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General News of Monday, 26 April 2021

Source: camerounweb.com

Un militant du Manidem tue Germaine Ahidjo une deuxième fois

Selon George Ruben Yupissi, dans sa lettre ouverte à l’ancienne première dame, l’ancien président Camerounais était un traitre fabriqué par la France et qui n’a pas droit aux obsèques officielles.


Adresse à l’épouse d’un chef d’Etat tristement célèbre afin de rejeter l’idée que nous devrions célébrer les hommes qui ont construit la dictature kamerunaise.

Madame, je vous salue malgré tout.

Vous vous étonnerez peut-être que cette lettre commence ainsi. L’explication est la suivante : depuis la mort de votre mari l’ancien président kamerunais Ahmadou Ahidjo le 30 novembre 1989 à Dakar, vous intervenez souvent dans la presse pour défendre l’idée –inacceptable et choquante- que le Kamerun doit célébrer sa mémoire en organisant des obsèques officielles ou nationales. Nous venons de lire votre dernière sortie dans Situations (édition n°187 du vendredi 29 janvier 2010). Ce magazine kamerunais nous révèle que le rapatriement par l’Etat kamerunais de la dépouille de M. Ahidjo enterré à Dakar est votre « dernier combat ». Cela peut paraître normal pour qui ne connaît pas l’œuvre d’Ahmadou Ahidjo. Pour nous cependant, cela est immoral pour diverses raisons que nous ne pourrons épuiser ici.

QUI ETAIT AHIDJO? UN HARKI, UN TRAÎTRE A LA PATRIE!

Qui était en effet l’ancien chef de l’Etat kamerunais qui présida aux destinées de notre pays durant près d’un quart de siècle ? Un traître fabriqué par la France. Ahmadou Ahidjo est en effet le chef des harkis kamerunais auxquels la transition de la colonisation à la néocolonisation a confié les rênes du gouvernement fantoche de notre pays. De nombreux témoignages d’anciens administrateurs coloniaux comme le gouverneur San Marco ou le haut-commissaire Jean Ramadier relèvent que la France avait recherché et sélectionné des hommes qui devaient servir sa cause lorsqu’elle aura réussi à organiser son pseudo départ des colonies. M. Ramadier, dans l’ouvrage intitulé : André-Marie Mbida, Premier ministre camerounais, paru chez l’Harmattan sous la plume de Daniel Abwa, rappelle même qu’en février 1958, il avait dû pousser des deux mains Ahmadou Ahidjo à accepter la succession du Premier ministre Mbida qui compliquait les calculs de Paris.

Ainsi vint au pouvoir l’homme qui se révéla être un président délégué parfaitement utile à la France néocoloniale qu’un administrateur, Guy Georgy, découvrit à Garoua et fit rentrer vraiment en politique grâce aux moyens que la puissance coloniale pouvait alors déployer : trucages électoraux, soutiens financiers, etc., au grand dam des princes locaux dont certains firent plus tard les frais de cette « intrusion ». Le saré de Mahondé à Garoua, un de ces adversaires, ne fut-il pas rasé à l’orée des années 1960 ? Un crime qui inaugurera avec d’autres le règne sanglant d’Ahmadou Ahidjo, étranglant le Kamerun pour que l’étranger le vole sans peine. C’est, de notre point de vue, le mal absolu dont s’est rendu coupable l’architecte en second de la construction de la dictature kamerunaise qui se prolonge jusqu’aujourd’hui, plus de cinquante ans après. Ceci est un rappel banal pour qui s’est penché sur l’histoire kamerunaise. Mais fort étrange pour vous qui disiez à Jeune Afrique dans une interview accordée en 1993 à Jean-Baptiste Placca : je ne sais rien des camps de concentration d’Ahidjo.

UNE BREVE LISTE DES CRIMES D'AHIDJO

L’on peut penser cependant que vous refusez de voir la réalité car le mal qu’Ahmadou Ahidjo a fait au Kamerun, il l’a fait à vous aussi, son épouse. Car, pour défendre son héritage comme vous le faites, l’on est obligé de ne choisir que des journalistes complaisants et ou corrompus pour s’exprimer. L’on ment à soi-même en taisant ou en escamotant des faits. Jamais en effet, vous n’avez osé répondre aux nombreuses critiques sévères formulées contre votre défunt époux par des compatriotes qui ne sont pas prêts à voir célébrer Ahmadou Ahidjo.

Il est plus aisé en effet de profiter de l’ignorance entretenue sur l’histoire du Kamerun pour revendiquer l’héritage et la mémoire de cet homme dont le nom restera à jamais gravé dans nos plaies : les massacres à l’Ouest qui succèdent à ceux du pays basa’a ; le train de la mort ; la répression des militants du Pdc en pays Eton ; Dollé : le village de centaines d’Arabes choa tués en une seule journée pour avoir osé protester contre le détournement de l’argent qu’ils ont réuni pour créer une école ; la brutalité policière ; la mise à mort par incendie des habitants du quartier Congo ; la terreur du Cener ; le parti unique ; Tcholliré ; le refus du dialogue et de la réconciliation avec les nationalistes ; le tribalisme d’Etat ; Mantoum ; l’interdiction de toute critique ; Yoko ; les lois d’exception et l’état d’urgence permanents ; la Bmm ; les passeports au compte-gouttes ; la corruption institutionnalisée et couverte par l’Etat ; les abus ; la peur au quotidien ; l’abrutissement depuis soixante ans d’un peuple appelé à jouer un rôle-leader en Afrique noire ; une économie destinée à enrichir les puissances impérialistes ; etc. Voilà une brève liste de ce que le Kamerun a reçu de l’homme que vous défendez.

Vous prétendez qu’il a aimé le Kamerun plus que tout. Plus que sa famille et lui-même. Mais quel est donc ce chef de famille qui au moment de passer la main choisit le pire d’entre ses enfants pour continuer à diriger la maisonnée ? Fourbe, apeuré lâche et hypocrite. Voilà comment l’ex-chef d’Etat décrit finalement l’homme qu’il a employé de 1962 à 1982 aux plus hautes charges de l’Etat avant de lui passer le gouvernail. Paul Biya est en effet la fabrication d’Ahmadou Ahidjo et de ses commanditaires français. Prétendant les rouler et ne plus respecter les règles de leur jeu sadique, Ahidjo tenta sans succès d’entraîner le Kamerun dans une guerre entre clans fantoches au pouvoir dès 1983. Moins d’un an après avoir été démissionné par la France qui préparait un vaste programme de renouvellement de ses présidents délégués en Afrique au mépris de la volonté populaire et de l’intérêt général.

Là où s’était installé un embryon de démocratie multipartite dans les années 1950, Ahmadou Ahidjo s’était en effet battu pour imposer la dictature du parti unique sous le prétexte de lutter contre le tribalisme dont il était l’incarnation en tant que chef d’un parti : l’Union camerounaise, représenté par des leaders d’ethnies apparentées instrumentalisant l’appartenance à la même religion. En 1982, quand survint son licenciement à Paris, la lutte pour la démocratie kamerunaise était dans un état comateux.

NOTRE PARDON FRATERNEL

Comment comprendre dès lors qu’aujourd’hui, profitant de l’espace de liberté reconquis par la sueur et le sang des batailles des Kamerunais que votre mari emprisonna dans les frontières de leur propre pays, vous réclamiez une justice sélective pour Ahmadou Ahidjo. Vous vous méprenez certainement sur les règles du jeu machiavélique et malsain auquel il s’est livré. Ahidjo fut en effet le premier à se refuser à rendre hommage à celui qui est le vrai père de la Nation kamerunaise en rejetant la demande formulée par des étudiants kamerunais à Paris, le 1er octobre 1958, pour des obsèques nationales en l’honneur de Ruben Um Nyobè. Biya ne fait qu’imiter son maître.

Partout dans le monde, quand on a fini d’utiliser un traître, on le renie. Demandez-le aux harkis algériens qui végètent en France depuis deux générations. Ahmadou Ahidjo n’est donc pas prêt de revenir au Kamerun qu’il a tant maltraité même si c’est nécessaire pour écrire l’histoire de notre pays. Pour ce faire, en réalité, il faut que les Kamerunais aient un gouvernement libre et démocratique qui comprendrait le besoin de rapatrier sa dépouille et d’organiser un grand procès de notre histoire afin de déterminer la place des héros et celles de ceux à qui nous devons accorder notre pardon fraternel.

Ce rendez-vous incontournable de notre avenir, Paul Biya, et tous ceux qui sont alliés à l’étranger pour desservir notre pays, ne peuvent pas l’organiser. Ce serait pratiquement signer leur arrêt de mort ou alors, leur retour à une vie plus saine. Cela signifierait qu’ils renoncent à détruire le Kamerun. Heureuse mais peu probable possibilité au regard des enjeux. Comme bon nombre de nos compatriotes en effet, nous devons comprendre que c’est l’enjeu de l’exploitation judicieuse et du partage équitable des richesses kamerunaises qui est au cœur du problème kamerunais. Vivre heureux et libre chez nous est effectivement impossible depuis l’intrusion de l’impérialisme sur la terre de nos ancêtres. L’une des causes de ce malheur, nous l’avons dit, c’est la mise à disposition gratuite de nos biens, sous le couvert de pseudo-gouvernements locaux, aux économies étrangères. Cela est un crime d’Ahidjo qui perdure.

Sans disposer d’un mandat de représentation valable (vous aurez souligné plus haut comment il se fit « élire »), ni de la légitimité d’une telle entreprise, le chef du gouvernement « sous tutelle française » qu’il était s’était permis de passer des accords avec le gouvernement français en décembre 1959. C’est la base de l’exploitation de notre pétrole dans un secret inexplicable et malfaisant depuis plus de 30 ans. Contre l’appui de l’armée française qui allait massacrer ses compatriotes mécontents du truquage de l’indépendance, Ahmadou Ahidjo vendit ainsi notre pays « moins cher », comme disent les Kamerunais. Au détriment d’une industrialisation que le potentiel humain et économique kamerunais autorisait même les plus pessimistes à espérer, il nous maintint dans l’agriculture sans modernisation, pénible et peu productive. Fidèle à la France, il s’engouffra allègrement dans le piège du Franc Cfa dont la monstruosité handicapante a été démontrée par notre compatriote Tchundjang Pouemi. Disposant de centaines de milliards, fruit du travail des paysans kamerunais, il choisit d’investir dans un palais des mille et une nuits pour le prestige de sa dictature alors que les producteurs de coton, de café et de cacao qui nourrissaient son régime, allaient être livrés à eux-mêmes dès que les cours allaient chuter.

Pourquoi donc coton, café et cacao ne devinrent-ils pas autant de filières industrielles comme ailleurs ? La réponse est simple : Ahmadou Ahidjo avait pour mission de faire semblant de développer le Kamerun. A propos de cette économie extravertie vers la France et l’occident, tous les experts honnêtes le reconnaissent d’ailleurs aujourd’hui : le ver était dans le fruit bien avant son départ. L’avenir était sombre malgré les apparences. Comme dans une maladie qui se développe lentement, les symptômes étaient présents dès la fin des années 1970 et désormais nous sommes en train de subir les phases dures d’un mal chronique et pernicieux. On pourrait encore en dire des tonnes sur ce chapitre, mais le temps viendra de faire le bilan contradictoire.

Avant de vous quitter Madame, nous vous demanderons de réfléchir à tout ceci lorsque vous prendrez à nouveau la parole. Pensez aux centaines de milliers de gens qui ont perdu la vie parce que votre mari s’activait pour installer une dictature au service de l’étranger sur la terre du Kamerun. Vous avez des enfants qui vivent heureux, du moins quand on les voit sourire dans les magazines. Les enfants d’Ahmadou Ahidjo sont même élus dans les assemblées kamerunaises et dirigent des établissements et missions publics. Remerciez Dieu de vous être tirés à si bon compte. Sachez que quand vos petits enfants sautent de plaisir sur vos genoux et qu’ils vous font sourire par leurs bêtises, la majorité des grands-mères kamerunaises voient leurs enfants mourir de maladies banales comme le paludisme. Depuis 60 ans, le système de santé que Ahmadou Ahidjo a installé avec Paul Biya leur interdit l’accès aux soins les plus primaires.

Vous, Madame, pouvez vous recueillir sur la tombe de votre époux. Des milliers de nos compatriotes ne savent même pas où le système Ahidjo a tué et jeté leurs parents. Quand vous profitez de la qualité de vie des Almadies à Dakar, aux frais des cultivateurs d’arachide sénégalais et grâce au reliquat de l’argent des paysans kamerunais que votre mari gérait sans contrôle, pensez à ces enfants qui dorment à côté de la place Ahmadou Ahidjo (Poste centrale) à Yaoundé. Des centaines de petits « Kirdis », chassés par la pauvreté de leurs familles de leur nord natal, vers les mirages de la ville.

Ces enfants de « Kirdis » que Ahidjo a tant retardé par calcul tribal et politique dorment sur les trottoirs. Ils se droguent à la colle en attendant qu’un de ces homosexuels au pouvoir vienne en capturer un pour ces bacchanales sanglantes qu’ils affectionnent.
Dieu me pardonne cette colère. J’ai oublié que chez nous on évite de parler ainsi d’un mort. Comprenez-moi cependant : même mort il y a vingt ans, ce disparu tue encore le Kamerun.
Au revoir Madame.

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