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BBC Afrique of Wednesday, 18 August 2021

Source: www.bbc.com

Talibans en Afghanistan : quelles leçons pour le Sahel et l'Afrique?

L'Afghanistan est un excellent curseur des relations internationales - Dr Sampala Balima L'Afghanistan est un excellent curseur des relations internationales - Dr Sampala Balima

La rapide reprise de contrôle du territoire afghan par les Talibans, un groupe fondamentaliste, chassé du pouvoir il y a 20 ans par une intervention américaine, suscite des réactions en Afrique.

"Les troupes américaines ne peuvent et ne doivent pas se battre et mourir dans une guerre que les forces afghanes ne sont pas prêtes à mener pour elles-mêmes".

Cette déclaration du président américain Joe Biden fait échos aux nombreuses réactions d'internautes africains qui redoutent un tel scénario catastrophe si jamais les forces étrangères en déploiement sur le continent devaient se retirer de façon similaire.

Ils en appellent pour la plus part au renforcement des armées nationales africaines pour éviter un tel scénario sur le continent.

BBC Afrique s'est entretenu avec plusieurs analystes et experts des questions de défense et de sécurité sur les leçons que l'Afrique, en particulier le Sahel, peut en tirer.

Docteure Sampala Balima, Politologue, Université Thomas Sankara, Burkina Faso

Dr Sampala Balima, politologue burkinabè, l'Afghanistan est un excellent curseur des relations internationales.

"Elle indique que l'interventionnisme étrangère est toujours fonctionnaliste et portée par l'intérêt de la puissance étrangère. Le discours du Président américain à la suite de la prise Kaboul me parait on ne peut clair dans ce sens. Elle indique ensuite que le tout militaire dans l'approche des crises n'est pas une panacée".

"Mettre en regard l'Afghanistan et le Sahel est peut-être une comparaison précipitée mais pas hasardeuse. Le statu géopolitique du Sahel en fait aujourd'hui une frontière avancée de l'Europe d'où l'intérêt d'invention de multiples formules de présence."

"Les intérêts officiels de présence américaine en Afghanistan annoncés par le Président Biden masquent imparfaitement la position géostratégique et les tentatives de main mise consécutive dont ce territoire a fait l'objet. De même lorsque l'intérêt s'épuise ou sa réalisation hypothéquée, le retrait se fait sans attendre".

"Cependant les contextes d'émergence des dissidences au Sahel et en Afghanistan diffèrent, hors mis l'idéologie islamiste. En plus, L'extrémisme violent au sahel ne concerne pas un seul territoire étatique et les GAT y font encore aujourd'hui l'objet de décomposition et de recomposition incessantes".

"C'est une dimension importante voire un avantage à considérer rapidement dans la structuration de la lutte, car le cas afghan peut galvaniser et même consolider les stratégies au Sahel. La cas afghan est une invite particulière pour les Etats sahéliens à l'invention de leurs propres réponse face au péril sécuritaire surtout lorsqu'on tient compte de l'insurrection des périphéries qu'elle sécrète".

Mouhamadou Lamine Bara Lo, expert des questions de défense et de sécurité, Mali et Sénégal

Bien qu'il est impossible d'établir des parallèles exacts entre les talibans et les groupes armés du continent africain, Mouhamadou Lamine Bara Lo, expert des questions de défense et de sécurité au Mali et au Sénégal, y trouve également des leçons pour notre région.

''Entre l'Afghanistan (le pays) et le Sahel (zone géographique transnationale), il y'a semblances et bien des dissemblances.

Le succès de l'insurrection des Talibans, malgré les forces étrangères, peut renforcer la détermination de certains groupes armés non-gouvernementaux.

Il y'a dès lors des enseignements à tirer de cette histoire qui s'écrit au présent. Deux importants:

Les interventions étrangères ont une limite dans le temps que des frictions politique/économique (parfois chez les pays qui interviennent) dictent, outre les plannings initiaux.

La nécessité de repenser la viabilité de nos États-Nations. La stabilité est dans la probité des institutions et des Hommes qui les incarnent.

Il faut une armée au service exclusif de l'Etat et des intérêts nationaux, de la rigueur dans le recrutement, l'avancement fondé sur le mérite, respectueux de la loi et attaché aux droits humains.''

Mahamadou Savadogo, spécialiste des questions sécuritaires, Burkina Faso

Pour Mahamadou Savadogo, spécialiste des questions sécuritaires basé à Ouagadougou, la situation en Afghanistan est un exemple de ce que les pays du Sahel devraient chercher à éviter.

''Premièrement, elle montre que les états doivent prendre leur responsabilité et assumer clairement la sécurité et la stabilité de leur pays. Cela veut dire que les organisations sous régionales comme le G5 Sahel ou la CEDEAO doivent rapidement prendre en main la sécurité des états et ne pas confier la sécurité des états à des états européens ou extérieurs qui une fois que la situation politique devient délétère dans leur pays vont se retirer.

Le deuxième enseignement est que le tout sécuritaire n'est qu'une solution éphémère. Le sécuritaire doit être accompagné des projets de développement, de réconciliation qui sont beaucoup plus pérennes que le tout sécuritaire.

L'exemple afghan nous montre qu'en misant sur le tout sécuritaire lorsqu'il n'y a pas cette force pour maintenir la paix ou la stabilité, tout s'écroule.

Effectivement un tel scénario peut être envisagé si toutefois les forces étrangères venaient à quitter le Sahel car les Etats sahéliens, les armées sahéliennes ne sont pas encore prêtes. Elles ne sont pas à mesure aujourd'hui de faire face à ces groupes armées terroristes qui s'adaptent très bien sur le terrain et qui occupent de plus en plus l'espace sahélien. A mon avis, nous ne sommes pas loin du scénario afghan si toutefois les armées internationales venaient à quitter le Sahel. Voilà pourquoi il faut sonner ce glas de la révolte, s'unir entre pays africains afin de trouver une solution endogène adaptée à notre situation.''

Bob Kabamba, analyste politique et professeur des sciences politiques à l'Université de liège en Belgique

Bob Kabamba, analyste politique et professeur des sciences politiques à l'Université de Liège en Belgique, considère la situation à travers le prisme d'intérêts stratégiques nationaux en constante évolution.

''Lorsque l'on parle de relations internationales, ce qui compte ce sont d'abord les intérêts. D'abord les intérêts nationaux qui priment avant toute chose. Un pays est en relation avec un autre parce qu'il a intérêt à pouvoir communique et à être en relation avec cet Etat.

Mais lorsque cet Etat en un moment donné remet en cause les intérêts nationaux de cet Etat, là généralement il y a un changement d'attitude. Ce qui se passe en Afghanistan en est l'illustration parfaite.

Par rapport à l'Afrique, on a déjà connu ce genre de situation. Il y a déjà eu plusieurs opérations menées sur le continent africain par les Américains et les résultats ont été les mêmes. Les Américains appuient un pouvoir donné et lorsque ce pouvoir n'arrive plus à garantir les intérêts américains, il est lâché. On a le cas de la Somalie avec l'opération Restore Hope lorsque les Etats Unis sont intervenus pour essayer de mettre fin à la guerre civile. Mais cet engagement s'est avéré être un fiasco pour la politique étrangère américaine.

Pendant longtemps, Kadafi a eu d'excellents rapport avec les Etats-Unis et au fur et à mesure que les relations ont évolué, les Américains ont laissé faire les Français et les Britanniques qui les ont convaincu que le leader libyen ne pouvait plus garantir les intérêts occidentaux.''