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General News of Tuesday, 27 April 2021

Source: www.camerounweb.com

Voici la vibrante homélie prononcée par Monseigneur Christophe Zoa aux obsèques de Gervais Mendo ZE

Au cours de sa prédication de samedi dernier, l’évêque du Diocèse de Sangmelima est revenu sur la vie d’un chrétien engagé qui était un soutien aux séminaristes en formation, aux prêtres, aux évêques, aux paroisses, et qui participait à la liturgie de l’Eglise et à la promotion de la foi. Lire son homélie

Frères et sœurs dans la foi,

Je voudrais, pour commencer, présenter les sincères condoléances du Diocèse de Sangmelima à la famille du Professeur Gervais MENDO ZE, auxquelles j’associe les miennes. Dans cette épreuve, comptez sur nos prières. Nous espérons que le Dieu de l’espérance vous aidera à traverser ces moments.
Le Professeur Gervais MENDO ZE nous a quittés, et nous en sommes bien tristes, même si nous savons là où il va, et que cet endroit est de loin meilleur à notre condition présente. Saint Jean Chrysostome, Père de l’Eglise du IVè siècle, nous reprocherait certainement cette tristesse, puisque pour lui, l’entrée dans la Béatitude Eternelle est un motif suffisant pour célébrer la mort avec une certaine joie. Comme le Christ pleurant devant le tombeau de Lazare, nous restons humains, et comme tel, chaque départ est une épreuve difficile, même quand nous savons où l’autre va et que cet ailleurs lui apporterait plus de bonheur que s’il était resté parmi nous.

Mais alors quelle vie le Professeur a eue ! Tel saint Ambroise honorant le grand Empereur d’Occident Théodose qui, durant son règne permis à la vraie doctrine de la double nature du Christ de se développer, je voudrais rendre un hommage dû à un fidèle qui a su réaliser dans sa vie de façon admirable, dans les limites de notre condition humaine, l’idéal chrétien. Je ne le ferais pas en m’attachant à dégager rien de cette vie plurielle et remplie que les témoignages ont restituée avec justesse et éloquence, mais le sens chrétien m’autorise aujourd’hui à penser que nous sommes en présence d’un modèle imitable. Je m’autorise à croire que c’est ce qu’il aurait aimé qu’on dît de lui dans ces moments graves. En effet, l’éminent Professeur, qui avait l’enseignement chevillé au corps et futé dans l’esprit, ne se satisferait que de moitié d’un ultime propos sur sa vie terrestre limitée à une énumération plus ou moins sophistiquée de ses réalisations terrestres, ou à une bibliographie plus ou moins romancée. Il verrait avec reconnaissance qu’on mît en évidence la vocation didactique et catéchétique de ce qu’il aura accompli, pour qu’on n’oubliât pas qu’il n’était que formateur soucieux du progrès de la connaissance et moral des personnes. En continuant avec cette prosopopée, focalisée sur l’exemplarité de la vie du Professeur, ce serait comme l’entendre reprendre à notre adresse ces paroles de saint Paul aux Philippiens : « Tous ensemble imitez-moi, frères, et fixez votre regard sur ceux qui se conduisent suivant l'exemple que vous avez en nous » (Ph 3,17). Trois aspects de sa vie sont retenus pour notre hommage : le courage dont il fit preuve face à l’adversité et la maladie, sa charité légendaire, et son engagement chrétien.

1. L’espérance, courage de la foi dans l’épreuve

Je commence par son courage de foi dans l’épreuve, parce que les derniers moments de la vie du Professeur sont encore très présents dans nos esprits. Nous l’avons vu, avec une réelle émotion, expérimenter dans sa chair ces paroles du Christ : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive » (Mt 16, 24). Celles et ceux qui l’ont accompagné jusqu’au sommet du Golgotha, nous ont livré le récit d’un disciple qui a répondu avec courage à l’appel du Maître, à Le suivre jusqu’au témoignage suprême. J’en ai retenu quelques phrases qui nous ramènent à la réalité des choses. Comme ces extraits du récit d’un anonyme à son retour de l’Hôpital : « Tu sais, le vieux est un roc. Même sous assistance respiratoire, il répond quand on l’appelle » ; « Je crois que le Prof. va résister. Ça se voit qu’il se bat pour vivre et Dieu va certainement opérer un miracle ».

Il vit l’inéluctable s’approcher mais l’accepta avec sérénité, et reconnaissance des biens qu’il avait reçus du Seigneur pendant sa vie. Ce n’était pas la première fois que le Professeur faisait face au tragique de l’existence. Des années auparavant, il a dû s’accommoder d’une vie totalement opposée à celle qu’il avait menée jusqu’au basculement du tout au tout, sans se plaindre et sans montrer la moindre haine contre personne.
Cette force d’esprit qui le rendait indomptable, c’est certainement à son enfance qu’il la devait. Immergé dans un contexte familial modeste, il se frotta à la dure réalité de la vie qui l’aguerrît. Mais l’essentiel lui venait du Seigneur qu’il rencontrait régulièrement dans la prière et dans les sacrements, et à la Vierge Marie pour qui il avait développé depuis de longues dates une dévotion particulière. La fréquentation de l’Ecriture Sainte lui avait appris très tôt que la souffrance n’était pas une punition de Dieu, qu’elle ne supposait donc pas une existence menée en marge des valeurs de la foi, au contraire, qu’elle était l’expression de notre finitude, comme expliquera Benoît XVI dans la l’Encyclique Spe salvi facti sumus (Dans l’espérance nous avons été sauvés, n. 37). Par exemple, Job était le juste par excellence, le seul personnage de l’Ancien Testament qu’on appelle l’Ami de Dieu, et pourtant il a été durement éprouvé. De cette expérience, il tira une leçon toujours pertinente de nos jours : « Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l’accepterions-nous pas ? » (Jb 2, 10). Le mal et le bien ne s’éloignent jamais l’un de l’autre longtemps. Il savait donc que la foi ne soustrait pas le chrétien aux limites de notre humanité. En revanche, il savait qu’il pouvait compter sur la proximité des siens, et le Seigneur. Comme disait Benoît XVI lors de l’homélie de la messe pour l’inauguration de son pontificat, « celui qui croit n’est jamais seul ». Ainsi, la fin n’avait vraiment plus une grande importance. Car sous l’abri du Tout Puissant (Ps 91, 1), soutenu par la main puissante de Dieu, l’issue de sa condition ne pouvait être que positive. Ses yeux se ferment sur le monde dans une grande sérénité d’âme, telle que chez les amis de Dieu, les saints. Le miracle qui aurait signifié retour de la santé ne s’est pas produit, au grand regret des amis. Mais le Professeur dormait dans la paix. Comme dans les théâtres qu’il avait écrits, il avait préparé sa sortie dans ce dernier acte comme dans une comédie. Le dénouement heureux, il quitte la scène avec l’assurance d’entrer dans une condition encore meilleure que celle qu’il laisse, nous donnant une dernière leçon de maître que le courage et la foi sont les plus grands moyens dont dispose notre esprit pour être victorieux du tragique de l’existence humaine. Saint Paul le dit avec plus de justesse doctrinale : « nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rm 8, 37). La victoire, c’est déjà celle de l’esprit qui ne se laisse pas abattre par les épreuves ; c’est aussi celle de l’esprit qui ne cède pas à la haine et aux ressentiments ; enfin, c’est celle de l’esprit lucide projeté vers le futur en Dieu et qui considère l’épreuve présente comme un moment sur le chemin de l’Eternité. Nous aurons donc appris de l’expérience du Professeur que notre bonheur devant les épreuves dépend de la force de notre espérance.

1. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères…»

Evoquons aussi sa charité légendaire. Le Professeur Gervais MENDO ZE est l’un de nos chrétiens qui ont le mieux répondu à cette injonction du Christ : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jean 13 -35). Malheureusement, quand il a eu besoin de soutien, ce ne sont pas des foules qui se bousculaient devant les portes de sa maison. Il n’en a d’ailleurs pas été frustré, parce qu’il savait que le devoir du chrétien est de faire la volonté du Seigneur. Le Seigneur commande aux chrétiens : « Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Matthieu 6, 3-4). Il y avait de la sincérité dans ses dons. Un don est sincère, nous explique le pape François dans sa lettre Encyclique Fratelli tutti, quand il manifeste « une attention affective » (Pape François, Fratelli tutti, n. 93). C’est elle qui distingue la charité de la pitié. La charité valorise le destinataire du don, la pitié le dévalorise. Le Professeur était dans le vrai sens du terme, un homme généreux. Cette générosité s’était manifestée de deux manières, par l’assistance aux plus pauvres et par l’enseignement.

Que je ne sache, personne, qui ait sollicité son aide, n’a reçu du Professeur Gervais MENDO ZE une réponse négative. Peut-être en existe-t-il. Mais la grande majorité de ceux qui ont sollicité son appui, l’ont bien reçu. Ses origines modestes sont certainement en partie responsables de cette grandeur d’âme. Ce n’est pas le cas chez tous les pauvres qui émergent socialement, malheureusement. Quand ils émergent, le plus souvent ils méprisent les pauvres, qui leur rappellent leurs conditions originelles, en essayant désespérément de s’insérer dans une classe sociale qui ne les accepte pas, parce qu’elles ne se réduit pas uniquement à la quantité de biens que l’on possède. C’est cela un arriviste, un homme que la richesse surprend, au point de le dénaturer. Le Professeur Gervais MENDO ZE n’appartenait pas à cette catégorie de personnes. D’abord il a travaillé pour arriver au niveau où il est arrivé, son curriculum vitae décliné en quelques dates essentielles dans le faire-part le montre suffisamment. Et lorsque la vie s’est montrée généreuse à son endroit, il s’est souvenu de ceux qui sont dans la condition dans laquelle il a grandi. Dans un sens, aider n’était pas seulement obéir au commandement du Christ, bien qu’évidemment fondamental : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là » (Mc 12, 30-31). C’était sa manière d’être reconnaissant envers Dieu pour tous les biens qu’il a reçus de Lui. Et pour l’humaniste qu’il était, c’était son humanité qui exigeait cette solidarité avec les plus démunis. Pratiquer la charité donnait du sens à sa vie. De nombreuses familles de Notre Dja et Lobo et d’ailleurs au Cameroun sont sorties de la précarité, parce qu’il leur était venu en aide, non pas seulement matériellement, mais aussi en soutenant, dans la mesure de ses possibilités, les projets d’insertion professionnelle de plusieurs jeunes. Paolo Coelho, écrivain brésilien, disait que « les gens ont toujours tendance à vouloir aider les autres, uniquement pour se sentir meilleurs qu’ils ne sont en réalité », le Professeur serait donc l’exception qui confirme la règle.

Il avait mis un point d’honneur à lutter contre cette autre forme de pauvreté, très avilissante, la pauvreté de l’esprit, en tant qu’universitaire et en tant qu’homme de culture. Pour ses étudiants, il était un Maître plus qu’un Enseignant. Comme disait Edouard Herriot (1872-1957), écrivain et homme politique français, ‘’l’enseignant enseigne avec l’esprit, il fait le savant, mais le maître enseigne avec le cœur’’ (En ces jours). Le Professeur Gervais MENDO ZE enseignait avec le cœur. Quand il a pu s’adonner à cette passion, une fois déchargé des obligations de Directeur de la CRTV, il se donnait à ses étudiants sans compter. Il les aimait comme un père aime ses enfants, avec le souci de leur communiquer non pas seulement des savoirs sur la stylistique et la grammaire, mais aussi des connaissances pour se réaliser comme personne. Sa conception de l’enseignement rejoignait l’idée que le philosophe français, Edgar Morin (1921), se fait dans son livre Enseigner la vie (2014) : « Enseigner à vivre n'est pas seulement enseigner à lire, écrire, compter, ni seulement enseigner les connaissances basiques utiles de l'histoire, de la géographie, des sciences sociales, des sciences naturelles. Ce n'est pas se concentrer sur les savoirs quantitatifs ni privilégier les formations professionnelles spécialisées, c'est introduire une culture de base qui comporte la connaissance de la connaissance ». Enseigner, c’est donner à l’homme les moyens de devenir son projet. Certaines œuvres qu’il a écrites, comme La forêt illuminée, et les émissions télé qu’il a produites ont prolongé cette mission d’enseignement dans la société Camerounaise tout entière. Assainir les mœurs de la société, articuler les traditions avec la modernité, en un mot consolider les bases de notre culture pour affirmer notre identité africaine et camerounaise, sont aussi importantes que le développement des infrastructures, voire plus décisives. Car ce sont les valeurs d’un peuple, sa définition de l’homme, l’idée qu’il se fait de sa place dans le monde, qui constituent les véritables leviers du développement social et économique.

Saint Matthieu nous dit, à la fin de son évangile, que nous serons jugés sur l’amour : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : "Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; héritez le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir…Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait" » (Mt 25, 31-46). Aussi est-il difficile de penser qu’après s’être donné tant à ses frères, le Professeur Gervais MENDO ZE fût ailleurs qu’à la droite de Dieu. Le message d’une telle vie n’est pas seulement : fais le bien et tu iras au ciel ; mais qu’aimer est le but de l’existence humaine. Henri-Fréderic Amiel, écrivain suisse du XIXè siècle, l’a dit avec plus de précision : « Quel est le vrai but de la vie ? S'aimer les uns les autres, s'aider de tout son cœur et de toute sa force dans la mêlée de l'existence et dans la lutte contre le mal, la maladie, la douleur, le péché ; ainsi vivre pour le prochain en Dieu, ce qui est mieux encore que vivre pour Dieu dans le prochain » (Journal intime, le 13 février 1874).

1. « Tu sanctifieras le jour du Seigneur… »

Evoquons enfin l’engagement du Professeur Gervais MENDO ZE au sein de sa communauté de foi. Il s’est fait sous plusieurs formes : soutien aux séminaristes en formation, aux prêtres, aux évêques, aux paroisses, et participation à la liturgie de l’Eglise et à la promotion de la foi. Je vais m’attarder sur les deux derniers engagements.
La chorale ‘’la Voix du Cénacle’’ est incontestablement l’œuvre qui illustre le mieux la participation du Professeur Gervais MENDO ZE dans la liturgie de l’Eglise. Je profite pour dire toutes les condoléances de l’Eglise aux choristes, nouveaux et anciens, et que je leur souhaite de poursuivre l’œuvre de leur Berger, comme ils appelaient le Professeur. Une bonne célébration des saints mystères de la foi implique une bonne exécution du chant liturgique, réfléchissait justement Saint Ambroise, Père de l’Eglise du IVè siècle. Non seulement elle rehaussait la célébration par une exécution parfaite des chants, mais La Voix du Cénacle savait accompagner les fidèles dans la prière. Elle réussissait, et elle le fait encore comme nous avons pu l’expérimenter dans cette célébration des funérailles de leur Berger, à harmoniser les deux aspects de la liturgie en apparence opposés, le festif et le contemplatif. Je forme le vœu que ceux qui vont continuer cette œuvre soient fidèles à cet esprit. Toutefois, l’intérêt de La Voix du Cénacle pour la liturgie chantée va au-delà de la pratique du chant dans la célébration. Sa pratique du chant liturgique l’a propulsée au cœur de la réflexion de théologie liturgique, amplifiée par les théologies de l’inculturation, sur les esthétiques liturgiques. Un détour rapide dans l’histoire de cette problématique aidera à relever l’originalité du Professeur Gervais MENDO ZE.

De fait, l’Eglise avait progressivement construit autour de la figure de sainte Cécile un type de chant dans la célébration, qu’on a appelé le plein chant. Contrairement à l’idée que l’opinion s’est faite, le plein ou chant Grégorien, n’est pas qu’un chant en latin. C’est une langue certes, le latin, mais c’est aussi un style : monocorde et sans instrument. Le développement du romantisme à la fin du XVIIIè siècle, et de l’opéra, né un siècle auparavant à Florence en Italie, introduira dans le chant liturgique, entrainant ainsi une vive polémique qui n’était pas, selon les experts, que liturgique mais politique. La question se posait alors de savoir si on ne peut chanter dans l’Eglise que dans une seule forme ? Le pape Pie X tranche avec le Motu proprio (lettre pontificale émise par le pape de sa propre intention) Inter pastoralis officii sollicitudes en faveur du chant grégorien ; il autorise néanmoins l’orgue. Le chant polyphonique prospère néanmoins dans l’Eglise, rebelle sur les bords, maintenant au sein de l’Eglise la problématique de ces deux esthétiques liturgiques, celle monocorde du grégorien et celle polyphonique de la tradition romantique et de l’opéra. La problématique de la pluralité des expressions liturgiques sera de nouveau relancée avec le vœu des peuples des pays de missions de célébrer Dieu dans leurs langues et selon les rythmes de leurs traditions. Le Concile Vatican II le rend possible, mais l’Eglise reconnaît une hiérarchie qui a à son sommet le chant grégorien, forme par excellence du chant d’Eglise. Dans les pays de missions, l’option choisie sera le moins de latin possible, le plus d’instrument de la tradition possible. Mais le débat n’est jamais totalement tranché, même si les papes acceptent volontiers que la liturgie de leurs célébrations soit animée dans les langues locales et les rythmes du terroir quand ils les visitent. Entre ces différents styles, le Professeur Gervais MENDO ZE choisit la voie de la synthèse, celle de la pluralité des expressions liturgiques, le plus souvent en les faisant cohabiter parfois à l’intérieur d’un chant. Le Kyrie, très célèbre, Qui missus et sanare contristos corde, est l’exemple probant, ou encore son Gloria de la messe du Cénacle. J’espère que cette chorale deviendra une institution comme l’Union sainte Cécile en France, ou le Regensburger Domspatzen en Allemagne, dirigé pendant plusieurs années par Georg Ratzinger, le regretté frère aîné du Pape Benoît XVI. En effet, nous ne parlons plus seulement d’un regroupement de personnes qui aiment pratiquer le chanter d’Eglise, mais d’une esthétique et d’une théologie de la liturgie chantée. C’est notre contribution à la réflexion universelle !
Difficile de croire que le Professeur n’y ait pas vraiment pensé. Car nous avons bien vu que ce brillant Homme des lettres, tel le Maître Thomas d’Aquin s’intéressant à la philosophie d’Aristote, s’intéressait de plus en plus à la réflexion théologique, comme le montrent les très regrettées conférences du soir de Pâques à la CRTV, ou l’excellent commentaire du Magnificat de la Vierge Marie. Avant que l’Université Catholique d’Afrique Centrale propose des formations en théologie pour les laïcs, le Professeur Gervais MENDO ZE avait compris que la mission de l’Eglise en Afrique avancerait de manière plus significative si les laïcs prenaient la part de responsabilité dans la réflexion théologique, qu’ils n’usurpent pas mais qui leur est reconnue par le baptême. En effet, le baptême nous configure au Christ Prêtre, Roi et Prophète ; prophète qui signifie celui qui parle au nom de Dieu, selon la définition de Dt 19, et donc missionnaire à part entière. Il l’a fait de façon pertinente. Comme Hans Urs Von Balthasar, auteur d’une excellente thèse sur l’Histoire du problème eschatologique dans la littérature allemande, le Professeur Gervais MENDO ZE montrait ainsi que les littéraires finissent par être de brillants théologiens quand ils s’y mettent.

Trois principaux enseignements viennent de cet engagement dans la vie de l’Eglise. Premièrement, l’Eglise n’est pas la propriété des évêques, des prêtres et des consacré(e)s, elle appartient à tout le peuple de Dieu. En conséquence, c’est un devoir chrétien pour le fidèle de prendre part à la vie et à la mission de l’Eglise, là où il se trouve. Dieu nous jugera sur l’amour, mais l’amour à deux faces comme le montre le commandement du Christ : Amour du prochain et Amour de Dieu. Aimer Dieu, c’est aimer l’Eglise qu’il a instituée et travailler avec elle à la diffusion de la Bonne Parole pour le salut de tous. Amour de Dieu et Amour du prochain ne sont donc pas des options. Deuxièmement, louons le Seigneur avec ce que nous sommes. Dieu a doté le Professeur Gervais MENDO ZE d’une très grande intelligence ; ailleurs il serait vénéré comme nous vénérons les Molière, les Racine, les Pascal et les Voltaire, que nous ne connaissons que sur le papier. Il a mis cette intelligence au service du prochain et de Dieu. Rien que pour cela, quel que soit le péché dont il est coupable, Dieu lui pardonnerait toujours, comme il l’a fait pour David après le meurtre d’Urias le Hittite. A nous de servir Dieu et l’Eglise avec ce que nous avons et ce que nous sommes.

Troisièment, la vie du Professeur Gervais MENDO ZE nous aura appris (réappris pour certains) qu’être chrétien, c’est être configuré au Christ souffrant, au Christ Amour, et au Christ Gloire du Père. Merci Professeur pour cette leçon de vie. Reposez en paix en Dieu.

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