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General News of Tuesday, 15 September 2020

Source: jeuneafrique.com

Vie de partie: Jeune Afrique dévoile tout sur la violente guerre de succession à l'UDC

leaders de l'UDC leaders de l'UDC

Six mois après le décès d’Adamou Ndam Njoya, une guerre de succession fait rage au sein de l’UDC. Deux des trois vice-présidents du parti ont claqué la porte.

Attablé face à un parterre d’invités triés sur le volet et conviés dans un restaurant du 1er arrondissement de Douala, Cyrille Sam Mbaka paraît nostalgique. Ce 10 septembre, ce baobab de la scène politique camerounaise s’apprête à rompre avec trente années d’engagement au sein de l’Union démocratique du Cameroun (UDC, opposition).

Pour tourner cette page de sa vie militante, il s’est entouré de quelques unes des personnalités avec lesquelles il en a partagé les moments forts. Il y a là l’activiste Mboua Massock, la journaliste Henriette Ekwé, le patron du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), Anicet Ekane, le responsable de la communication du Social Democratic Front (SDF), Jean-Robert Wafo, ou encore le jeune patron du Peuple uni pour la révolution sociale (Purs), Serge Espoir Matomba.


« Je vous annonce solennellement mon départ de l’UDC », commence Cyrille Sam Mbaka. « C’est une rupture, un déchirement, un crève-cœur. Mais je le fais en toute connaissance de cause », ajoute-t-il, confirmant ce qui se murmurait depuis plusieurs jours déjà dans les salons feutrés de Douala, Yaoundé et Foumban. En à peine dix minutes, celui qui fut le plus proche collaborateur d’Adamou Ndam Njoya, président et fondateur de l’UDC décédé le 7 mars dernier, clôt son intervention. Il laisse la parole à Christophe Ndeuhela, qui annonce à son tour sa démission de son poste de troisième vice-président de l’UDC et claque la porte du parti.

Patricia Tomaino Ndam dans le viseur

La raison de ce divorce spectaculaire ? « Une poignée de gens se sont retrouvés à Foumban [bastion traditionnel de l’UDC, situé dans l’ouest du Cameroun] et se sont autoproclamés dirigeants du parti, dénonce Cyrille Sam Mbaka. Le parti connait l’émergence de la culture de l’illégalité et de l’illégitimité, contrariant fondamentalement les principes éthiques qui constituent le socle de cette formation. » Dans son viseur, la veuve d’Adamou Ndam Njoya : Patricia Tomaïno Ndam Njoya, actuelle maire de Foumban, accusée d’avoir « confisqué » le parti.

La querelle n’est pas nouvelle. Le 24 avril dernier, Patricia Tomaïno Ndam Njoya a été désignée présidente par intérim de l’UDC lors d’une réunion de son bureau politique. « Les textes du parti sont clairs. La convention nationale au cours de laquelle est désigné le président de l’UDC se réunit tous les cinq ans, sur convocation du président sortant ou de l’un de ses vice-présidents. Elle peut aussi être convoquée en session extraordinaire à la demande du président national, du conseil exécutif ou des deux tiers des comités départementaux, insiste Cyrille Sam Mbaka. Or à Foumban, environ quinze personnes se sont réunies pour prendre une décision en violation de ces textes .»

Christophe Ndeuhela, qui était présent ce jour-là, affirme aujourd’hui avoir été « trompé » : « On m’avait dit que le premier vice-président [Cyrille Sam Mbaka] était malade et ne pouvait assister à la réunion de Foumban, alors qu’il n’y avait pas été convié », explique-t-il.


« Éviter un vide à la tête de l’UDC »

Des arguments que balaie d’un revers de manche les partisans de Patricia Tomaïno Ndam Njoya. « Ni le conseil exécutif national ni la convention nationale extraordinaire ne pouvaient se tenir en raison de la situation sanitaire et de la logistique nécessaire, justifie un proche de la veuve d’Adamou Ndam Njoya. Le bureau politique, troisième organe de décision du parti, a donc pris ses responsabilités pour éviter un vide à la tête de l’UDC. »

À l’en croire, « tout a été mis en œuvre pour ramener le vice-président dans les rangs ». De fait, la première décision de la nouvelle présidente par intérim de l’UDC est de dépêcher une délégation auprès de Cyrille Sam Mbaka, afin de « rendre compte des résolutions prises par le bureau politique ». Mais rien n’y fait. L’intéressé exige « un retour à l’ordre établi par les textes » et se braque. « Tomaïno a toujours commis l’erreur de mettre entre elle et moi des intermédiaires, regrette-t-il. Nous ne nous sommes jamais assis face à face pour discuter. »


Cette bataille pour la direction du parti, dans laquelle les accusations de « trahison » volent de toutes parts, se joue sur fond de soupçons de « tribalisme », les démissionnaires en sont convaincus. Dans l’entourage de Cyrille Sam Mbaka, on rappelle avec insistance qu’il est originaire du Nkam, dans la région du Littoral, et qu’il n’est pas un Bamoun, comme l’était Adamou Ndam Njoya. On souligne également que d’autres cadres de l’UDC, qui n’étaient pas bamouns, ont quitté le parti dans des circonstances houleuses, et l’on cite les cas de Yimgain Moyo, Kangue Ewane ou encore Abdoulaye Harissou.

À trois mois des élections régionales, auxquelles l’UDC prendra part, la nouvelle direction du parti veut mobiliser ses troupes dans ses fiefs, en particulier dans le département du Noun, où elle compte glaner quelques sièges de conseillers régionaux. Passée cette échéance, l’UDC devra tenter de regagner une envergure nationale, et le départ de Cyrille Sam Mbaka ne lui facilitera les choses.

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