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BBC Afrique of Monday, 15 March 2021

Source: bbc.com

Coronavirus : 'le Brésil devient une menace pour la santé publique mondiale'

Au Brésil, le nombre de décès quotidiens dus au coronavirus dépasse les 2 000, ce qui fait de ce pays le deuxième plus grand nombre de décès dus à cette cause, après les États-Unis.

L'épidémiologiste Pedro Hallal, qui travaille dans l'État méridional de Rio Grande do Sul, parle d'une situation de débordement qui implique un danger dépassant les frontières du géant sud-américain.

"21% de tous les décès survenus dans le monde hier (9 mars) à cause du covid-19 sont survenus au Brésil, un pays qui ne compte que 2,7% de la population mondiale. Donc, c'est énorme. Le Brésil devient une menace pour la santé publique mondiale", explique M. Hallal à la BBC.

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Mercredi 10 mars, le pays a enregistré 79 876 nouvelles infections confirmées, soit le troisième chiffre le plus élevé en une seule journée, tandis que le nombre total de décès liés au covid-19 a atteint 270 656, selon les chiffres de l'Université Johns Hopkins aux États-Unis.

Cela signifie que le Brésil a un taux de 128 décès pour 100 000 habitants, ce qui le place au 11e rang des 20 pays les plus touchés au monde. Les taux les plus élevés sont enregistrés en République tchèque, avec 208 décès pour 100 000 personnes, et au Royaume-Uni, avec 188 décès pour 100 000 personnes, selon les rapports de l'université Johns Hopkins.

Crise dans les hôpitaux

Margareth Dalcolmo, médecin et chercheur à la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz, un centre de recherche scientifique situé à Rio de Janeiro), a décrit la situation comme "le pire moment de la pandémie au Brésil".

Dans tout le Brésil, les unités de soins intensifs (USI) sont à plus de 80 % de leur capacité, selon la Fiocruz. Et dans 15 capitales d'État, les unités de soins intensifs sont à plus de 90 % de leur capacité, notamment à Rio de Janeiro et à São Paulo.

Selon les médias du pays, la capitale, Brasília, a atteint sa capacité maximale en matière de soins intensifs, tandis que deux villes, Porto Alegre et Campo Grande, ont dépassé cette capacité.

Dans son rapport, Fiocruz avertit que les chiffres indiquent "la surcharge et même l'effondrement des systèmes de santé".

Hallal dit que son État (Rio Grande do Sul) est débordé. "Ici, dans le sud du Brésil, la situation devient vraiment mauvaise, nous avons dépassé les 100% d'occupation dans les unités de soins intensifs", dit-il à la BBC.

Il note également que les gens se sentent "abandonnés par le gouvernement fédéral".

"Les politiciens ont mis trop de temps à agir", gronde Adilson Menezes, 40 ans, à l'agence de presse AFP devant un hôpital de Sao Paulo. "C'est nous, les pauvres, qui en payons le prix", poursuit-il, faisant référence au quasi-effondrement du système de santé publique brésilien.

La question du leadership

Analyse de Katy Watson, correspondante de la BBC en Amérique du Sud.

Le Brésil est confronté à sa plus grande crise depuis le début de la pandémie, mais les gens semblent encore vouloir l'ignorer.

Prenez Sao Paulo, par exemple. Bien que des magasins non essentiels aient dû fermer ces dernières semaines, il n'y a pas de " confinement " à proprement parler, ni de restrictions quant aux personnes que l'on peut rencontrer, et les écoles sont restées largement ouvertes (bien qu'à une capacité moindre).

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Les gens ici prennent leurs propres décisions sur la manière de se protéger, et il n'y a certainement pas la peur que nous avons connue à la même époque il y a un an, lorsque tout le monde s'enfermait, y compris les Brésiliens.

Un an plus tard, et alors même que de terribles statistiques ne cessent d'augmenter, le récit de Jair Bolsonaro est accepté par beaucoup : méfiance à l'égard du vaccin chinois CoronaVac et critiques contre la fermeture de restaurants et de commerces.

Pendant ce temps, les scientifiques réclament de plus en plus un leadership national accru pour empêcher l'effondrement de l'ensemble du système de santé dans les semaines à venir.

Qu'est-ce qui se cache derrière la vague de contagions ?

L'augmentation des cas ces derniers jours est attribuée à la propagation d'une variante très contagieuse du virus, appelée P1, qui serait originaire de la ville amazonienne de Manaus.

Les données préliminaires indiquent que la variante P1 pourrait être jusqu'à deux fois plus transmissible que la version originale du virus.

Elles révèlent également que la nouvelle variante pourrait échapper à l'immunité découlant de l'exposition à la version originale du coronavirus : la probabilité de réinfection se situe entre 25 et 60 %.

La semaine dernière, l'Institut Fiocruz affirmait que le P1 n'était qu'une des nombreuses variantes préoccupantes qui sont devenues dominantes dans six des huit États étudiés par cette institution.

La directrice de l'Organisation panaméricaine de la santé, Carissa Etienne, a indiqué que la situation au Brésil rappelle la menace de résurgence. "Les zones les plus touchées par le virus dans le passé restent vulnérables à l'infection aujourd'hui", dit-elle.

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M. Hallal, quant à lui, reconnaît le défi posé par la nouvelle variante, mais affirme que le problème va au-delà.

"Nous savons que la nouvelle variante est plus transmissible et nous avons des preuves émergentes qu'elle pourrait être un peu plus agressive que le virus original, mais tout ne dépend pas de la variante. En tant que scientifique, je dois le dire : c'est l'été dans cette partie sud du monde et les gens ont participé à des rassemblements de masse partout au Nouvel An, donc la variante rend les choses plus difficiles, mais il n'y a pas que la variante", dit-il.

Le spécialiste souligne qu'il existe actuellement certaines mesures visant à restreindre la circulation des personnes, mais que cela ne suffira probablement pas à enrayer les contagions.

"Nous devons combiner cela avec une campagne de vaccination accélérée et nous ne le voyons pas. Nous avons besoin de l'attention immédiate de l'industrie pharmaceutique et des autres gouvernements du monde, car si nous ne commençons pas à vacciner la population ici, très bientôt, cela deviendra une tragédie massive", prévient-il.

Un "laboratoire naturel"

Analyse de Smitha Mundasad, correspondante santé de la BBC

Les scientifiques craignent que le Brésil ne soit presque devenu un "laboratoire naturel", où l'on peut voir ce qui se passe lorsque le coronavirus passe relativement inaperçu.

Certains avertissent que le pays est désormais un terrain propice à l'apparition de nouvelles variantes du virus, qui ne sont pas entravées par une distanciation sociale efficace et qui sont alimentées par une pénurie de vaccins.

En effet, plus un virus circule longtemps dans un pays, plus il est susceptible de muter, en l'occurrence de donner naissance à la variante P1.

Les experts mondiaux appellent à un plan comprenant une vaccination rapide, des mesures de confinement et de stricte distanciation sociale pour contrôler la situation.

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La préoccupation est que la variante P1 constitue une menace imminente pour les progrès réalisés dans la région et dans le reste du monde.

En général, les vaccins actuels restent efficaces contre la variante, mais peuvent être moins efficaces que contre les versions antérieures du virus pour lesquelles ils ont été conçus.

Les études se poursuivent, mais les experts auront une idée plus précise de l'efficacité de ces vaccins P1 en continuant à suivre les personnes vaccinées dans le monde réel.

Les scientifiques sont convaincus que, si nécessaire, les vaccins peuvent être modifiés assez rapidement pour agir contre de nouvelles variantes.

Comment le gouvernement a-t-il réagi ?

Le président Jair Bolsonaro a minimisé les risques posés par le virus depuis le début de la pandémie.

Il s'est également opposé aux mesures de quarantaine prises au niveau régional, arguant que les dommages causés à l'économie seraient pires que les effets du virus lui-même.

Mercredi, l'ancien président et leader de l'opposition Luiz Inacio Lula da Silva a critiqué les décisions "stupides" du président Bolsonaro et a recommandé aux citoyens de se faire vacciner. "De nombreux décès auraient pu être évités", a-t-il affirmé.

M. Bolsonaro, qui, plus tôt dans la semaine, avait demandé aux citoyens d'"arrêter de se plaindre", a rejeté les critiques de M. Lula, affirmant que son gouvernement avait fait suffisamment d'efforts pour combattre la maladie.

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De son côté, João Doria, un ancien allié de Bolsonaro devenu un rival politique, a qualifié le président de "fou".

La position du président sur la pandémie a également fait l'objet de critiques sévères en dehors des frontières du Brésil.

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