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BBC Afrique of Wednesday, 7 July 2021

Source: www.bbc.com

Comment les employeurs poussent les travailleurs à démissionner

De nombreux travailleurs comme Mme Villareal quittent leur emploi De nombreux travailleurs comme Mme Villareal quittent leur emploi

Lorsque la pandémie a commencé, Melissa Villareal enseignait l'histoire à des collégiens dans une école privée d'un quartier aisé de Californie. C'était un travail et un domaine qu'elle aimait. Un peu plus d'un an plus tard, elle a complètement abandonné l'enseignement pour travailler dans le design industriel, au service d'une grande entreprise de produits de beauté.

De nombreux travailleurs comme Mme Villareal quittent leur emploi ou envisagent de le faire.

Une étude de Microsoft portant sur plus de 30 000 travailleurs dans le monde montre que 41 % d'entre eux envisageaient de quitter leur emploi ou de changer de profession cette année.

Et selon une étude de Personio, une société spécialisée dans les logiciels de gestion des ressources humaines, portant sur des travailleurs au Royaume-Uni et en Irlande, 38 % des personnes interrogées prévoyaient de quitter leur emploi dans six mois, voire un an.

Rien qu'aux États-Unis, plus de quatre millions de personnes ont quitté leur emploi au mois d'avril, selon une note du ministère du Travail - un niveau jamais atteint.

Le mystérieux "portail des enfers" de la Turquie Les raisons pour lesquelles les gens cherchent à changer d'emploi sont nombreuses.

Certains économistes parlent de la "grande démission" pour décrire ce phénomène.

Pour certains travailleurs, la pandémie de Covid-19 a engendré un changement de priorités, les encourageant à poursuivre un "emploi de rêve" ou à se mettre au service du foyer.

Mais pour beaucoup d'autres, la décision de partir a été prise en raison de la façon dont leur employeur les a traités pendant la pandémie.

C'était le cas de Mme Villareal, qui s'est retrouvée en classe après une courte pause des enseignements. (Aux États-Unis, les écoles privées ont pu reprendre l'enseignement en présentiel beaucoup plus tôt que les écoles publiques).

Mme Villareal était mal à l'aise quant à sa sécurité. Elle a vu son stress et sa charge de travail augmenter lorsqu'elle a dû jongler avec les apprenants en présentiel et à distance, simultanément. Elle avait l'impression que ses préoccupations n'étaient pas prises en compte, ni même entendues.

En fin de compte, Mme Villareal a préféré démissionner et repartir à zéro dans un secteur totalement nouveau, plutôt que de rester dans un emploi où elle avait l'impression d'être sous-estimée et non écoutée.

Ce fut un choix difficile, dit-elle, car "les enseignants se sentent coupables. On ne veut pas abandonner les élèves". Pourtant, poursuit Mme Villareal, "il est évident qu'il ne s'agit pas de ma santé, de la santé des enfants ou du bien-être mental de quiconque. C'est un business et c'est une question d'argent. La pandémie a déchiré ce voile…"

Avant tout, les travailleurs décident de partir en fonction de la façon dont les employeurs les ont traités pendant la pandémie. En fin de compte, les travailleurs sont restés dans les entreprises qui leur ont offert de l'aide, et ont fui celles qui ne l'ont pas fait.

Les travailleurs qui, avant la pandémie, étaient déjà sur le point de quitter les entreprises dont la culture d'entreprise était médiocre, ont été poussés à bout.

En effet, comme l'a montré une étude récente de Stanford, nombre de ces entreprises à l'environnement social médiocre ont multiplié les décisions aux dépens des travailleurs, comme les licenciements (alors que, à l'inverse, les entreprises qui avaient une bonne politique sociale avaient tendance à bien traiter les employés). Cela a fait fuir les travailleurs déjà mécontents qui ont survécu aux licenciements, mais qui pouvaient clairement constater qu'ils travaillaient dans un environnement peu favorable.

Et bien que les travailleurs se soient toujours souciés de l'environnement dans lequel ils exercent, la pandémie a ajouté une dimension entièrement nouvelle : une volonté accrue d'agir, explique Alison Omens, directrice de la stratégie à JUST Capital, un cabinet d'études qui a recueilli une grande partie des données de l'étude.

"Au fil des ans, nos données ont toujours montré que la chose dont les gens se soucient le plus est la façon dont les entreprises traitent leurs employés", explique Mme Omens. Cette attitude est mesurée par de multiples paramètres, notamment les salaires, les avantages sociaux et la sécurité, les possibilités d'avancement, l'engagement en faveur de l'équité, ajoute-t-elle.

Les travailleurs rebelles sont-ils les meilleurs ?

Dans le sillage de la pandémie, "l'intensité a augmenté en termes d'attente ; les gens attendent davantage des entreprises. Les premiers jours de la pandémie nous ont rappelé que les gens ne sont pas des machines", explique Mme Omens. "Si vous vous inquiétez pour vos enfants, votre santé, l'insécurité financière et le paiement de vos factures, et toutes les choses qui font partie de la vie d'un être humain, vous avez moins de chances d'être productif. Et nous étions tous inquiets à propos de ces choses."

Les travailleurs s'attendaient à ce que leurs employeurs prennent des mesures pour atténuer, ou au moins reconnaître, ces préoccupations - et les entreprises qui ne l'ont pas fait ont souffert.

L'étude de Personio montre également que plus de la moitié des personnes interrogées, qui prévoyaient de démissionner, voulaient le faire en raison d'une réduction des avantages sociaux, d'une détérioration de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée…

"Pour presque tout le monde, explique Ross Seychell, directeur des ressources humaines chez Personio, la pandémie a mis l'accent sur... comment cette entreprise à laquelle j'ai beaucoup donné s'est occupée de moi, de ma santé ou de mon bonheur pendant cette période."

Selon M. Seychell, de nombreux travailleurs qui se posent cette question ne trouvent pas de réponses satisfaisantes. "J'entends beaucoup de choses : 'Je vais aller là où on m'apprécie'".

Un exode généralisé

Le départ massif se produit dans tous les secteurs d'activité, et notamment dans les emplois de service et de détail.

"Beaucoup d'histoires ont eu tendance à se concentrer sur les emplois en col blanc, mais les plus grandes tendances concernent vraiment les rôles traditionnellement mal rémunérés et les travailleurs essentiels", explique Omens.

En fait, le secteur du commerce de détail américain a connu plus de démissions récentes que toute autre industrie. Un peu moins de 650 000 travailleurs du commerce de détail ont démissionné au cours du seul mois d'avril, selon les données du département du Travail.

Tout au long de la pandémie, les travailleurs exerçant des tâches essentielles - qui occupent souvent des postes moins bien rémunérés - ont fait les frais des décisions des employeurs.

Beaucoup d'entre eux travaillaient pendant de longues heures, avec des effectifs réduits, à des postes qui nécessitaient une interaction avec le public, avec peu ou pas de mesures de sécurité mises en place par l'entreprise et, du moins aux États-Unis, sans garantie de congés maladie payés. Les travailleurs se sont rapidement essoufflés.

Les longues heures de travail "tuent 745 000 personnes par an"

Aujourd'hui, les grands détaillants se démènent pour pourvoir les postes vacants et ont du mal à trouver suffisamment de nouveaux travailleurs volontaires.

Des entreprises comme Target et Best Buy ont augmenté les salaires, tandis que McDonald's et Amazon offrent des primes à l'embauche allant de 200 à 1 000 dollars. Pourtant, une enquête menée par la société de recrutement de cadres Korn Ferry révèle que 94 % des détaillants ont des difficultés à pourvoir les postes vacants.

Selon Mme Omens, une partie du problème réside dans le fait que si les incitations financières sont un début, un changement majeur dans les priorités signifie qu'il ne s'agit pas seulement d'argent.

De nombreux travailleurs du commerce de détail et des services quittent leur emploi pour des postes de premier échelon ailleurs - dans des entrepôts ou des bureaux, par exemple - qui sont moins bien payés, mais offrent plus d'avantages, de mobilité et de compassion.

Comme tous les employeurs sont à la recherche de nouvelles recrues, beaucoup ont découvert qu'il était facile de trouver un autre emploi et de faire la transition.

"Nous demandons aux gens s'ils accepteraient une baisse de salaire pour travailler dans une entreprise qui correspond à leurs valeurs, ajoute-t-elle, et dans l'ensemble, les gens disent oui."

Cette "grande démission" pourrait-elle apporter un changement significatif et durable ?

Mme Omens pense que la réponse est oui. Le changement était déjà en cours avant la pandémie, dit-elle, avec une "réelle augmentation de ce que les gens recherchent en termes d'attentes vis-à-vis des PDG et des entreprises".

Et la pandémie a fait passer ce sentiment à la vitesse supérieure, même au cours des premières semaines. Fin mars 2020, l'entrepreneur et investisseur milliardaire Mark Cuban est apparu dans une émission spéciale de CNBC intitulée "Markets in Turmoil", et a mis en garde les entreprises contre un retour trop rapide des employés au travail...

"Si vous ne prenez pas soin de vos employés (…), ils jugeront cela impardonnable", leur a-t-il dit.

Aujourd'hui, selon M. Seychell, pour les employés comme pour ceux qui viennent d'arriver sur le marché du travail, la façon dont une entreprise a traité son personnel au cours des dix-huit derniers mois déterminera son avenir.

Il est devenu obligatoire pour les entreprises d'investir sérieusement dans les salaires, les opportunités et le bien-être général de leurs employés, si elles ne l'ont pas déjà fait, affirme M. Seychell, ne serait-ce que parce que c'est tout simplement bon pour les affaires.

"Lorsqu'il y a beaucoup de personnes qui démissionnent, cela coûte aux entreprises en termes de roulement de rotation des effectifs et de pertes de productivité", explique-t-il.

"Il faut six à neuf mois pour intégrer une personne et la rendre pleinement efficace. Les entreprises qui perdent une grande partie de leur main-d'œuvre vont être confrontées à ce problème au cours des douze ou seize prochains mois, et peut-être même plus longtemps. Les entreprises qui n'investissent pas dans leur personnel vont prendre du retard."