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BBC Afrique of Tuesday, 10 August 2021

Source: www.bbc.com

Abba Kyari : qui est le super limier nigérian recherché aux États-Unis?

M. Kyari a démenti ces propos dans la publication supprimée sur Facebook M. Kyari a démenti ces propos dans la publication supprimée sur Facebook

Abba Kyari a la réputation d'être un "super flic" au Nigeria.

C'est un officier de police hautement décoré qui enquête sur de grosses affaires criminelles. Et il fréquente des hommes politiques et des célébrités.

Mais la réputation de M. Kyari est remise en question depuis que les forces de l'ordre américaines ont indiqué qu'il était recherché pour des allégations de liens avec l'influenceur et fraudeur d'Instagram Ray Hushpuppi.

Le policier nie tout acte répréhensible.

Pour les détracteurs de M. Kyari, ces allégations ne sont pas une surprise.

Ils soulignent que l'homme de 46 ans - félicité par le président Muhammadu Buhari comme un héros - a fait face par le passé à des allégations de corruption et de violation des droits de l'homme au Nigeria.

M. Kyari, qui occupe le poste de commissaire adjoint, rejette toutes les allégations comme étant fausses, et aucune mesure n'a jamais été prise à son encontre en rapport avec ces allégations.

Suspendu par la police

Ken Henshaw, directeur de We The People, une organisation de défense des droits de l'homme, estime que M. Kyari a été récompensé par un système fondé sur le favoritisme qui, dans certains cas, punit même les personnes intègres.

"Les accusations portées contre lui sont cohérentes avec celles qui ont été établies contre la police nigériane et ses hauts gradés dans le passé", déclare M. Henshaw.

Mais la Commission de police du Nigeria a été contrainte de suspendre M. Kyari.

Cette décision a été prise après que des responsables américains ont annoncé la semaine dernière qu'ils avaient engagé une procédure d'inculpation à son encontre, suite à des allégations selon lesquelles il aurait facilité le versement de paiements à des membres de la police nigériane par Hushpuppi, dont le vrai nom est Ramon Abbas.

La BBC a contacté M. Kyari pour un commentaire.

Hushpuppi - qui avait 2,4 millions de followers sur Instagram - a plaidé coupable de blanchiment d'argent aux États-Unis après avoir été extradé de Dubaï l'année dernière.

Se faisant passer pour un promoteur immobilier dans l'État du Golfe, ce Nigérian de 37 ans postait souvent des images de son style de vie somptueux, et avait une catégorie de vidéos appelée Flexing - le jargon des réseaux sociaux pour se faire remarquer.

Mais il faisait en fait partie d'un consortium mondial de cybercriminalité qui a escroqué des organisations et des particuliers de près de 24 millions de dollars (17 millions de livres sterling), selon les documents judiciaires.

'L'argent d'Hushpuppi était destiné à des vêtements'

Les autorités américaines affirment dans une déclaration sous serment que Hushpuppi a obtenu de M. Kyari qu'il arrête Vincent Chibuzor, avec qui il s'était brouillé.

M. Kyari aurait envoyé à Hushpuppi les coordonnées d'un compte bancaire pour y déposer le paiement de l'arrestation, selon la déclaration.

Une réponse maintenant supprimée sur sa page Facebook a décrit les allégations comme "fausses" et a déclaré que Hushpuppi ne payait que pour des vêtements qui avaient été faits pour lui.

"Il a vu certains de mes vêtements et casquettes indigènes sur ma page de réseaux sociaux et il a dit qu'il les aimait", avait-il apparemment posté sur Facebook, ajoutant que Hushpuppi avait envoyé de l'argent pour le tailleur.

Un document judiciaire américain soumis par le FBI montre les détails des discussions WhatsApp présumées entre le policier et la célébrité Instagram-cum-fraudeur.

Les prétendus messages affirment que Hushpuppi a versé 8 millions de naira (19 000 dollars ) sur des comptes liés à la police nigériane dont les coordonnées ont été fournies par M. Kyari, pour détenir M. Chibuzor.

'Personne n'a exigé d'argent'

Dans un message, Hushpuppi aurait dit : "Faites-moi savoir comment je peux envoyer de l'argent à l'équipe, monsieur. Laissez-les s'occuper de lui comme d'un voleur armé", ce à quoi M. Kyari aurait répondu : "OK, je vous enverrai les détails de leur compte".

M. Kyari a également démenti ces propos dans la publication supprimée sur Facebook.

"Personne n'a exigé d'argent de [...] Hushpuppi et personne n'a collecté d'argent auprès de lui".

Au lieu de cela, il a dit qu'il répondait à un appel de détresse de Hushpuppi qui prétendait qu'une menace avait été faite à sa famille.

Sauvetage d'enfants enlevés

M. Kyari est l'un des policiers les plus décorés que le Nigeria ait jamais eus.

Il a reçu une médaille présidentielle du courage des mains de M. Buhari en 2016 après que son équipe a sauvé trois écolières kidnappées à Lagos.

Il a également été honoré par le gouvernement de l'État de Lagos, qui lui a décerné la plus haute distinction pour sa bravoure trois années de suite entre 2011 et 2013.

Son équipe est l'unité à laquelle on s'adresse pour les affaires très médiatisées.

Lorsque le convoi du gouverneur de l'État de Benue est tombé dans une embuscade tendue par de présumés éleveurs de bétail en mars, l'équipe a été dépêchée sur place pour traquer les assaillants.

L'équipe de M. Kyari a également été sollicitée lorsque la mère de Ngozi Okonjo-Iweala, la directrice de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a été enlevée en 2015.

Il a exploité le pouvoir des réseaux sociaux pour présenter ses triomphes policiers et son style de vie et pourrait être confondu avec un influenceur Instagram.

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Sa page est une célébration du faste et du glamour.

On y trouve des photos de lui avec des stars du cinéma, des hommes politiques et même une photo avec l'icône mondiale de la musique nigériane, Davido. Rien ne laisse supposer que l'un d'entre eux ait commis un quelconque méfait.

Mais certains disent que M. Kyari a un autre visage.

Pas plus tard qu'en décembre, un homme d'affaires, Afeez Mojeed, l'a accusé d'extorsion. Il témoignait devant la commission judiciaire de Lagos chargée d'enquêter sur la défunte unité de police Sars, tristement célèbre pour ses exécutions extrajudiciaires.

À l'époque, M. Kyari était le commandant en second du Sars à Lagos. Le policier était accusé d'avoir détenu M. Mojeed en 2014 et de lui avoir soutiré de l'argent.

L'avocat de M. Kyari a nié qu'il avait fait quoi que ce soit de répréhensible.

En 2019, la Commission nationale indépendante des droits de l'homme du Nigeria et Amnesty International ont accusé M. Kyari d'avoir utilisé à son profit personnel des biens confisqués à un kidnappeur présumé, qui avait été tué par une autre unité de police.

Une fois de plus, M. Kyari nie tout acte répréhensible et déclare au site d'information Premium Times qu'en tant que policier, il avait les "pouvoirs légaux de confisquer les propriétés sans décision de justice".

M. Kyari s'est d'abord fait connaître au niveau national lorsque son équipe a arrêté un présumé roi de l'enlèvement en 2017. Mais il a également été accusé par le suspect de lui extorquer de l'argent et d'abuser des femmes qui lui sont liées.

Le policier dément ces accusations et déclare que le suspect d'enlèvement, qui est actuellement en procès, a essayé de le corrompre.

M. Henshaw a reconnu qu'étant donné que "rien n'est ressorti" des affaires contre M. Kyari au Nigeria, il devrait être extradé aux États-Unis pour y être jugé pour ses liens présumés avec Hushpuppi.