds dans la société.

BBC Mundo a parlé de problèmes liés aux relations sexuelles et affectives avec l'écrivaine argentine Tamara Tenenbaum.


Pourquoi pensez-vous que pour la société une femme n'est complète que lorsqu'elle a un partenaire et qu'il n'en va pas de même pour les hommes ?

C'est un phénomène historique et je ne sais pas s'il a une origine très claire. Ceux d'entre nous qui analysent ces choses ne se demandent pas tant pourquoi cela se produit mais ce que cela produit.

Nous tombons tous amoureux et parfois non, certains d'entre nous ont des enfants et d'autres non, mais je n'aime pas l'idée qu'une femme qui n'a pas de partenaire, que ce soit dans un court moment ou dans un long moment de la vie, doit sentir qu'elle est vouée au malheur. Il s'agit de changer cela.

Qu'est-ce qui angoisse les femmes dans les relations amoureuses ?

L'une des choses qui affligent les femmes, et les gens en général, est l'incertitude quant au désir de l'autre.

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Une partie importante de l'angoisse produite et générée par la connexion avec d'autres personnes est de ne pas savoir ce qu'elles pensent et ce qu'elles ressentent. Et cela, bien sûr, ne peut pas être réparé.

Est-ce que cela arrive plus maintenant qu'avant ?

Je pense que cela arrive plus qu'il y a de deux siècles. Il y a peut-être 80 ans, vous étiez marié à quelqu'un et vous ne vous souciiez pas trop des pensées les plus profondes de cette personne.

Aujourd'hui, nous sommes obsédés par le fait d'avoir un lien qui nous semble authentique et précieux. Je ne veux pas être avec une personne qui ne veut pas être avec moi et je ne veux pas être avec une personne qui n'est pas follement amoureuse de moi.

Pourquoi le célibat est-il encore si lourd chez les femmes ?

Il y a toujours une valeur très importante à être une femme mariée et une mère. La question du célibat commence à peser à un certain âge à cause de l'idée que le temps d'avoir des enfants est compté.

Et le problème avec les hommes n'est pas si important car il semble qu'ils puissent avoir des enfants pour toujours.

Il y a une très grande stigmatisation, non seulement chez les femmes qui choisissent d'autres vies, mais aussi chez celles qui ont d'autres vies parce que c'est ainsi que cela s'est passé.

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Il y a encore une très grande idée qu'une femme qui n'a pas d'homme ni de famille nucléaire est un échec, parce qu'elle ne vaut rien ou parce qu'elle a raté l'expérience la plus importante de la vie.

Les choses changent mais ce sont des changements lents. Pensons au divorce. Il y a 20 ans, le couple en instance de divorce était un drame et un échec, et aujourd'hui ce n'est plus comme ça.

Vous dites que le grand pouvoir des hommes dans les relations actuelles, c'est l'indifférence. Comment ça ?

Je prends le travail de (la sociologue) Eva Illouz qui parle du détachement masculin. Ils ont la possibilité de dire : "Je ne t'appelle pas, je ne te réponds pas, je suis détaché, je ne montre pas ce que je veux".

C'est une façon d'afficher sa masculinité.

Avant, la masculinité se manifestait au travail ou chez le père de famille. Aujourd'hui, tous ces rôles sont très affaiblis. Ainsi le détachement de dire "je ne deviens pas accro, je ne veux pas, je décide quand on parle et quand on ne parle pas" est une forme d'exercice de la masculinité qui est en vigueur.

Bien sûr, cela arrive aussi avec les femmes et les personnes sans genre.

Mais il y a certaines histoires qui se répètent dans la bouche des femmes et qui se traduisent par le sentiment de "Je pensais qu'on était en couple et je me fais avoir, ou je sors avec beaucoup de mecs et aucun d'eux n'attend rien". Cela ne fonctionne pas dans l'autre sens.

Pourquoi à l'ère de la communication semble-t-il devenu difficile de rencontrer des gens ?

C'était facile avant ? Les femmes ont divorcé et ne savaient pas à qui parler, parce que c'était comme si elles étaient vieilles et qu'il n'y avait nulle part où aller.

Le problème maintenant, c'est que nous avons plus de temps, donc nous devons trouver des moyens de rencontrer des gens dans la trentaine. Et les applications nous ouvrent des voies.

Quand quelqu'un dit que "c'est difficile de rencontrer des gens", c'est qu'à un certain âge tu étais avec toutes les personnes que tu connaissais et sinon, c'est parce que tu n'en avais pas envie.

Pensez-vous que les applications de rencontres vont perdurer dans le temps ?

Je ne vois pas pourquoi elles devraient disparaître. Il y en a de plus en plus et ce qui se passe c'est que les gens les choisissent selon des critères. Ils vont être plus fragmentés par âge ou par préférences socioculturelles, ou par beaucoup de choses.

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Et vous pensez que dans les relations amoureuses actuelles il y a plus de liberté qu'avant ?

Je crois que la liberté est toujours positive et pénible. Il me semble qu'il faut toujours chercher de nouveaux horizons sachant qu'elles génèrent de nouveaux problèmes.

Si nous vivons à une époque où l'anxiété est très courante, alors il est logique que plusieurs fois le désir d'une limite, d'une structure apparaisse. Et de dire 'assez, je ne veux plus de cette liberté'.

Mais la liberté est le meilleur problème que l'on puisse avoir. Nous devons insister là-dessus.


Cet article fait partie du Hay Festival Querétaro digital, une rencontre d'écrivains et de penseurs qui se déroule du 1er au 5 septembre 2021.