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BBC Afrique of Wednesday, 17 March 2021

Source: bbc.com

Sarah Everard: pourquoi cette image provoque la colère au Royaume Uni?

En Angleterre, les arrestations musclées de femmes qui manifestaient en mémoire de Sarah Everard, assassinée selon les premiers éléments d'enquête par un policier, suscitent un violent débat.

Les scènes montrant un certain nombre de femmes menottées et évacuées du lieu de la veillée en hommage à Sarah Everard ont suscité des critiques quant à la réponse des forces de maintien de l'ordre lors de cet événement.

Des centaines de personnes se sont rassemblées samedi à Clapham Common, dans le sud de Londres, pour se souvenir de la jeune femme, dont le corps a été retrouvé dans un bois du Kent, la semaine dernière.

Les policiers ont qualifié le rassemblement de "dangereux", alors que les rassemblements sont interdits pendant la pandémie de coronavirus, et ont exhorté les gens à rentrer chez eux.

Une veillée d'hommage officielle avait été annulée par les organisateurs, Reclaim These Streets, en raison - selon le groupement - de la pression exercée par la police car le rassemblement présentait un "risque considérable" pour la santé des personnes, en raison de la pandémie de coronavirus.

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Malgré cela plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées samedi soir au kiosque à musique de Clapham Common, dans le sud de Londres, pour une veillée funèbre en l'honneur de Sarah Everard. Beaucoup ont déposé des fleurs pendant la journée - y compris la Duchesse de Cambridge, qui a fait une visite privée.

Mais dans la soirée, quatre personnes ont été arrêtées pour trouble de l'ordre public et infraction à la réglementation sur les coronavirus, indique la police.

L'une des femmes arrêtées, Dania Al'Obeid, souligne qu'elle savait que la veillée avait été annulée mais qu'elle "devait y aller et présenter ses condoléances".

Elle dit à l'émission Today de BBC Radio 4 : "je pense que c'est là que réside la frustration, on a perdu la vue d'ensemble - nous avons eu l'impression d'être réduites au silence."

L'action de la police lors de la veillée a suscité de nombreuses critiques, suite à la publication des images et des séquences montrant des agents prenant de force des femmes. Les agents ont été accusés d'opprimer les femmes.

Que s'est-il passé ?

L'étudiante Patsy Stevenson, dont les photos de l'arrestation sont devenues virales, dit qu'elle n'a "jamais eu aussi peur" que lorsqu'elle a été "plaquée au sol par la police".

Elle raconte qu'elle s'est rendue au kiosque à musique du parc parce que les policiers "semblaient parler de manière agressive aux femmes" qui s'y trouvaient.

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Elle a déclaré à l'émission Good Morning Britain de la chaîne ITV qu'elle voulait "filmer les choses et s'assurer qu'il n'y avait pas de maltraitance ou autre chose".

Elle raconte que les femmes se sont tenues à distance sur le kiosque à musique jusqu'à ce qu'une trentaine de policiers arrivent et "nous poussent vers le bord de la rampe à laquelle je me tenais".

"Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai été poussée au sol avec autant de force. Je suis assez petite et ce sont deux officiers masculins très costauds qui m'ont en quelque sorte tirée en arrière très rapidement, puis j'ai heurté le sol. Du début à la fin, c'était une sorte de tourbillon, tout s'est passé très vite", dit-il.

"Je n'étais là que pour déposer une bougie, je ne m'attendais pas à ce que cela se produise".

Stevenson dit avoir été libérée environ 20 minutes après son arrestation et avoir reçu une amende de 200 £ (environ 153.000 Fcfa).

Helen, une résidente du sud de Londres, qui a assisté à la veillée à Clapham Common a raconté à BBC Radio 5 live a déclaré que l'humeur de la foule a changé lorsque la police est entrée en scène.

"La décision a été prise par la police métropolitaine de faire respecter la loi, puis ils ont marché jusqu'au kiosque à musique et les gens ont été très bouleversés par cela parce que, encore une fois, il s'agit d'un groupe d'hommes - principalement des hommes - qui défilent à travers un groupe de femmes et qui forcent les femmes à se taire, ce qui a bouleversé les gens, en particulier compte tenu du contexte de cette affaire."

Sir Peter Fahy, ancien chef de la police du Grand Manchester, a déclaré que les techniques actuelles pour forcer les manifestants à quitter les lieux en toute sécurité "impliquent qu'ils ont normalement environ cinq agents - un sur chaque membre et un qui tient la tête".

"Le problème, c'est que lorsque l'on photographie cela, on a l'impression d'une répression brutale", a-t-il ajouté.

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Quelle a été la réaction du gouvernement britannique ?

Le Premier ministre Boris Johnson s'est dit "profondément préoccupé" par les images de la manifestation qui s'est déroulée samedi à Clapham Common, à Londres.

"La mort de Sarah Everard doit nous unir dans notre détermination à éradiquer la violence à l'égard des femmes et des jeunes filles et à faire en sorte que chaque élément du système de justice pénale œuvre pour leur protection et leur défense", a-t-il ajouté.

Il va présider une réunion du groupe de travail sur la criminalité et la justice afin de discuter des moyens de protéger les femmes.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a qualifié les actions de la police d'" inacceptables ".

Dame Cressida Dick, commissaire de police de la police métropolitaine, la police londonienne, a rejeté les appels à la démission et défendu les actions de la police. L'organisme de surveillance de la police va procéder à une enquête sur le maintien de l'ordre lors de l'événement.

Qu'est-il arrivé à Sarah Everard ?

Mme Everard a disparu le 3 mars alors qu'elle rentrait à pied de chez une amie.

Le corps de la jeune femme de 33 ans a été retrouvé mercredi dans une zone boisée d'Ashford, à l'intérieur d'un sac de chantier. Il a ensuite été identifié grâce à des dossiers dentaires.

Wayne Couzens, 48 ans, officier de la police métropolitaine en service, a été inculpé pour l'enlèvement et le meurtre de la jeune femme de 33 ans.

L'affaire a touché une corde sensible, d'autant plus que la marche est l'une des rares activités autorisées pendant la période de confinement en Grande-Bretagne.

Dans tout le pays, les femmes se sont tournées vers les réseaux sociaux pour parler de leurs propres expériences de comment elles avaient été suivies, harcelées, interpellées, agressées lorsqu'elles marchent dans la rue et des efforts qu'elles ont dû faire pour se sentir en sécurité.

Selon le commissaire aux victimes pour l'Angleterre et le Pays de GallesDame Vera Baird QC, la veillée organisée ce week-end en mémoire de Sarah Everard a mis en évidence ce que de nombreuses femmes craignent de subir.

Les chiffres du Crown Prosecution Service et du Home Office montrent que 55 130 plaintes pour viol ont été signalées à la police au cours des 12 mois précédant mars de l'année dernière, mais seulement 2 102 poursuites et 1 439 condamnations en Angleterre et au Pays de Galles en 2019-20.

Dame Vera a déclaré que la réaction de la police lors de la veillée de samedi aurait un impact "épouvantable" sur la confiance du public envers la police en général.

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