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BBC Afrique of Tuesday, 14 September 2021

Source: www.bbc.com

Hanna Paranta, féministe somalienne : 'ils utilisent Facebook pour me faire taire'

'Ils utilisent Facebook pour me faire taire' 'Ils utilisent Facebook pour me faire taire'

Hanna Paranta qui a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat, subit en ce moment des attaques en ligne pour avoir aidé des femmes victimes de violences.

"Nous ne t'avons pas tué en Somalie et maintenant tu es libre au Royaume-Uni. Mais nous te ferons taire sur Facebook" - cet avertissement a été lancé en direction d'une militante des droits des femmes née en Somalie et basée au Royaume-Uni.

Hanna Paranta (connue en ligne sous le nom de Hanna Abubakar ), qui aide les victimes de viols et de violences domestiques via sa page Facebook, affirme avoir reçu cet appel téléphonique il y a un an, de la part de l'une des personnes faisant campagne contre son travail.

Elle affirme que la fonction de signalement de Facebook, créée pour garantir un espace exempt d'abus sur Internet, est utilisée pour faire le contraire.

Le géant des médias sociaux affirme que chaque rapport est traité sérieusement et fait l'objet d'une enquête.

La page Facebook de Hanna aimée par plus de 130 000 personnes, mais elle pense que des Somaliens opposés à une plus grande égalité entre les femmes et les hommes l'ont signalée à Facebook dans le but de faire fermer sa page.

Repas empoisonné

Mme Paranta, 44 ans, vit actuellement au Royaume-Uni. Elle a quitté la Somalie pour la Suède lorsqu'elle avait environ sept ans.

C'est là qu'elle est devenue assistante sociale et, depuis dix ans, elle défend les droits des femmes.

Elle a commencé à aider les victimes de violences domestiques et de viols au sein de l'importante diaspora somalienne.

Elle est également bien connue en Somalie où elle s'implique dans diverses organisations caritatives.

Ses activités dérangent les groupes les plus conservateurs de la Somalie, considérée comme une nation musulmane.

Lorsqu'elle se rend en Somalie, elle voyage toujours avec des gardes du corps pour sa protection.

Lors de sa dernière visite en septembre 2020, quelqu'un a essayé d'empoisonner sa nourriture à son hôtel dans la capitale, Mogadiscio.

Grâce à une alerte, elle n'a pas mangé le repas, mais un gang armé a essayé de la kidnapper - les gardes du corps sont intervenus et les hommes se sont enfuis.

A son retour, elle a reçu un appel téléphonique et, depuis, sa page Facebook a souvent été désactivée ou restreinte par le géant des médias sociaux - et elle pense que les personnes à l'origine des plaintes veulent la faire disparaître complètement.

Bien qu'elle ait soulevé le problème auprès de Facebook, elle pense que l'entreprise n'a pas été en mesure d'identifier et de réglementer ces faux rapports.

Et Mme Paranta pense qu'elle est devenue la victime d'une attaque de masse coordonnée.

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Une interdiction fantôme

"J'ai commencé à contacter l'entreprise des médias sociaux en décembre. Je leur ai tout dit. Que ce groupe voulait fermer ma page et m'a envoyé des menaces, mais personne ne m'a écoutée", raconte Mme Paranta.

Elle pense que ceux qui sont à l'origine des plaintes "ont un groupe de messagerie Facebook avec plus de 300 membres, où ils ciblent et dénoncent les gens".

Un partisan de Mme Paranta a rejoint le groupe et lui a envoyé des captures d'écran de ses discussions.

Celles-ci, ainsi que les détails d'une plainte qu'elle a déposée auprès de la police britannique, ont été envoyées à Facebook.

Certaines captures d'écran montrent des personnes discutant de la manière dont elles ont réussi à restreindre la page Facebook de Mme Paranta et envisagent de supprimer son compte YouTube.

Mme Paranta était frustrée que Facebook ait désactivé son compte sans avoir apparemment enquêté sur les rapports.

Ses rapports avec l'entreprise ont été tout aussi frustrants : elle a souvent été renvoyée vers différents services ou a dû communiquer avec des robots.

Après que la BBC a contacté Facebook pour obtenir une réponse à ces allégations, Mme Paranta affirme que certaines restrictions sur sa page ont été levées il y a quelques mois, comme la fonction de diffusion en direct.

Un porte-parole de Facebook dit que si les discussions critiques sont autorisées, la société ne permet pas aux gens d'"abuser ou de harceler" les autres sur Facebook.

"Nous avons supprimé le contenu contrevenant porté à notre attention, et nos enquêtes n'ont trouvé aucune restriction actuelle sur les comptes militants en question."

Cependant, Mme Paranta dit qu'elle est toujours "bannie à l'ombre", ce qui signifie que ses publications apparaissent moins fréquemment dans les flux de ses abonnés.

Elle ne peut pas non plus obtenir de nouveaux abonnements de fans et vérifier sa page.

Mais qui signale activement son compte à Facebook ? Étonnamment, la majorité sont des femmes.

Amina Musse Wehelie, journaliste et défenseure de la santé mentale, a découvert qu'une personnalité somalienne influente est à la tête de ces groupes de dénonciation sur Facebook.

Selon elle, lui, ainsi que d'autres hommes somaliens, ont formé des femmes de la diaspora pour les utiliser dans leur guerre contre d'éminentes militantes.

"Ils ciblent les mères célibataires sans emploi ni famille proche. Des femmes qui se sentent seules et loin de leur pays d'origine [la Somalie].

"Ils commencent à leur dire qu'elles peuvent 'tout faire' et qu'elles sont 'spéciales'. Ensuite, ils les convainquent de travailler pour eux et leur proposent de l'argent."

Dans le cadre de la campagne de dénigrement, des mensonges sont diffusés sur les médias sociaux au sujet des militantes somaliennes .

La campagne est devenue particulièrement violente et brutale envers Mme Paranta au cours des derniers mois.

"Le chef du gang a d'abord dit que je faisais du trafic d'organes. Puis, il a dit que je vendais des femmes somaliennes comme travailleuses sexuelles et maintenant il dit que j'essaie de convertir les Somaliennes au christiannisme", rapporte-t-elle.

Ce type de propagande a encouragé la multiplication des dénonciations sur le compte de Mme Paranta, car beaucoup ont maintenant la fausse impression qu'elle est une criminelle, ce qui rend impossible l'exercice de son travail.

Pour Mme Wehelie et Mme Paranta, la langue est la principale raison pour laquelle Facebook n'enquête pas sur les faux signalements - et elles ont le sentiment de ne pas être prises au sérieux parce qu'elles sont des femmes de la communauté somalienne.

"Je pense que lorsque ces personnes utilisent leur langue, Facebook ne comprend pas", déclare Mme Wehelie, suggérant que la fonction de traduction de Facebook pour le somali ne fonctionne pas correctement.

La journaliste pense qu'une façon de résoudre ce problème serait que Facebook emploie davantage de Somaliens pour faire les traductions.

Mme Paranta craint que sa page ne continue d'être prise pour cible et que les personnes qu'elle aide n'aient plus personne vers qui se tourner.