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BBC Afrique of Tuesday, 13 July 2021

Source: www.bbc.com

Les femmes musulmanes indiennes "à vendre" sur une application

L'application prétendait offrir aux utilisateurs la possibilité d'acheter un Sulli L'application prétendait offrir aux utilisateurs la possibilité d'acheter un Sulli

Dimanche dernier, des dizaines de femmes musulmanes en Inde ont découvert qu'elles avaient été mises en vente en ligne.

Hana Khan, une pilote de ligne dont le nom figurait sur la liste, a déclaré à la BBC qu'elle en avait été avertie par un ami qui lui avait envoyé un tweet.

Le tweet l'a conduite à "Sulli Deals", une application et un site Web qui avaient pris des photos de femmes accessibles au public et créé des profils, décrivant les femmes comme des "affaires du jour".

La page d'accueil de l'application contenait la photo d'une femme inconnue. Sur les deux pages suivantes, Mme Khan a vu des photos de ses amies. Sur la page suivante, elle s'est vue elle-même.

"J'ai compté 83 noms. Il pourrait y en avoir plus", a-t-elle dit à la BBC. "Ils avaient pris ma photo sur Twitter et il y avait mon nom d'utilisateur. Cette application a fonctionné pendant 20 jours et nous n'étions même pas au courant. Ça m'a fait froid dans le dos."

L'application prétendait offrir aux utilisateurs la possibilité d'acheter un "Sulli", un terme argotique péjoratif utilisé par les trolls hindous de droite pour désigner les femmes musulmanes. Il n'y avait aucune vente aux enchères réelle, le but de l'application étant simplement de dégrader et d'humilier.

Mme Khan a indiqué qu'elle avait été prise pour cible en raison de sa religion. "Je suis une femme musulmane qui a été vue et entendue", a-t-elle souligné. "Et ils veulent nous faire taire".

GitHub - la plateforme web qui hébergeait l'application open source - l'a rapidement fermée à la suite de plaintes. "Nous avons suspendu les comptes des utilisateurs suite à l'enquête sur les rapports de telles activités, qui violent toutes nos politiques", a déclaré l'entreprise dans un communiqué.

Mais l'expérience a laissé des traces chez les femmes. Les personnes qui ont figuré sur l'application étaient toutes des musulmanes qui s'expriment, notamment des journalistes, des activistes, des artistes ou des chercheurs. Quelques-unes ont depuis supprimé leurs profils sur les réseaux sociaux et beaucoup d'autres ont dit qu'elles avaient peur d'être à nouveau harcelées.

"Peu importe votre force, mais si votre photo et d'autres informations personnelles sont rendues publiques, cela vous effraie, cela vous perturbe", a confié une autre femme au service hindi de la BBC.

Mais plusieurs des femmes dont les coordonnées ont été partagées sur l'application ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer les "pervers" et ont promis de se battre. Une douzaine d'entre elles ont formé un groupe WhatsApp pour chercher - et offrir - du soutien et certaines d'entre elles, dont Mme Khan, ont déposé des plaintes auprès de la police.




Des citoyens, des militants et des dirigeants éminents se sont également élevés contre ce harcèlement. La police a annoncé qu'elle avait ouvert une enquête, mais a refusé de dire qui pouvait être derrière cette application.

Les personnes qui ont créé l'application ont utilisé de fausses identités, mais Hasiba Amin, coordinatrice des réseaux sociaux pour le parti d'opposition Congress, a mis en cause plusieurs comptes qui attaquent régulièrement les musulmans, en particulier les femmes musulmanes, et prétendent soutenir les politiques de droite.

Ce n'est pas la première fois, a relevé Mme Amin, que des femmes musulmanes sont visées de cette manière. Le 13 mai, alors que les musulmans célébraient la fête de l'Aïd, une chaîne YouTube a diffusé une "spéciale Aïd" - une "vente aux enchères" en direct de femmes musulmanes d'Inde et du Pakistan.

"Les gens offraient 5 roupies et 10 roupies (moins de la moitié d'un dollar américain) , ils notaient les femmes en fonction des parties de leur corps, décrivaient des actes sexuels et menaçaient de les violer", a déclaré Mme Khan.

Mme Amin m'a dit que, plus tard dans la journée, un compte anonyme a tenté de la "vendre aux enchères" sur Twitter. Plusieurs autres comptes - dont un appelé @sullideals101, qui a depuis été suspendu - se sont joints à l'opération, "m'insultant, me faisant honte et décrivant des actes sexuels grossiers", a rapporté Mme Khan.

Elle pense que ceux qui ont tenté de la mettre aux enchères sur Twitter sont les mêmes personnes qui se cachent derrière l'application Sulli Deals et la chaîne YouTube - qui a depuis été supprimée par la plateforme.

Au cours de la semaine écoulée, Twitter a suspendu des comptes qui affirmaient être à l'origine de l'application et que celle-ci devrait bientôt être remise en service.

Les activistes affirment que les abus en ligne ont le pouvoir de "déprécier, rabaisser, intimider et finalement réduire les femmes au silence".

La semaine dernière, plus de 200 actrices, musicienness, journalistes et responsables gouvernementaux du monde entier ont écrit une lettre ouverte, exhortant les PDG de Facebook, Google, TikTok et Twitter à faire de la sécurité des femmes "une priorité".

"L'internet est la place publique du 21e siècle", ont-elles écrit. "C'est là que les débats ont lieu, que les communautés se construisent, que les produits sont vendus et que les réputations se font. Mais l'ampleur des abus en ligne signifie que, pour trop de femmes, ces places publiques numériques ne sont pas sûres."

Un rapport d'Amnesty International sur le harcèlement en ligne en Inde l'année dernière a montré que plus une femme s'exprime, plus elle est ciblée. Et tout comme les femmes noires étaient plus susceptibles d'être prises à partie en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les femmes issues de minorités religieuses et de castes défavorisées étaient davantage harcelées en Inde.

Nazia Erum, auteur et ancienne porte-parole d'Amnesty en Inde, a déclaré qu'il y avait peu de femmes musulmanes sur les réseaux sociaux et que celles qui l'étaient étaient " traquées et harcelées ".

"Cette attaque ciblée et planifiée est une tentative d'enlever le micro aux femmes musulmanes éduquées qui expriment leur opinion et s'élèvent contre l'islamophobie. C'est une tentative de les faire taire, de leur faire honte, de leur enlever l'espace qu'elles occupent", a-t-elle déclaré.

Mme Amin a ajouté que les harceleurs n'avaient "aucune crainte car ils savent qu'ils s'en tireront".

Elle a cité plusieurs cas récents d'atrocités commises contre des musulmans et encouragées par des partisans du parti au pouvoir, le BJP, tels qu'un ministre du gouvernement qui a décoré de guirlandes huit hindous condamnés pour avoir lynché un musulman, et le nouveau ministre de la radiodiffusion du pays, que l'on a vu l'année dernière dans une vidéo virale inciter une foule hindoue à "tirer sur les musulmans".

Pour les femmes dont l'identité a été prise et utilisée par l'application "Sulli Deals", le combat pour la justice pourrait être long et difficile. Mais elles sont déterminées à l'obtenir.

"Si la police ne trouve pas ceux qui nous ont mises en vente, j'irai devant les tribunaux", a déclaré Mme Khan. "Je vais poursuivre jusqu'au bout".