Vous-êtes ici: AccueilSport2021 07 06Article 606391

BBC Afrique of Tuesday, 6 July 2021

Source: www.bbc.com

Lutte contre le terrorisme : en est-on à la fin des grands déploiements militaires ?

En Afghanistan cependant, la présence militaire occidentale disparaît En Afghanistan cependant, la présence militaire occidentale disparaît

Les forces occidentales s'empressent de quitter l'Afghanistan, ce mois-ci. La France a annoncé une réduction significative de ses troupes au Mali. En Irak, les forces britanniques et celles d'autres pays occidentaux n'ont plus de rôle majeur à jouer.

Vingt ans après la "Guerre contre le terrorisme", menée par le président George W. Bush, l'ère des grands déploiements militaires "à pied" dans des zones de guerre lointaines touche-t-elle à sa fin ?

Pas encore - la lutte contre les djihadistes au Sahel fait toujours l'objet d'un engagement substantiel -, mais on assiste aujourd'hui à une refonte radicale de ces missions.

Les déploiements à grande échelle et à long terme ont été extrêmement coûteux, en vies humaines, en argent et en capital politique, pour les États.

La présence militaire des États-Unis en Afghanistan a coûté plus d'un milliard de dollars (724 milliards de livres sterling) et des milliers de vies de tous côtés - chez les forces afghanes, les civils afghans, les forces occidentales, ainsi que leurs ennemis insurgés.

À leur apogée, en 2010, les troupes occidentales étaient au nombre de 100 000. Pourtant, aujourd'hui, après vingt ans de présence dans le pays, les quelques milliers de soldats restant s'en vont au moment même où les talibans semblent prêts à reprendre de plus en plus de territoires.

Les talons d'Achille

Plus l'engagement militaire est long et important dans la lutte contre une insurrection, plus il devient vulnérable à divers "talons d'Achille" potentiels, dont le plus évident est l'ampleur des pertes, une tendance qui peut devenir sérieusement impopulaire dans le pays.

Plus de 58 000 Américains sont morts pendant la guerre du Vietnam, et près de 15 000 soldats soviétiques en Afghanistan - des facteurs qui ont accéléré la fin de ces campagnes. La France a perdu un peu plus de 50 soldats au Mali depuis 2013…

Et puis il y a le coût financier, qui dépasse presque inévitablement les attentes. Lorsque l'Arabie saoudite a commencé son intervention dans la guerre civile au Yémen en 2015, elle ne s'attendait pas à y combattre encore six ans plus tard. Les estimations du coût de cette intervention pour le trésor saoudien avoisinent, à ce jour, 100 milliards de dollars (72,4 milliards de livres sterling).

Les préoccupations relatives aux droits de l'homme peuvent également faire dérailler une campagne militaire au moment où l'on s'y attend le moins.

Les frappes aériennes américaines sur des fêtes de mariage afghanes, les frappes aériennes saoudiennes tuant des civils au Yémen et les violations des droits de l'homme commises par les alliés des Émirats arabes unis dans ce pays ont toutes eu un coût en termes de réputation pour ces pays.

Dans le cas des Émirats arabes unis, les récits de prisonniers étouffés à mort alors qu'ils étaient enfermés dans des conteneurs ont eu une influence majeure sur leur retrait de la guerre au Yémen.

Il y a ensuite la possibilité que le gouvernement hôte se retrouve à partager le pouvoir avec une entité hostile.

Au Mali, les informations selon lesquelles le gouvernement est engagé dans des pourparlers secrets avec les djihadistes ont suffi pour que le président français, Emmanuel Macron, menace de retirer purement et simplement les forces françaises.

En Irak, selon le colonel James Cunliffe, retraité de l'armée britannique, "l'influence iranienne reste une réelle préoccupation, surtout en ce qui concerne les milices chiites".

En Afghanistan, les talibans, chassés du pouvoir en 2001, devraient faire leur retour. Les responsables occidentaux de la sécurité affirment que s'ils finissent par faire partie du gouvernement, toute coopération en matière de renseignement va cesser.

Si les grands déploiements militaires à durée indéterminée ne sont plus en vogue, qu'est-ce qui les remplacera ?

Le discours prononcé le 2 juin par le chef d'état-major général du Royaume-Uni, le général Sir Mark Carleton-Smith, à l'occasion de la conférence sur la guerre terrestre organisée par le Royal United Services Institute, fournit un indice à cet égard.

L'armée d'aujourd'hui, a-t-il déclaré, sera "plus en réseau, plus expéditionnaire et plus rapidement déployée, plus connectée numériquement, reliant le satellite au soldat et centrée sur une brigade d'opérations spéciales".

Moins de bruits de bottes sur le terrain signifie inévitablement une plus grande dépendance à l'égard des technologies numériques de pointe, y compris l'intelligence artificielle.

Les tendances qui se dégagent des conflits récents ont incité à repenser radicalement les priorités stratégiques.

La brève guerre du Caucase, entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, a vu les chars de cette dernière se faire décimer par des drones armés bon marché, sans pilote, fournis par la Turquie et dirigés vers leurs cibles sans pratiquement aucun risque pour les opérateurs.

Les mercenaires, autrefois considérés comme un vestige d'une époque révolue en Afrique, ont fait un retour en force.

"Une guerre sans État"

L'exemple le plus évident est le groupe russe Wagner, qui a permis à Moscou d'obtenir un "déni plausible" tout en opérant avec peu de restrictions dans les zones de conflit, de la Libye à l'Afrique de l'Ouest en passant par le Mozambique.

"Un ordre mondial centré sur l'État cède la place à une guerre sans État", déclare Dr Sean McFate, membre senior du Conseil atlantique basé à Washington.

Rien de tout cela ne signifie la fin des missions militaires à l'étranger.

Au Mali et au Sahel, les Français sont peut-être en train de mettre un terme à leur opération unipolaire Barkhane et de renvoyer des milliers de soldats chez eux.

Mais la mission des Nations unies se poursuit, et les Français conservent une force réduite engagée dans une mission multinationale de lutte contre le terrorisme.

En Irak, la mission de l'OTAN continuera à former les forces anti-insurrectionnelles locales et à leur offrir un soutien technique.

En Afghanistan cependant, la présence militaire occidentale disparaît à l'horizon au moment même où elle pourrait être le plus nécessaire pour faire face à la menace combinée des talibans, d'Al-Qaïda et de l'État islamique.