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BBC Afrique of Friday, 16 April 2021

Source: bbc.com

Cartographier un pays : 'J'ai littéralement placé ma ville natale sur la carte'

Alors qu'il étudiait aux États-Unis, on a demandé à Tawanda Kanhema de montrer où se trouvait la maison de sa mère dans son pays natal, le Zimbabwe. Mais lorsqu'il a cherché sur une carte numérique, non seulement il n'a pas pu trouver la maison de sa mère, mais il n'a même pas pu trouver sa ville natale.

Bouche bée, ce photographe de formation a effectué de nombreuses recherches sur Google Street View et d'autres applications, pour découvrir que de nombreux endroits qu'il a visités alors qu'il grandissait dans son pays étaient également absents.

C'est une prise de conscience difficile pour Tawanda.

"Je considère que les cartes représentent plus que la façon dont nous nous rendons d'un point à un autre, elles sont une forme de narration", déclarée-t-il à la BBC.

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Motivé par son désir de mettre littéralement sa ville natale sur la carte, Tawanda a dépensé environ 5 000 dollars de son argent personnel pour le faire, en photographiant certains des points de repère les plus emblématiques du Zimbabwe.

Milliards manquants

Les cartes numériques, telles que Google Street View, nous aident à localiser facilement les adresses et permettent des livraisons à domicile en toute transparence, ce qui facilite la vie de nombreuses personnes dans le monde.

Mais des milliards de personnes vivent dans des villes et des villages de pays en développement qui ne sont toujours pas entièrement couverts par ces opérations commerciales.

En fait, l'organisation humanitaire OpenStreetMap (dont nous reparlerons plus tard) estime qu'il y a "environ deux milliards de personnes dans le monde qui n'apparaissent pas sur une vraie carte".

Si quelqu'un ne figure pas sur les cartes, l'enjeu ne se limite pas à manquer la livraison du supermarché, mais aussi d'une question de vie ou de mort.

"Si vous regardez certains endroits en ligne, vous ne verrez que du vide. Cet espace vide dénote une injustice causant des souffrances humaines très directes, très réelles et très évitables", explique Rebecca Firth, de l'équipe Humanitaire OpenStreetMap.

Ces personnes sont souvent hors de portée en cas de catastrophe ou d'incident, et le fait de ne pas pouvoir les localiser précisément sur une carte numérique peut gravement entraver les opérations de sauvetage ou de secours.

C'est pourquoi des individus comme Tawanda, des grands acteurs comme Google et des organisations caritatives comme OpenStreetMap travaillent ensemble pour aider à cartographier ces zones inconnues et difficiles à atteindre afin de créer un monde plus inclusif.

Photographier les terrains difficiles

Pour cartographier une zone, on utilise un mélange d'images satellite et de photos prises sur le terrain.

Tawanda était donc la personne qui prenait des photos sur le terrain et qui remplissait les informations manquantes, en photographiant les points les plus remarquables de sa ville natale.

"La cartographie des chutes Victoria, sur le fleuve Zambèze, a été la plus compliquée", admet-il.

Pour cartographier sa région, il a parcouru de longues distances à pied avec un appareil photo fixé à son sac à dos, s'est déplacé en voiture, équipée d'appareils photo et a même utilisé des drones.

e "De nombreuses hypothèses que nous faisons dans un cadre de production contrôlé n'ont pas de sens lorsque nous faisons de la photographie sur l'eau", explique-t-il.

"Les bateaux peuvent être instables, faire voler un drone depuis le pont est difficile, alors que tout est en mouvement, il est facile de perdre du matériel ou de se tromper."

Une grande partie du projet de Tawanda s'est déroulée entre 2018 et 2019. Il s'est associé à Google qui lui a prêté une caméra 360 pour le voyage de cartographie de deux semaines.

Il a capturé au moins 480 000 images, qui sont désormais disponibles sur Google Street View et Google Earth.

Mais le processus de transformation des photos en cartes numériques n'est pas facile.

Le défi de la cartographie

La cartographie est l'art et la science de la représentation graphique d'une zone géographique. La façon dont elle est produite s'est développée au fil des ans.

La complexité de la cartographie d'une zone dépend de nombreux facteurs, notamment de la mise à jour des registres gouvernementaux. Par exemple, il arrive souvent qu'ils ne reflètent pas fidèlement la taille réelle d'une population dans les établissements informels et que certains endroits reculés n'aient même pas de numéros de porte ou de noms de rue.

Les fournisseurs commerciaux de cartes numériques dépendent également des revenus publicitaires, ce qui signifie souvent que la cartographie des régions les plus pauvres n'est pas une priorité.

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Vous êtes souvent tributaire des cartes locales qui présentent des points de repère importants, tels que les principaux ponts. Cependant, lorsque les points de repère sont détruits par des catastrophes naturelles telles que des inondations, ce point de référence disparaît, ce qui fait qu'il est difficile pour les premiers intervenants, dans des situations de vie ou de mort, d'avoir quelque chose pour déterminer exactement où ils se trouvent.

"Quand vous êtes quelqu'un d'extérieur à la zone, il est difficile d'avoir la situation géographique de la zone d'intervention, les distances, la population, les rivières, les maisons, etc. Les cartes nous permettent de visualiser et d'analyser le contexte de manière rapide et opportune", explique Santiago Luengo, de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Pour surmonter ce problème, des institutions telles que la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières (MSF) se sont réunies et ont formé le projet de carte manquante OpenStreetMap, pour "cartographier le non cartographié".

Comment cela fonctionne-t-il ?

OpenStreetMap a été fondé en 2006 et suit le modèle de Wikipédia, de sorte que tout le monde peut créer, mettre à jour et modifier une carte.

La première étape de ce processus de création de cartes open source consiste à dessiner des images satellites et à les transformer en cartes.

C'est alors qu'intervient l'élément clé : les populations locales aident à identifier les bâtiments et les points de repère essentiels qui ne peuvent être devinés à partir d'une image satellite. (C'est le rôle qu'a joué Tawanda au Zimbabwe lorsqu'il travaillait avec Google, bien que le processus du géant de l'internet diffère de celui d'OpenStreetMap).

OpenStreetMap affirme que, parce qu'il est dépourvu d'intérêts commerciaux, son processus donne plus de pouvoir aux habitants - ce qui signifie que les cartes sont enrichies d'informations essentielles comme les sources d'eau, le drainage et les informations sur les médecins de quartier.

"L'une des forces d'OpenStreetMap est qu'il est possible de donner plusieurs noms à un même élément : un nom local, un nom officiel, un nom culturel, un nom historique, différentes orthographes, différentes langues. Lorsque vous incorporez les connaissances locales, les données sont beaucoup plus précises", explique M. Firth d'OpenStreetMap.

Grands objectifs

L'objectif global est d'obtenir une carte détaillée avec vue sur la rue qui couvrirait un milliard de personnes vivant dans des zones exposées aux catastrophes dans 94 pays.

Pour créer une carte fiable, les volontaires sont formés à l'utilisation d'une application fonctionnant sur des smartphones. Parfois, des drones et des caméras avancées sont utilisés pour obtenir une image complète.

Usage pratique

Depuis 2010, ce projet particulier a pris de l'ampleur. En une dizaine d'années, plus de 200 000 volontaires issus de divers milieux, tels que des réfugiés, des agents de santé ruraux et des étudiants, ont pu cartographier des zones où vivent 150 millions de personnes.

Le fait que les communautés possèdent et exploitent les cartes permet également de les tenir à jour. C'est essentiel en raison de la nature des populations qui se déplacent constamment dans de nombreuses colonies.

Ces cartes ont déjà prouvé leur crédibilité dans de nombreux efforts de gestion post-catastrophe. Elles ont également contribué à la prestation de soins de santé, en fournissant par exemple des informations clés pour la campagne de vaccination contre la polio au Nigeria.

Vers la fin de l'année dernière, 200 étudiants de trois universités tanzaniennes ont été formés à la cartographie de terrain dans le but spécifique de recueillir des informations sur les zones inondables de Dar es Salaam.

Ils ont travaillé pendant deux mois avec la communauté locale et ont recueilli des données sur l'étendue des dégâts causés par les inondations. Grâce à des outils peu coûteux disponibles sur le marché, ils ont été en mesure de cartographier pour la première fois les endroits exacts qui sont sujets aux inondations.

Au Pérou, OpenStreetMaps a été utilisé pour livrer des bouteilles d'oxygène aux personnes dans le besoin, qui vivaient dans des zones peu peuplées pendant la pandémie de coronavirus.

Mme Firth explique que les données téléchargées par les habitants sont constamment contrôlées et vérifiées. Elle affirme que les cartes s'améliorent et les travailleurs humanitaires sont d'accord.

Ces cartes sont également utilisées pour faire des comparaisons avant et après. Dans certains cas, les cartes ont même été utilisées pour planifier les trajectoires de vol des hélicoptères d'urgence.

Bien que la cartographie des zones en proie à des conflits actifs reste un grand défi. Avant de se lancer dans la réalisation d'une carte, une évaluation doit être effectuée pour déterminer si une carte détaillée serait utile ou nuisible aux communautés concernées.

Le souhait de Tawanda est de cartographier le changement climatique

Mais pour des personnes comme Tawanda, faire partie du processus de cartographie est un sentiment très spécial, même s'il reconnaît que le succès de la cartographie open source dépendra de la participation des communautés.

Il affirme que ses voyages de cartographie l'ont aidé à comprendre comment des communautés, qui vivent à des milliers de kilomètres les unes des autres, ont en fait tant de choses en commun, et il veut utiliser les cartes pour raconter "la plus grande histoire de notre temps" : le changement climatique.

"J'ai beaucoup appris sur la façon dont les populations de différentes régions du monde s'adaptent aux changements environnementaux, et avec le temps, j'espère trouver un moyen de partager ces histoires et ces images."

Les images de Tawanda ont maintenant été vues par 30 millions de personnes dans le monde entier. Il affirme que ce travail lui a apporté une réelle satisfaction et lui a permis de se connecter avec des personnes et des lieux.

"Ces lieux n'avaient pas de couverture Street View avant que je ne commence ce projet, donc je suppose que ces images aident certaines personnes à explorer virtuellement le monde au-delà de leurs frontières, surtout en ces temps où voyager est si compliqué."

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