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BBC Afrique of Wednesday, 19 May 2021

Source: www.bbc.com

Droits de tirage spéciaux : que signifient-ils et pourquoi étaient-ils au cœur du sommet de Paris?

Il manque à l'Afrique près de 300 milliards de dollars pour couvrir ses besoins Il manque à l'Afrique près de 300 milliards de dollars pour couvrir ses besoins

Une trentaine de dirigeants africains et européens se sont réunis mardi à Paris avec les grandes organisations économiques internationales, pour réfléchir aux moyens de financer la relance économique des économies africaines au sortir de la pandémie de Covid-19.

L'idée d'une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars par le FMI est soutenue par la communauté internationale depuis plusieurs mois. Ces DTS doivent être répartis en fonction des quote-parts de chaque pays au FMI: le plus gros va donc aux pays les plus riches. Sur le papier, l'Afrique ne bénéficierait que de 34 milliards de dollars.

Le président français qui a jugé cette somme trop faible appelle les pays riches à allouer aux pays africains une partie de leurs DTS, comme s'engage à le faire la France, pour atteindre un total de 100 milliards de dollars.

Les participants au sommet n'ont pas annoncé d'engagement financiers fermes, mais ils ont promis d'engager des discussions autour des "Droits de tirage spéciaux" du Fonds monétaire international.

Emmanuel Macron dit espérer un "accord politique" au sujet des DTS soit au prochain sommet du G7, soit à celui du G20, soit entre juin et octobre. Le défi sera de convaincre les États-Unis qui sous l'administration Trump s'y étaient opposé. Mais la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen s'est déclarée favorable à une redistribution des DTS dans un communiqué, sous réserve que l'usage des fonds soit "transparent et responsable".

Qu'est ce que le droit de tirage spécial?

Le FMI qui est à l'origine de cet outil le définit comme un avoir de réserve international créé en 1969 pour compléter les réserves de change officielles de ses pays membres. Le DTS est l'unité de compte du FMI et de quelques autres organisations internationales.

L'économiste camerounais Isidore Noumba explique que "ce n'est pas une monnaie. Cet outil du FMI donne à chaque pays la mise à disposition une certaine quantité de droit de tirage convertible en devise surtout en cas de déficit de la balance de paiement. Il s'agit d'un mécanisme d'endettement auprès du fond monétaire"

Le droit de tirage spécial n'est pas une monnaie mais il joue certaines fonctions de la monnaie comme par exemple la fonction d'unité de compte affirme le professeur Babacar Sene, enseignant à la faculté des science économiques et de gestion de l'UCAD.

"Les banques centrales qui reçoivent ces DTS là vont les convertir en devises pour pouvoir rembourser plus facilement le service de la dette extérieure et assurer le commerce international. C'est un outil utilisé en général par le Fond monétaire international lorsque des pays sont à court de liquidité par exemple" ajoute l'économiste sénégalais.

A ce jour, il manque à l'Afrique près de 300 milliards de dollars pour couvrir ses besoins massifs en investissement dans les infrastructures , dans la santé etc., selon le Fonds monétaire international.

La problématique de la conditionnalité de la dette

Revenir aux DTS va remettre au goût du jour la problématique de la conditionnalité de la dette, selon le professeur Sène. La question est d'ailleurs évoqué, du moins en surface par le président sénégalais lors de la conférence de presse à l'issue du sommet de Paris.

Les dirigeants africains ont eux insisté sur la nécessité de soutenir le secteur privé africain, et de sortir d'une logique d'assistance publique internationale conditionnée à de dures réformes. Macky Sall a en particulier dénoncé le cadre "convenu" des contraintes budgétaires imposées aux pays africains, qui brident leur capacité d'investissement.

Oxfam a exigé aussi du FMI et de la Banque mondiale qu'ils renoncent aux "conditionnalités fiscales injustes ou régressives dans le cadre de leurs prêts et programmes". Selon l'ONG, l'institution basée à Washington a par exemple exigé du Nigeria une hausse de la TVA pénalisante pour les ménages les plus pauvres.

Certains opposants avancent par ailleurs que les DTS ne sont ni transparents ni ciblés, et qu'ils récompenseront les gouvernements dont les résultats en matière de gestion économique sont médiocres.

La dette des pays africains, a explosé depuis la pandémie. Si un moratoire a permis de donner un peu de répit aux pays les plus endettés, la prochaine étape consisterait à effacer une partie des créances, dans une démarche coordonnée, sous l'égide du G20.

En 2021, 39 millions d'Africains pourraient tomber dans l'extrême pauvreté, selon la Banque africaine de développement (BAD).Certes, la croissance du continent, qui a connu sa première récession en un demi-siècle l'an passé (-2,1%), devrait rebondir de 3,4% en 2021 et de 4% en 2022.

Le moratoire sur le service de la dette publique mis en place dès avril 2020 à l'initiative du Club de Paris et du G20 a également permis de donner un peu d'air, en suspendant le paiement de 5,7 milliards d'euros d'intérêt au bénéfice d'une cinquantaine de pays.

Et le G20 a réussi à convaincre la Chine, de loin le plus gros créancier bilatéral du continent, et les créanciers privés, de prendre part aux futures renégociations de dette.

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