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BBC Afrique of Friday, 12 March 2021

Source: bbc.com

Covid-19: la généticienne qui lutte pour aider à revenir à une vie normale

"Chaque jour, à mon réveil, je sais que ma mission est d'aider les gens à retrouver une vie normale", explique le Dr Pardis Sabeti.

Cela fait plus d'un an que la vie du Dr Sabeti tourne autour de la lutte contre le Covid-19 et ce qui permettra de continuer à "aider les gens qui sont piégés chez eux" à cause du confinement.

Depuis que le SRAS-CoV-2 a été identifié pour la première fois, elle travaille 18 heures par jour, sept jours par semaine, pour créer une nouvelle technologie permettant de suivre les mutations du virus.

L'équipe du Sabeti Lab, situé à l'université de Harvard aux États-Unis, a mis au point un test basé sur l'analyse CRISPR - une technologie qui permet de trouver des morceaux d'ADN spécifiques à l'intérieur d'une cellule et donne des résultats le jour même.

Le test utilise une méthode qui permet d'analyser simultanément un échantillon pour détecter plus de 160 virus différents, au lieu d'un seul à la fois.

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Mais Covid-19 ne sera pas la dernière pandémie, dit-elle, aussi le Dr Sabeti se concentre-t-elle sur le développement d'outils pour repérer et combattre la prochaine épidémie.

En collaboration avec le laboratoire ACEGID au Nigeria, son équipe a mis au point un système d'alerte précoce et de réponse à la pandémie appelé Sentinel.

Le système utilise les tests génétiques et la technologie de partage des données pour partager les informations rapidement et à moindre coût. Il peut développer et distribuer des données de diagnostic en un mois.

Ce processus augmentera les chances d'arrêter les épidémies tant qu'elles peuvent encore être contenues, explique le Dr Sabeti.

La culture des épidémies

Le Dr Sabeti a lutté contre d'autres épidémies dans le passé, notamment le virus Ebola en 2013 et 2014.

Elle est également une fervente partisane du partage des données, une étape clé dans la lutte contre les maladies infectieuses, mais affirme que tous les scientifiques n'ont pas la même approche.

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"De nombreux progrès ont été réalisés depuis les précédentes épidémies comme Ebola et Zika, par exemple, les technologies que nous utilisons pour séquencer les virus et pour le travail de diagnostic sont maintenant plus sophistiquées. Mais il reste encore beaucoup à faire en termes de culture", dit-elle.

Outbreak Culture, son livre qui examine les premières réponses aux épidémies, suggère un certain nombre de domaines à améliorer, notamment une meilleure communication entre les organisations et les gouvernements, une plus grande transparence et un meilleur partage de l'information, ainsi que davantage de réglementations pour lutter contre la corruption.

"Il y a beaucoup d'argent qui circule, mais on ne sait pas assez clairement qui le reçoit et comment il est dépensé", dit le Dr Sabeti, soulignant qu'un manque de transparence peut vraiment nuire aux campagnes de santé publique.

Elle estime que pendant les pandémies, les discriminations sexuelles et raciales augmentent, ce qui entraîne moins de collaboration dans la lutte contre les virus.

"Si le monde est raciste, il est plus raciste pendant une épidémie ; si le monde est sexiste, il est plus sexiste pendant une telle période", dit-elle.

Obtenir le pouvoir pour donner le pouvoir

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), les femmes représentent plus de 70 % des travailleurs de santé dans le monde, y compris ceux qui travaillent dans les établissements de soins.

Elles sont en première ligne dans la lutte contre le Covid-19, mais elles sont mises à l'écart lorsqu'il s'agit d'élaborer des politiques.

"Il est extraordinaire que tant de femmes soient en première ligne lors des épidémies depuis des années, et pourtant nous n'entendons pas parler d'elles", déclare le Dr Sabeti.

Elle a elle-même fait l'expérience de ce type de discrimination, en tant que généticienne de premier plan. On lui a dit un jour, par exemple, qu'elle n'avait pas le "sérieux" nécessaire pour réussir une collecte de fonds.

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"Je suis une femme qui a l'air minuscule et je n'aurai pas l'air sérieux, même à 60 ans", dit-elle.

Elle pense que gravitas est un "mot dégoûtant", car il désigne "la voix profonde d'un grand homme" et jusqu'à ce que nous arrivions à un monde où toutes les voix différentes peuvent être entendues, les femmes et les hommes doivent travailler dur pour atteindre l'égalité.

"Il faut obtenir le pouvoir pour donner le pouvoir", dit-elle.

Parfois, les préjugés qu'elle a subis lui ont donné envie d'abandonner son travail.

Mais un de ses étudiants a dit au Dr Sabeti qu'elle ne devait pas s'arrêter, non seulement parce qu'elle devait poursuivre ses propres rêves, mais aussi pour soutenir les femmes qui la suivent dans sa démarche.

"À ce jour, j'ai ses mots en tête et cela m'aide à tenir le coup et à faire de petits changements qui ont un impact significatif", dit-elle.

Peur, espoir et solidarité

Lorsque le Dr Sabeti n'est pas au laboratoire pour étudier les virus, elle est la chanteuse et la bassiste principale du groupe de rock indépendant Thousand Days.

Les albums du groupe comprennent plusieurs chansons étroitement liées à son expérience de témoin d'épidémies virales mortelles.

Un titre qu'elle a écrit, One Truth, rend hommage à trois membres de son équipe qui sont morts en combattant Ebola.

La musique évoque "la peur, l'espoir et la solidarité avec les vies perdues pendant l'épidémie", dit-elle.

Le Dr Sabeti est née à Téhéran en 1979 de parents qui ont fui la révolution iranienne, son père ayant été un haut fonctionnaire du régime du Shah Mohammad Reza Pahlavi.

Dès son plus jeune âge, elle a aimé les mathématiques et s'est également intéressée à la médecine. Elle a obtenu son diplôme de premier cycle en biologie au MIT et a poursuivi ses études à l'université d'Oxford. Elle est ensuite retournée aux États-Unis pour obtenir son diplôme de la Harvard Medical School, devenant ainsi la troisième femme à obtenir un diplôme summa cum laude - avec la plus haute distinction.

En 2020, elle a été sélectionnée pour la liste des 100 femmes de la BBC, qui rend hommage aux femmes qui ont été porteuses de changement et se sont distinguées pendant l'une des périodes les plus difficiles du siècle.

Il y a toujours une "ruée vers l'or" pour gagner de l'argent ou devenir célèbre lorsqu'une épidémie se produit, dit le Dr Sabeti, mais ses propres découvertes majeures - comme celles qu'elle a faites lors de l'épidémie d'Ebola - ont eu lieu dans de "petits endroits" et dans des "milieux très intimes".

"J'apporte de minuscules changements au monde de mon vivant", dit-elle.

Le Dr Sabeti apprend à ses étudiants de Harvard à suivre une voie similaire, à avoir un impact réel et durable avant de rechercher la gloire et le pouvoir.

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