Vous-êtes ici: AccueilSport2021 04 12Article 588268

BBC Afrique of Monday, 12 April 2021

Source: bbc.com

Elections présidentielles au Tchad : jour de vote dans le calme

Le président sortant Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans, brigue un sixième mandat de six ans face à six candidats de l'opposition.

Quelque sept millions de Tchadiens votent sous haute sécurité ce 11 avril pour choisir celui qui présidera à leurs destinées pour les six prochaines années.

Plusieurs partis d'opposition ont appelé à des manifestations pacifiques pour empêcher le scrutin. Notre correspondant Vincent Niebédé a observé quelques manifestations au sud de la capitale N'Djamena tôt ce matin, mais très vite maitrisées...

Certains tchadiens rencontrés n'ont pas pu voter faute de carte d'électeur.

"Je n'ai pas voté. D'abord je me suis enrôlé, j'ai cherché ma carte d'électeur en vain, je n'ai pas trouvé. Ça me fait vraiment mal ! J'ai l'âge de voter... vraiment ça me fait mal de voir les autres voter et pas moi", témoigne un jeune homme.

On ne voit pas grand monde dans les rues, la chaleur accablante ayant maintenu les électeurs en grande partie chez eux. Mais ceux qui sont allés voter tôt ce matin ont exprimé des opinions différentes sur le scrutin.

"Moi, en tout cas j'ai fait mon devoir de citoyen. Je suis venue voter. J'attends la paix et puis je veux qu'on nous donne à manger, la santé et la scolarité des enfants aussi. C'est tout ce que l'on demande au futur président; parce qu'on veut que notre pays soit comme le pays des autres", explique une tchadienne.

Cette femme se dit heureuse d'avoir accompli son devoir civique, et elle espère que le président élu résoudra des problèmes aussi fondamentaux que la garantie de meilleurs soins de santé pour la population.

Mais d'autres ne voient pas l'utilité de voter.

"Je suis à la recherche des clients et de l'argent. Je ne sais pas pourquoi je dois venir voter parce que cela fait des années que je suis diplômé-chômeur. Je me demande pourquoi il faut aller voter pendant que les diplômés ou les jeunes chôment. Il n'y a pas d'emploi pour eux. Et même s'il faut voter, c'est le président qui va toujours l'emporter".

De leur côté, les organisations de défense des droits de l'homme dont la FIDH s'inquiètent des arrestations d'opposants.

Depuis plusieurs jours un déploiement massif de militaires a été stationné dans les ronds-points et les grandes artères de la capitale Ndjamena.

C'est le signe visible du climat de tension qui a régné pendant les campagnes.

La période pré-électorale a été marquée par un mouvement de boycott du scrutin menée par plusieurs partis politiques et organisations de la société civile dont des figures majeures de l'opposition tchadienne comme Saleh Kebzabo, l'avocat Theophile Bongoro, Succès Masra, leader des « transformateurs » et Ngarledji Yorongar.

Les partisans du boycott, regroupés au sein de la Coordination d'actions citoyennes, dénonçaient l'absence de transparence du processus et soutenaient que « les conditions ne sont pas réunies pour assurer un scrutin crédible et transparent ». Ils ont tenté d'organiser des protestations pour dénoncer la candidature du président sortant.

Le président tchadien a estimé que l'élection était « libre ».

Dans un communiqué publié ce jeudi, le directeur de campagne d'Idriss Déby a affirmé que "toutes les équipes de campagne des candidats jouissent de toutes les libertés de mouvement, de rassemblement et d'expression ».

Depuis février, toutes les manifestations sont interdites dans le pays.

A deux jours du scrutin l'opposant à la tenue de la présidentielle, Dinamou Daram, a disparu, enlevé selon son parti par des hommes en tenue de la police pour une destination inconnue. Dans un communiqué, le ministère de la sécurité parle d'interpellation de personnes qui planifiaient d'attaquer le siège de la commission électorale.

Le siège de l'opposant historique Saleh Kebzabo a été attaqué par des inconnus le 2 mars et l'accès à son domicile a été barricadé par un impressionnant dispositif sécuritaire, selon des membres de son parti.

Malgré tout six opposants ont renoncé à la politique de la chaise vide et font face ce dimanche au Maréchal Itno.

Il s'agit de Romadoungar Nialbé Félix, Brice Guedembaye Baimon, l'ancien Premier ministre Pahimi Padacket Albert, la première femme candidate à une élection présidentielle au Tchad, l'ancienne ministre Lydie Beassemda, Yombombé Théophile et Alladoum Baltazar.

L'opposition a été peu visible pendant les campagnes tandis que dans la capitale placardée nombreuses images du président, on comptait d'innombrables bureaux de soutien au Maréchal.

Le Maréchal Idriss Déby Itno, préside aux destinées du Tchad depuis 30 ans. Selon une étude de l'Institut National de la Statistique, des Etudes Economiques et Démographiques du Tchad (INSEED), 74.6 % des tchadiens ont moins de 30 ans ce qui signifie qu'ils n'ont jamais connu d'autres chefs d'Etat.

Selon le Dr Evariste Ngarlem Toldé, chercheur à l'université de Ndjamena, la toute première priorité du prochain président "devrait être de réconcilier les tchadiens de l'intérieur et de l'extérieur car cette élection présidentielle a provoqué beaucoup de tensions aussi bien au niveau national que de la diaspora en engageant des discussions".

"Le président qui entrera en fonction le 8 août devra également s'occuper de la crise sociale qui oppose le gouvernement à la plateforme syndicale, ainsi que de la sécurité intérieure qui marque le pas avec les mouvements armés qui naissent notamment sur la frontière nord du pays", ajoute l'analyste joint par la BBC.

Les résultats provisoires sont attendus le 25 avril, et les résultats définitifs le 15 mai.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter