Vous-êtes ici: AccueilSport2021 07 21Article 609286

BBC Afrique of Wednesday, 21 July 2021

Source: www.bbc.com

Les cinq plus grandes menaces pour la sécurité au Nigeria

Les nigerians contre l'expansion de Boko Haram Les nigerians contre l'expansion de Boko Haram

Le Nigeria est confronté à une vague sans précédent de crises sécuritaires -des enlèvements aux insurrections extrémistes - pratiquement toutes les régions du pays ont été touchées par la violence et la criminalité.

Audu Bulama Bukarti, analyste sur la sécurité au Sahel à l'Institut Tony Blair, affirme que l'ampleur de l'insécurité menace l'ADN de la société nigériane : "À chaque attaque, des vies humaines sont perdues ou endommagées de manière définitive et la confiance envers les institutions démocratiques et dans le pays régresse".

Lorsque le président Muhammadu Buhari a été élu en 2015, il a promis de protéger les citoyens contre les extrémistes et les criminels. Mais son mandat prend fin dans moins de deux ans de et le pays est plus instable qu'il ne l'a été depuis des décennies.

Abubakar Shekau est mort selon une vidéo de Boko Haram Certains ont lié la récente montée de l'insécurité à l'énorme pauvreté qui sévit dans le pays. Le chômage des jeunes s'élève actuellement à 32,5 % et le pays est sous l'emprise de la crise économique la plus grave en 27 ans.

Voici les cinq plus grandes menaces pour la sécurité du Nigéria :

Djihadisme

Le président Buhari avait affirmé au cours de sa première année au pouvoir que le groupe militant islamiste Boko Haram etait "techniquement" vaincu. Le chef d'Etat reconnait pourtant aujourd'hui que son gouvernement ne parvient pas à arrêter l'insurrection, qui a commencé dans le Nord-Est.

En effet, Boko Haram s'étend et profite de la pauvreté du Nigeria et d'autres défis sécuritaires pour alimenter ses idéologies extrémistes. Le conflit avec le groupe a engendré près de 350 000 victimes et forcé des millions de personnes à quitter leur foyer, selon un rapport de l'ONU datant de fin 2020.

Boko Haram lance des raids meurtriers, hissant dans certains cas son drapeau et imposant un régime extrémiste à la population locale. Le groupe armé prélève des taxes sur les exploitations et la vente des produits agricoles. Le marché international du poisson autrefois en plein essor dans le bassin du Tchad est désormais entièrement contrôlé par le groupe.

Les zones non gouvernées du Nigeria - éloignées et largement ignorées - où des groupes peuvent tourmenter les communautés rurales sans crainte de représailles, rend la lutte plus difficile.

L'État islamique-Province d'Afrique de l'Ouest (ISWAP), branche ouest-africaine de l'EI, a dépassé Boko Haram en taille et en capacité. Ce groupe extrêmement actif est devenu de plus en plus important dans la région et a mené plusieurs attaques réussies contre l'armée nigériane.

Les deux groupes ont jusqu'à présent résisté aux opérations militaires du gouvernement.

Affrontements entre éleveurs et agriculteurs

Il y a de violents conflits entre les éleveurs nomades et les agriculteurs au Nigeria depuis de nombreuses années, les éleveurs se déplaçant plus au sud à la recherche de pâturages.

Les désaccords sur l'utilisation des terres et de l'eau, ainsi que sur les routes de pâturage, ont été exacerbés par le changement climatique et la propagation du désert du Sahara.

Des milliers de personnes ont été tuées dans des affrontements pour des ressources limitées.

L'Etat de Benue, dans le centre du pays, a enregistré les attaques les plus meurtrières.

La tension a conduit certains gouverneurs d'État à interdire le pâturage sur les terres ouvertes, créant ainsi des frictions avec le gouvernement central.

Banditisme et enlèvement

L'une des plus grandes menaces pour les familles nigérianes, ce sont les enlèvements à d'écolières dans leurs salles de classe et internats.

Depuis décembre 2020, plus de 1 000 étudiants ont été enlevés et parmi eux, beaucoup ont pu être libérés contre une rançon.

Les ravisseurs pillent des villages, kidnappent des civils et incendient des maisons.

Ces attaques ont forcé des milliers de personnes à fuir leurs maisons et à chercher refuge dans d'autres régions du pays.

Le Nord-Ouest est l'épicentre de ces attaques. Dans le seul État de Zamfara, plus de 3 000 personnes ont été tuées depuis 2012 et les attaques se poursuivent. Des centaines d'écoles ont été fermées à la suite d'enlèvements dans des écoles de l'État de Zamfara et du Niger, où des enfants aussi jeunes que trois ans ont été enlevés.

Tout porte à croire que l'industrie lucrative des enlèvements au Nigeria est en plein essor - s'étendant dans des zones auparavant sûres - et échappe apparemment au contrôle de l'armée du pays. La situation constitue une réelle menace pour le commerce et l'éducation, ainsi que pour les communautés agricoles du pays.

Un groupe séparatiste le Peuple indigène du Biafra (Ipob) s'est affronté avec les agences de sécurité nigérianes. Ipob souhaite qu'un groupe d'États du sud-est, principalement composé de personnes issues de l'ethnie Igbo, se détache et forme la nation indépendante du Biafra.

Le groupe a été fondé en 2014 par Nnamdi Kanu, qui a été récemment arrêté et devrait être jugé pour terrorisme et trahison. Son arrestation a été un coup dur pour le mouvement.

Le président Buhari a promis d'écraser Ipob. Le mois dernier, il a évoqué sur Twitter les problèmes de sécurité dans le sud-est du pays et a déclaré que "ceux qui se comportent mal aujourd'hui" seraient traités dans "la langue qu'ils comprendront".

Le tweet faisait référence à la guerre civile nigériane de 1967-70.

Le message a ensuite été supprimé par Twitter pour avoir enfreint ses règles. L'incident a conduit à la suspension de Twitter au Nigeria.

Activistes environnementalistes

Dans le sud, producteur de pétrole, les problèmes de sécurité ne sont pas nouveaux.

C'est le plus gros producteur d'exportations étrangères du Nigeria, et les militants du delta du Niger se sont longtemps battus pour obtenir une plus grande part des bénéfices. Ils soutiennent que la majorité du pétrole provient de leur région et que les dommages environnementaux causés par son extraction ont dévasté les communautés et leur ont rendu impossible la pêche ou l'agriculture.

Pendant des années, les militants ont fait pression sur le gouvernement en organisant des kidnappings et en lançant des attaques contre le personnel de sécurité et les infrastructures pétrolières, comme les oléoducs.

Pour y remédier, l'ex-président Umaru Musa Yar'Adua avait lancé un programme d'amnistie présidentielle en 2009, qui a vu la fin officielle des militants du delta du Niger.

Mais les groupes sectaires armés posent toujours un problème de sécurité dans la région et les responsables de l'industrie ont averti que le militantisme reprenait.