Vous-êtes ici: AccueilSport2021 09 07Article 617443

BBC Afrique of Tuesday, 7 September 2021

Source: www.bbc.com

'Sous Alpha Condé, la personnification de l'environnement politique a été assez visible'', selon un expert

Il est difficile de dire exactement ce qu'il faut changer dans cette constitution Il est difficile de dire exactement ce qu'il faut changer dans cette constitution

Après le coup d'Etat du 05 septembre, le chef des putschistes guinéens promet la constitution d'un "gouvernement d'union nationale" chargé de conduire une "transition" politique.

Ce gouvernement sera issu d'une "concertation" dont il n'a pas précisé les modalités, pas plus que la durée de la "transition".

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya "assure les partenaires qu'il respectera toutes ses obligations (ainsi que les) conventions minières, et rappelle son engagement à favoriser les investissements étrangers dans le pays" lors de sa première apparition en public au lendemain d'un putsch éclair.

Dans cette interview accordée à BBC Afrique Kabiné Fofana, directeur du think tank Association Guinéenne de Sciences Politiques, analyse la suite des évenements après l'arrestation du président de la Guinée, Alpha Condé, par un groupe de militaires dirigés par le colonel Mamady Doumbouya.

Y avait-il des signes précurseurs à ce coup d'Etat?

Il n'y avait pas de signes précurseurs évidents du coup d'État. Tout semblait être sous le contrôle d'Alpha Condé. Il a toujours présenté l'armée comme étant sous contrôle.

Personne ne s'attendait naturellement à ce qu'une unité d'élite dédiée à la lutte contre le terrorisme fasse irruption dans le palais, même si, il y a quelques mois, on a dit dans la presse guinéenne que le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, qui dirige cette unité d'élite appelée à regrouper des forces spéciales, avait demandé à être détaché du ministère de la Défense, afin d'être un peu plus autonome.

Cela a été très mal perçu. Cependant, personne ne s'attendait à ce que cette mutinerie, comme tous les coups d'Etat, éclate aujourd'hui dans le palais présidentiel.

Les militaires parlent d'une personification de la politique. Etait-ce perceptible en guinée et est-ce qu'on peut savoir comment cela se manifestait?

Ces derniers temps, la personnification de l'environnement politique a été assez visible et assez reflétée dans la manière dont le pouvoir a été géré.

Alpha Condé, on le disait, et il ne s'en défendait pas d'ailleurs la plupart du temps, bien au contraire, il rabrouait ses ministres, les traitait assez mal.

Il se présentait comme celui qui pouvait diriger le pays de manière honnête. Et récemment, on a compris que toutes les dépenses, y compris celles liées au sport, passaient par le président de la République.

Donc, l'invocation de cette personnification, si on peut se permettre le terme, une sorte d'individualisation du pouvoir peut trouver une justification.

L'urgence selon les mutains, c'est la réécriture de la constitution.Est ce qu'il y avait des éléments qui faisaient polémique dans l'ancienne constitution, cellequi a été suspendue?

Oui, bien sûr, il y a eu des polémiques autour de la constitution. Il faut rappeler que le Front National pour la Défense de la Constitution, qui regroupe des partis politiques et des associations en Guinée, a dénoncé cette nouvelle constitution.

Vous vous souvenez que c'est cette constitution qui a permis à Alpha Gondé de briguer un troisième mandat. Donc le fait que le lieutenant-colonel Doumbouya ait évoqué cet aspect est une manière pour lui naturellement de tendre la main ou peut-être de reprendre le discours qui trouve sa place dans une autre union, notamment, celle proche du Front National pour la Défense de la Constitution.

Qu'est ce qu'il faudra modifier dans cette constitution?

Il est difficile de dire exactement ce qu'il faut changer dans cette constitution. Dirigé par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, Comité National du Rassemblement et du Développement, le CNRD, a beaucoup de travail à faire. On attend de voir exactement ce qu'ils vont faire.

En dehors du discours classique, et de ce qui sera concrètement fait, on ne sait pas grand-chose d'après les discours qui ont été produits.

Ceux qui ont pris le pouvoir ne donnent pas de délais pour la fin de leur pouvoir, mais parlent d'une concertation nationale. Au vu des forces en présence, combien de temps cela va t-il prendre?

Donc, le premier défi pour l'équipe du lieutenant-colonel Mamady Doumbouya sera de rallier toute l'armée autour de ce putsch et puis, dans une large mesure, les forces vives de la Guinée. Il y a une difficulté à cela, bien sûr.

C'est l'établissement d'un consensus. Aujourd'hui, vous avez l'opposition républicaine et vous avez l'ancien pouvoir qui devient une opposition. Est-ce que le RPG et ses alliés sont prêts à aller dans une perspective de consensus.

Cela reste un défi, et nous voulons entendre en profondeur, le lieutenant-colonel Colonel Mamady Doumbouya à ce sujet.