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Opinions of Thursday, 9 July 2020

Journaliste: Louis Marie Kakdeu

'Une créature Bamiléké n’a aucun intérêt politique à s’attaquer à Amougou Belinga'

Comme vous le savez, j’ai décidé d’abandonner le discours partisan et de placer mes interventions au niveau technique.

Cela intervient justement au moment où beaucoup de citoyens disent qu’ils ne comprennent pas le Cameroun. Oui, en effet, comment comprendre ce dont on n’a pas les clés ? Pire, certains s’engagent même en politique sans avoir les clés. Je me propose d’aborder quelques thèmes.

Beaucoup abordent la chose politique en disant qu’il existe le tribalisme d’État. Certains disent même qu’il faut être Bulu pour réussir c’est-à-dire pour avoir une ascension sociale. D’autres disent encore qu’ils ne comprennent pas comment le RDPC remportent des élections dans des localités où il n’existent pas d’infrastructures.

A ce sujet, ceux qui ne veulent pas voir la fraude partout souhaitent à ce peuple de récolter les fruits de leurs choix électoraux. Les plus modérés expliquent qu’il s’agit du syndrome de Stockholm. Et puis, il y a la fameuse conclusion de Richard Bona selon laquelle si tu comprends le Cameroun, c’est qu’on t’a mal expliqué.

Mes chers amis, vous ne pouvez pas combattre effacement quelque chose que vous ne comprenez pas bien. Un médecin ne soigne pas un mal dont il a raté le diagnostic. La politique actuelle au Cameroun fonctionne avec des règles de clientélisme bien pensées et bien documentées. Une nouvelle phase a commencé en 1992 lorsque Biya retire son parti entre les mains des philosophes incarnés par les Njoh Mouelle et Mono Ndjana pour confier aux Realpolitikiens qui sont encore en poste au Comité central jusqu’à aujourd’hui et dont l’un des visages médiatisé est Grégoire Owona. En 1992, il avait mis fin à l’ère de la “rigueur et de la moralisation” qu’il prônait jusque-là et que les philosophes portaient bien. D’ailleurs, dans le NESPROC 1992, le candidat Fru Ndi reproche à Biya l’absence d’austérité (rigueur).

Le premier ministre Achidi Achu a parlé de politics na ndjangui. Dans le langage technique, cela signifie que ne bénéficient de l’action publique que ceux qui donne leurs voix en échange. Dans l’environnement culturel du grassfield d’où il importe le Ndjangui (tontine), ne “bouffe” que celui qui a cotisé.

A l’école, lorsque nous faisions le ndjangui avec nos camarades, on créait un festin où ne participaient que ceux qui ont apporté quelque chose. En gros, pour s’asseoir autour de la table, il fallait avoir contribué à la garnir. Mes chers amis, nous sommes encore dans cette ère là au Cameroun. Biya a cyniquement laissé pourrir tous les fiefs de l’opposition. Douala avait été abandonnée à l’époque où elle était dans l’opposition. Idem pour Bafoussam et pour Bamenda. Biya a même laissé la route de Bamenda se couper à Babadjou à l’entrée de Santa, chez Fru Ndi. La logique est de donner une leçon aux électeurs.

Le langage de la campagne du RDPC depuis 1992 c’est de dire aux électeurs qu’il faut voter Biya pour avoir AUSSI droit aux actions publiques (infrastructures, écoles, hôpitaux, etc.) ou encore qu’il faut le faire en guise de remerciement pour avoir réalisé une route ou pour avoir nommé un fils du coin. C’est ça le système.

Il est très discutable de dire qu’il y a tribalisme d’État. Il est difficile de trouver une circonscription électorale au Cameroun où Biya n’a pas créer une mangeoire c’est-à-dire une élite qui est une vache à lait au village. On ne peut pas se baser sur le décompte des postes de souveraineté pour dire qu’il y a tribalisme d’État.

Dans tous les pays du monde, les politiques fonctionnent avec un réseau de confiance. Le fait de ne pas appartenir au réseau de quelqu’un ne veut pas dire qu’il est tribalisme. Biya a deux sources de recrutement de confiance : les amis d’enfance, camarades de classe ou collègues de longues dates (ce sont les gens de sa génération comme les Jean Kuete, Niat, etc.) et les membres de sa tribu dans le Dja. Cela correspond aux réalités camerounaises en 2020.

Si vous changez de président aujourd’hui, cette réalité demeurera. D’ailleurs, même les partis politiques sont dominés par les frères et soeur du village. C’est Nous-mêmes ça. Il ne faut pas accuser seulement Biya. En ce qui concerne les gens de sa génération, c’est bien documenté le fait que les camarades de classe ou d’enfance se trahissent difficilement. Le problème est que Biya est vieux de même que ses amis. Moi-même, j’ai publié sur la gerontocratie au Cameroun en 2015 je crois et la moyenne d’âge était alors de 74 ans. Ils sont encore plus vieux aujourd’hui !

Le clientélisme politique permet de designer ce que Achidi Achu appelait “politics na ndjangui”. La spécifique camerounaise est que Biya l’a hiérarchisé. J’ai deux publications en cours sur ce sujet avec le professeur Sergiu Miscoiu. Le réseau part de la base au Sommet et toute la base fait allégeance au Sommet. Mon patron a parlé de “Créatures”, c’est-à-dire le réseau d’un ensemble de personnes qui n’existent politiquement que parce qu’ils ont été créés par le décret du Président et dont on ne comprendrait pas qu’elles ne lui fassent pas allégeance.

En 2020, on parle au Cameroun au nom du Président et “sur très Hautes Instructions”. En gros, la créature n’existe pas; c’est le président qui existe. Même le ministre Jean de Dieu Momo qui a compris la leçon dit qu’il était démocrate avant d’entrer au gouvernement mais, que son niveau ne vaut rien derrière celui du Président Paul Biya.

C’est ça le système

La dernière chose que j’aimerais dire est que l’opposition Bamiléké-Beti accentuée par certains est une haine gratuite. Dans le système de clientélisme politique actuel, il n’arrivera jamais que l’un prenne la place de l’autre. En 2020, Biya remplace poste pour poste. La bataille pour l’ascension sociale se fait entre les fils et les filles d’une même localité. On ne limogera jamais un Bamiléké pour nommer un Beti, et vice versa. La menace est interne. Amougou Belinga vient de dire que ses ennemis sont ses frères du Centre.

Une Créature Bamiléké n’a aucun intérêt politique à s’attaquer à Amougou Belinga. S’il faut le nommer sénateur, c’est une place du Centre qu’il va prendre et non une place de l’Ouest. C’est ainsi que fonctionne le régime. Ce sont donc les chefs des réseaux locaux de clientèle qui se battent pour s’assurer que la hiérarchie locale débouchent sur eux. Dans les faits, cela signifie qu’ils ne supportent pas la concurrence.

Ils bloquent l’ascension de potentiels concurrents. Si vous êtes un clochard, vous n’aurez aucun problème au village. Mais, si vous commencez à réussir, vous aurez des problèmes avec vos propres frères et soeurs qui ont déjà “réussi” et qui ne veulent pas de concurrence.

Mes chers amis, ce n’est pas parce que vous n’êtes pas dans le réseau de clientélisme que les gens n’en bénéficient pas dans votre village. En camfranglais, on parle de “tuyaux”. Dans les langues locales, on parle à l’Ouest du “trou de l’argent”. Ça existe partout et c’est ce qui constitue les “tranchées et fortifications” qui protègent Biya.

Il s’est arrangé à creuser les trous d’argent partout. Ceux qui cherchent les tuyaux, trouvent effectivement et entrent dans un réseau de clientèle où le régime les tient. S’ils trahissent, le régime les fait payer, et souvent, par l’intermédiaire de leurs propres frères. Sous Biya, c’est ton frère qui te donne le coup fatal. C’est le semblable qui tue le semblable. C’est le principe du vaccin. C’est très efficace.

Une fois de plus, il n’est pas possible de combattre ce qu’on ne sait pas. Souvent, il arrive que la masse se plaigne de ce qui est normal comme cette affaire de réseau de confiance que l’on appelle abusivement tribalisme.

Je m’ennuie sur l’axe dit lourd et j’écris. Pardon.

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