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Infos Santé of Monday, 5 July 2021

Source: Sans Détour N 420

Vaccination anti-covid au Cameroun: des questions toujours sans réponse

Dr Manaouda Malachie Dr Manaouda Malachie

Le Cameroun s’engage dès ce mercredi 07 juillet, dans la 2ième campagne de vaccination contre le Covid-19. Selon le communiqué du ministre de la Santé publique qui l’annonce, des équipes médicales seront disponibles dans différents centres de santé, à l’effet d’inoculer des doses de vaccin au plus grand nombre. On envisage même des campagnes de porte-à-porte, campagne de proximité, afin de toucher le maximum de camerounais.

Selon le discours officiel, la vaccination demeure le principal moyen de la réduction de la courbe de contamination du dangereux virus. Seulement à l’analyse, cette campagne va se dérouler dans un environnement marqué du sceau de l’hostilité, si l’on en croit des craintes qui enflent au sein de la population cible.

Pour cause, de nombreuses hypothèques et incompréhensions sont loin d’être levées sur l’efficacité des différents vaccins qui ont pignon sur rue, à prévenir la maladie, sans effets secondaires. Des nombreuses appréhensions, liées aux présumées et éventuelles complications, ont précédé le recours à la vaccination sur le terrain de la lutte contre le Covid-19, au point de rendre certains esprits hermétiques à toute forme de vaccination.

Sur la toile, des posts ont évoqué plusieurs cas de complications sanitaires dues à l’administration du vaccin anti-covid ; des vidéos ont montré l’aimantation du téléphone portable sur le point du bras où le vaccin a été inoculé ; des esprits retors ont prédit l’hécatombe, dans les deux années à venir, à ceux qui oseraient se faire vacciner. Fake news, disent les experts adeptes de la vaccination. Néanmoins, ces affirmations, venant même des milieux les plus autorisés, ne suffisent pas à convaincre, tant le spectre du scepticisme ne cesse d’enfler à commencer dans le milieu même du personnel médical.

Au Cameroun, la première campagne de vaccination anti-covid, consacrée à des cibles spécifiques, dont le personnel hospitalier, avait révélé de nombreuses abstentions chez les personnels soignants. en visite de travail dans la région de l’ouest par exemple, le ministre de la Santé publique avait personnellement fait constat de la déclination de l’offre vaccinale par près de 50 % des infirmiers et médecins, pour des raisons inavouées. Comment dans ce cas convaincre le citoyen lambda de la pertinence de ces vaccins sur sa santé ? Au Cameroun, sur les quelque 400 000 doses de vaccin astrazeneca et Sinopharm reçus dans le cadre du Covax, des statistiques officielles font état d’environ 100 000 personnes vaccinées. Très insignifiant ! Ce qui traduit l’hostilité de nombreux camerounais à recourir à la vaccination reste la question même de la disponibilité des stocks de vaccin.

Le Cameroun a-t-il acquis d’autres doses de vaccin en dehors des 400 000 reçues dans le cadre du Covax? Que représente 400 000 doses pour une campagne qui envisage d’élargir sa cible jusqu’aux personnes âgées de plus de 18 ans ? Le pays est-il disposé à acquérir de nouvelles doses pour satisfaire tous les potentiels et éventuels candidats à la vaccination? Autant de questions qui restent sans réponse. Dans cet océan d’interrogations, comment oublier la dernière sortie du président rd congolais? Antoine Fidèle Tshisékédi vient de remettre en doute l’efficacité du vaccin aztrazeneca, pour justifier son abstinence à la vaccination depuis qu’elle est lancée dans son pays. Ce faisant, le président congolais a dit tout haut ce que de nombreux autres chefs d’Etat africains, qui rechignent eux-aussi à se faire administrer le vaccin, pensent tout bas, tout en poussant leurs peuples respectifs à se faire vacciner. Efficacité des vaccins astrazeneca et Sinopharm ! Un débat qui a cours au sein même des pays développés, dont certains, notamment des pays européens, refusent de les prendre en compte dans les passeports sanitaires en cours, pour une entrée sur leurs territoires. il est clair, selon une idée rependue, que les africains qui s’empressent à se faire vacciner, sont répertoriés parmi ceux qui désirent un visa pour les pays occidentaux et américains. or les vaccins distribués en Afrique dans le cadre du Covax (astrazeneca et Sinopharm), sont essentiellement ceux qui sont rejetés dans les sphères occidentales.

Depuis la fin de la semaine dernière, la toile s’enivre de commentaires sur le refus du visa d’entrée en France au pr Maurice Kamto, pour des raisons liées au Covid-19. Et si la qualité du vaccin reçu par le président du MRC était le véritable nœud du rejet de sa demande ? Quoiqu’il en soit, des efforts restent à faire sur le plan de la communication pour convaincre tous les camerounais d’adhérer à la prochaine campagne de sensibilisation que s’en va lancer le gouvernement. Des efforts non seulement sur le terrain affectif ou culturel, mais également sur le champ intellectuel, voire scientifique, pour ces vaccins qui sont tous en phase d’expérimentation, quelle que soit leur origine, dont on attend les performances scientifiques avérées pas avant 2024, et qui sont déjà inoculés dans les organismes humains. et si cet empressement à les administrer précocement masquait plutôt autre intérêt… Vaccination de masse oui, mais la levée de toutes ces appréhensions s’impose comme un préalable à la réussite de la future campagne.

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