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BBC Afrique of Wednesday, 8 September 2021

Source: www.bbc.com

Guerre des gangs à Marseille : des enfants victimes innocentes

Dans une rue de Marseille Dans une rue de Marseille

Depuis le début de l'année, plusieurs meurtres ont été commis par des membres de gangs, dans la deuxième plus grande ville de France.

Il y a quinze jours, un garçon de 14 ans, Rayanne, a été abattu par un autre jeune homme à moto devant la cité des Marronniers où il vivait, dans le nord de Marseille.

Deux autres garçons, un de 14 ans et un de 8 ans, ont été blessés dans l'attaque.

Le week-end suivant, trois autres personnes ont été tuées à Marseille, également dans des heurts en lien avec la drogue. L'un d'eux a été brûlé vif à l'arrière d'un véhicule.

Depuis le début de l'année, 15 meurtres commis par des gangsters ont été recensés dans la deuxième ville de France. Douze depuis le début de l'été.

Ce ne sont pas seulement les chiffres qui sont choquants.

Cette année ne semble pas être pire que les années précédentes. L'année dernière, 28 décès ont été enregistrés, et 23 autres en 2018.

En France, les règlements de comptes dans la Cité phocéenne, comme on appelle aussi Marseille, sont aussi réguliers que les saisons.

Le début d'une tendance

Ce qui fait parler et inquiète les gens, c'est le jeune âge de nombreuses victimes.

Rayanne en est un bon exemple. Ses proches insistent sur le fait qu'il était un écolier normal, qui a été pris dans les feux croisés.

Mais les enquêteurs pensent qu'il s'agissait d'un "chouffeur", un justicier payé par l'un des gangs pour patrouiller devant son condominium.

Policiers, magistrats, travailleurs sociaux et journalistes locaux s'accordent à dire que l'âge de ces toxicomanes est de plus en plus jeune.

"La première fois qu'un jeune de 16 ans a été tué en 2010, cela a été choquant. Mais nous pensions que c'était un cas unique. Avec le recul, on se rend compte que c'était le début d'une tendance", a déclaré un travailleur social au journal Le Monde.

  • Elle a pardonné aux hommes qui l'ont violée et qui ont tué une partie de sa famille - maintenant ils la pourchassent à nouveau
Selon l'écrivain et expert des quartiers pauvres du nord de Marseille, Philippe Pujol, "les meurtres à Marseille ont toujours lieu sur des points de vente".

Les grands patrons se battent au Maroc ou en Espagne. Mais ici, sur le terrain, la vente au détail a été externalisée, et ce sont des adolescents qui font le travail.

Les jeunes peuvent être recrutés sur Internet et beaucoup viennent d'autres villes françaises.

"C'est comme un job d'été, mais ils sont beaucoup plus vulnérables que les garçons du quartier, car ils sont très isolés", a déclaré au journal Le Monde un juge d'instruction.

Selon Pujol, beaucoup de jeunes recrues s'endettent auprès des chefs de gang.

Certains commencent à se droguer. Les descentes de police étant de plus en plus fréquentes, il est difficile de trouver de nouvelles zones de vente.

"Jeune et endetté. Ils veulent faire de grosses ventes, alors ils s'éloignent de leurs territoires. Et c'est là que la concurrence entre en jeu. Ils sont confrontés à d'autres gangs, qui font aussi de gros paris", dit-il.

Le plan de Macron pour Marseille

La violence mafieuse est la toile de fond de la visite de trois jours du président Emmanuel Macron, cette semaine.

Des annonces seront faites sur l'augmentation du nombre de policiers et de magistrats, mais aussi sur le logement, les transports et l'éducation…

Les drogues ne sont qu'une partie du problème. L'autre est la pauvreté et la misère urbaine.

Sept mois avant l'élection présidentielle, c'est l'occasion pour Macron de prendre l'initiative sur les questions juridiques et d'ordre public qui risquent de dominer la compétition électorale.

Ce qu'il veut éviter, c'est de laisser Marine Le Pen (extrême droite) ou un candidat de centre-droit comme Xavier Bertrand s'approprier la question.

Mais les problèmes de Marseille sont-ils plus graves que ceux d'autres villes françaises, comme Paris ou Toulouse ?

Certains, comme le nouveau commandant de police de la ville, Fréderique Camilleri, répondent par l'affirmative : "Le niveau de violence ici, au sein des gangs ou entre gangs, est d'un autre niveau".

"Ici, c'est le règne de la violence, avec le travail forcé, l'intimidation, le chantage et même la torture. Elle est très organisée et hiérarchisée.

Les jeunes qui s'engagent ne savent pas dans quoi ils s'engagent", dit Mme Camilleri.

"Un reflet de la France"

Marseille a, bien sûr, une histoire, une géographie et des caractéristiques particulières qui la distinguent du reste de la France.

Depuis plus de deux mille cinq cents ans, elle accueille des migrants venus de toute la Méditerranée.

Le banditisme et le crime organisé ont toujours prospéré. Contrairement à d'autres endroits, ses problèmes ne se situent pas à la périphérie mais au cœur de la ville.

Mais vu sous un autre angle, Marseille n'est pas si différente.

"Marseille concentre tous les problèmes urbains de la France en un seul endroit", dit Pujol.

Pour l'un des conseillers de Macron, Marseille est comme un "reflet du pays dans son ensemble".

En d'autres termes, les gangs de trafiquants de drogue, les guerres de territoire et même les meurtres de jeunes justiciers ne sont pas propres à la Cité phocéenne. Mais ils sont plus courants.