Vous-êtes ici: AccueilSport2021 05 12Article 596824

BBC Afrique de

Source: www.bbc.com

Tourisme vaccinal : 'chez moi, je n'avais aucune chance de me faire vacciner de sitôt'

En Russie, Sputnik V est fourni gratuitement à toute personne En Russie, Sputnik V est fourni gratuitement à toute personne

À la mi-avril, un groupe de visiteurs a entamé son séjour à Moscou par un itinéraire comprenant la visite d'un lieu touristique improbable : une clinique médicale privée.Les voyageurs n'étaient pas intéressés par les attractions touristiques de premier ordre de la ville, mais par le vaccin russe largement médiatisé, Sputnik V.

La plupart des visiteurs étaient des citoyens allemands frustrés par la lenteur des vaccinations contre le Covid-19 dans leur pays. Enno Lenze, un Berlinois, était l'un d'entre eux.

"En Allemagne, je n'avais aucune chance d'être vacciné de sitôt. Quand j'ai demandé à mon médecin quand ce serait mon tour, il m'a dit octobre ou novembre, peut-être, pour la première injection", a-t-il déclaré à la BBC.

En Russie, Sputnik V est fourni gratuitement à toute personne, mais les voyageurs doivent payer leur rendez-vous médical privé, qui coûte environ 200-220 euros (entre 240 et 265 dollars).

Le tour-opérateur norvégien World Visitor propose des "voyages de vaccination" en Russie et organise tout ce dont les voyageurs ont besoin - des lettres d'invitation médicales et des rendez-vous de vaccination aux services plus traditionnels comme les vols, les transferts et l'hébergement.

La société propose des forfaits comprenant deux courts séjours pour chaque dose requise, ou un long séjour pour couvrir les deux doses.

Tant que les visiteurs fournissent un test Covid négatif au plus tard 72 heures avant d'embarquer sur leur vol à destination de la Russie, celle-ci n'exige pas de quarantaine.

Le premier groupe de 43 visiteurs a atterri en Russie le 16 avril et l'agence de voyage a depuis reçu plus de 600 réservations, informe le copropriétaire Albert Sigl à la BBC.

Des règles confuses

M. Lenze est le directeur du Musée de l'histoire de Berlin, mais il se rend fréquemment au Kurdistan irakien, où le taux d'infection est élevé, pour mener des actions de secours auprès des réfugiés, dit-il.

Bien que les travailleurs humanitaires aient droit à un vaccin en Allemagne, il dit qu'il ne peut en bénéficier parce qu'il est bénévole.

"Les règles sont parfois très, très bizarres, et je ne les comprends pas", dit M. Lenze, ajoutant que son père, âgé de 70 ans, n'avait toujours pas obtenu de rendez-vous pour se faire vacciner, lorsque M. Lenze a réservé son voyage à Moscou.

Il pense que le système allemand de priorités est "logique" mais qu'il signifie que la vaccination est "incroyablement lente".

La vaccination contre le Covid étant déséquilibrée au niveau international, ceux qui ont les moyens de se faire vacciner ailleurs ont pu choisir parmi un éventail de destinations, dont la Serbie, les États-Unis, les Émirats arabes unis et même les Maldives.

L'archipel paradisiaque de l'océan Indien prévoit d'introduire un forfait pour les voyageurs appelé 3Vs - visite, vaccination et vacances.

"La campagne 3V est une marque de reconnaissance pour la décision des touristes de visiter les Maldives lorsque le monde était confiné, et de faire passer le message que la voie à suivre est le certificat de vaccination", a déclaré le ministère du Tourisme à la BBC dans un courriel.

"Nous avons de la chance, car nous sommes des îles naturellement dispersées géographiquement, et nous avons également des protocoles testés et éprouvés en place dans nos stations balnéaires."

Jusqu'à récemment, la Serbie offrait ses vaccins excédentaires aux étrangers, mais le gouvernement a mis fin à cette pratique et tente plutôt d'augmenter la prise de vaccin parmi sa propre population.

Entre-temps, aux États-Unis, des États comptant une importante population de migrants et de sans-papiers, comme la Californie, le Texas et New York, ont vu affluer des Canadiens et des Latino-Américains qui tentaient de profiter des règles souples en matière de vaccination et de quarantaine.

Mais cela ne se fait pas sans controverse.

En Floride, où vivent, au moins à temps partiel, de nombreux Américains et étrangers fortunés, les personnes âgées de plus de 65 ans ont pu se faire vacciner, quel que soit leur statut de résidence.

Le présentateur de télévision mexicain Juan José Origel, âgé de 73 ans, a partagé avec ses 1,3 million de followers sur Twitter le bonheur et le soulagement qu'il a ressentis après avoir reçu un vaccin dans la capitale ensoleillée de l'État, Miami.

"Merci #USA. Quelle tristesse que mon pays ne m'ait pas offert cette sécurité", a-t-il déclaré en janvier, avant que le personnel médical et les travailleurs de première ligne au Mexique ne soient vaccinés.

Moralement discutable

Mais ceux qui se vantent sur les médias sociaux du tourisme vaccinal ont été sévèrement critiqués.

Globetrender, une agence de tendances du secteur, a été la première à inventer l'expression "VIP de la vaccination" pour décrire une "nouvelle race de voyageurs d'élite" qui "achètent leur place en tête de la file d'attente pour la vaccination".

Il s'agit d'une "démarche moralement discutable" compte tenu des inégalités dans la distribution des vaccins dans le monde.

En janvier, il est apparu que le Knightsbridge Circle, une agence de voyage d'élite londonienne, proposait des vacances de luxe avec vaccin à Dubaï pour la somme princière de plus de 55 000 $.

Mais cette offre n'était accessible qu'à ses membres, qui paient déjà une cotisation sur invitation de près de 35 000 $ par an pour des "services de voyage et de style de vie".

Justifiable d'un point de vue éthique

Selon les directives de l'OMS, dans un scénario d'infection généralisée, les personnels de santé à risque devraient recevoir les premiers vaccins.

Au-delà, l'organisation a exhorté les gouvernements à donner la priorité aux personnes âgées et aux personnes les plus vulnérables. D'autres populations pourraient être ajoutées à la liste dans un scénario moins infectieux, par exemple les travailleurs essentiels qui doivent voyager.

Dans le même temps, l'OMS recommande de conserver des réserves suffisantes pour lutter contre les épidémies locales.

L'approvisionnement, cependant, ne semble pas être un problème dans les pays qui les proposent aux visiteurs.

La première ministre serbe, Ana Brnabić, affirme que des milliers de doses de vaccin dans son pays auraient été gaspillées si elles n'avaient pas été proposées aux étrangers.

De nombreux Serbes sont encore sceptiques quant à la fiabilité des vaccins.

Aux Maldives, plus de la moitié de la population a reçu la première dose d'un vaccin, ce chiffre passant à 99 % pour le personnel du secteur du tourisme.

Dans le même temps, la Russie s'efforce d'accroître l'utilisation de Sputnik V dans le pays, puisque seuls 8 % des Russes ont reçu leur première dose, selon Our World in Data. Le médicament est utilisé dans plus de 60 autres pays.

M. Sigl affirme que ses voyages organisés à Moscou sont "justifiables d'un point de vue éthique" car Sputnik V est facilement accessible à tous en Russie et "personne n'est privé de vaccin".

World Visitor indique sur son site web que, pour chaque Allemand qui peut s'offrir un voyage de vaccination, un autre remonte plus rapidement la file d'attente pour la vaccination.

M. Sigl ajoute que les voyages sont une bouée de sauvetage pour l'entreprise, apportant "l'espoir" d'une certaine reprise après que la pandémie l'ait paralysée.

"L'année dernière, nous n'avions pratiquement rien à faire. Notre choix était donc de ne rien faire ou de faire les voyages de vaccination", a-t-il déclaré.

"Nous aidons jusqu'à 1 800 personnes par mois à se faire vacciner plus tôt. Ce n'est pas grand-chose dans cette pandémie, mais c'est notre grain de sable."

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter