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BBC Afrique of Monday, 19 July 2021

Source: www.bbc.com

Jeux olympiques Tokyo 2021 : Sara Gamal, l'arbitre en hijab qui entre dans l'histoire olympique

Sara Gamal, l'arbitre en hijab Sara Gamal, l'arbitre en hijab

Sara Gamal a l'habitude de réaliser de grandes choses.

Aujourd'hui, cette ingénieure en génié civil égyptienne, basketteuse reconvertie en arbitre, est sur le point d'entrer dans l'histoire.

Elle sera la première femme musulmane portant un hijab à arbitrer un match de basket aux Jeux olympiques.

De plus, la forme de basket qu'elle va arbitrer fait elle-même ses débuts à Tokyo en juillet.

Le basket-ball 3x3 est considéré comme le sport d'équipe urbain le plus pratiqué au monde. Il s'est développé à partir du jeu pratiqué dans les parcs et les zones de loisirs, connu sous le nom de Streetball, Blacktop ou Playground Ball.

On estime que 182 pays et plus de 430 000 joueurs dans le monde jouent au 3x3.

Sara sera également la première femme arabe et africaine à officier au basketball 3x3 aux Jeux olympiques.


'Donner le meilleur de moi-même'

Sara dit qu'aller aux Jeux olympiques est "un rêve".

En raison de la pandémie, il n'était même pas certain que les jeux aient lieu.

"Nous étions très inquiets de savoir s'ils allaient avoir lieu ou non, mais c'est finalement le cas."

Sa famille déborde de fierté, dit Sara. Mais elle est consciente qu'avec une telle réussite vient le poids des attentes.

"C'est une grande responsabilité quand on ne représente pas seulement soi-même, mais aussi [l'Afrique et le monde arabe].

"Ce n'est pas facile, mais je veux être une bonne représentante pour eux, alors je fais de mon mieux".

Sara parle doucement, avec un sourire amical. Elle me parle quelques heures seulement après être rentrée chez elle en Égypte, après avoir arbitré un match de basket en Roumanie.

"Chaque fois que je réalise quelque chose et que je pense que c'est la plus grande chose, Allah me surprend et m'ouvre une nouvelle opportunité qui est encore plus grande qu'avant", me dit-elle.

"La saison dernière, j'ai été désignée pour arbitrer un match de demi-finale de la ligue égyptienne pour les hommes. C'était une réussite en soi.

Cette saison, Sara a poussé ses accomplissements encore plus loin, lorsqu'elle a arbitré la finale de la Coupe d'Égypte pour les hommes et dans la Ligue africaine de basket-ball pour les hommes.

"Ce furent de grands pas pour moi, et pour toutes les autres femmes arbitres en Égypte, car c'était la première fois qu'une femme arbitre officiait une finale masculine dans le pays."

Un double parcours

Malgré les récents succès de Sara, son chemin vers les Jeux olympiques a été long.

Tout a commencé alors qu'elle était une jeune fille, qui regardait sa sœur aînée jouer au basket et l'accompagnait aux séances d'entraînement. À cinq ans à peine, Sara a commencé à jouer, et à 15 ans, elle était déjà arbitre.

Pendant huit ans, Sara a été à la fois joueuse et arbitre. Elle dit que la décision d'arrêter de jouer pour se concentrer sur l'arbitrage a été l'un de ses plus grands défis.

"Ce n'est pas facile quand on est le premier dans ce domaine - il faut être courageux pour le faire".

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"Mais quand on croit en quelque chose, il faut aussi croire que si on fait un pas, ça va marcher".

Sara a l'habitude de concilier plusieurs rôles à la fois. Elle travaille toujours comme ingénieur et a étudié pendant cinq ans tout en poursuivant ses rêves de basket.

C'était un défi, dit-elle, "mais j'ai eu le soutien de ma famille qui m'a appris à équilibrer mon temps entre les deux voies".

Aujourd'hui, ses collègues de travail font partie de ceux qui l'encouragent.

"Ils regardent mes matchs et, bien sûr, ils me soutiendront aux Jeux olympiques".

Guidée par Allah

Dans tout cela, Sara dit que sa religion lui a permis de garder les pieds sur terre.

"Je crois que si je fais de mon mieux dans tout, le meilleur me reviendra".

"Vous devez travailler avec tout ce que vous avez. Et puis dire, 'j'ai fait de mon mieux', et s'en remettre à Dieu pour qu'il guide votre parcours."

C'est vers lui qu'elle se tourne avant chaque match.

"Je prie et je dis : "Dieu, s'il te plaît, aide-nous à faire de ce match ou de ce tournoi un grand moment".

C'est cette même foi qui guide ce qu'elle porte sur le terrain. Sara est la première arbitre de la FIBA à porter un hijab au niveau international, suite à un changement de règle en 2017.

La réaction, selon Sara, a été entièrement positive.

"Certains joueurs disent même que ma tenue est cool", dit-elle.

"C'est bien pour moi d'avoir ouvert une voie pour que davantage de femmes arbitres soient fidèles à leur foi et à leurs rêves."

Elle raconte que les jeunes femmes arbitres de son pays lui écrivent souvent pour lui dire qu'elles pensaient "n'avoir aucune chance de participer à de grands tournois ou de voyager dans le monde entier".

"Je leur dis que vous pouvez faire mieux que moi. Vous pouvez atteindre tous vos objectifs où que vous soyez. Vous avez le pouvoir de le faire".

"C'est un grand honneur pour elles de pouvoir penser à leur avenir d'arbitre et de voir que si elles travaillent dur, elles pourront réaliser leurs rêves."

C'est ce qu'elle souhaite que les jeunes musulmanes qui la regardent à travers le monde retiennent de son succès, alors qu'elles la voient sur le terrain à Tokyo.

"Concentrez-vous sur le fait d'être la meilleure et fixez votre objectif haut, alors vous pourrez atteindre la chose la plus élevée".

"Je crois que les femmes ont des pouvoirs magiques. Nous sommes très, très fortes", conclut-elle.