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xxxxxxxxxxx of Friday, 7 May 2021

Source: Mutations, N*5337

Le sport camerounais victime du virus de la précarité [CHRONIQUE]

• La plupart des athlètes professionnels camerounais sont embastillés dans un misérabilisme sans nom

• Il y a lieu de se demander qui sont les « bourgeois » du sport camerounais

• Bon nombre des dirigeants se démarquent par leurs carences en matière de gestion des fonds




Selon Karl Marx, philosophe et économiste allemand du XXème siècle, également figure de proue du socialisme moderne, le prolétariat désigne la classe sociale des travailleurs qui ne possèdent pour vivre que leur force de travail. Dans une acception plus moderne et moins restrictive, le prolétaire désigne le travailleur salarié qui détient comme seul capital (entendu ici comme richesse) ses compétences mises à disposition d’un employeur. Dans la doctrine dualiste marxiste, le prolétaire s’oppose nécessairement à la bourgeoisie, détentrice des moyens de production. Parce qu’elle est dominée par le lucre, l’enrichissement sans cause et la dictature du profit, la bourgeoisie a tendance, plutôt que de valoriser la compétence et l’expertise du prolétaire, à le transformer en moyen de production. De façon plus prosaïque, la bourgeoisie considère le salarié d’abord et avant tout comme un moyen et jamais vraiment comme une fin, battant en brèche les principes de la morale objective kantienne. Cette fracture sociale entre la bourgeoisie (représentée dans nos sociétés modernes par les grands patrons et plus généralement tout dirigeant ayant un pouvoir décisionnel) et les travailleurs prolétaires n’épargnent aucune société capitaliste, comme en témoignent les grands mouvements sociaux pour l’amélioration des conditions de vie qui émaillent ces sociétés modernes, dont la dernière en date est celle des Gilets Jaunes en France. On se souvient également des mémorables émeutes de la faim au Cameroun en 2008 qui ont eu pour source une hausse sensible des produits de première nécessité, dans un contexte généralisé de baisse du pouvoir d’achat et de sous-emploi chronique. La paupérisation dans laquelle est plongé le sportif professionnel camerounais rappelle à bien des égards celui du prolétaire marxiste. Comme le prolétaire marxiste, la plupart des athlètes professionnels camerounais sont hélas embastillés dans un misérabilisme sans nom. Misérabilisme mis en lumière par la pandémie qui sévit actuellement dans tout le monde et qui frappe durement les athlètes, affectés sensiblement par la suspension ou le report de certaines compétitions sportives nationales, mesures barrière oblige. Toutefois, il y a lieu de se demander qui sont, pour refaire le parallèle avec la doctrine marxiste, les « bourgeois » du sport camerounais. Sont-ce les dirigeants de club qui s’engraissent au détriment des athlètes qu’ils exploitent ? L’on aurait tendance à répondre par l’affirmative lorsqu’on sait que, malgré les sommes (certes modestes) injectées par certains sponsors et les pouvoirs publics, bon nombre de ses dirigeants se démarquent par leurs carences en matière de gestion des fonds ou de ressources humaines. La faute, selon nous, incombant davantage à une absence de formation aux rouages du management sportif davantage qu’à une volonté de profit débridé (même si elle est sous-jacente).

Face à ce problème épineux, la Fecafoot a déjà mis sur pied un comité ad hoc, dont les solutions sont encore attendues. Nous espérons que les footballeurs n’auront pas à se muer en « apprentis sorciers » pour faire entendre leurs légitimes revendications

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