Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 09 23Article 543724

General News of Wednesday, 23 September 2020

Source: lemonde.fr/afrique

Un journal français raconte comment le dispositif sécuritaire et les menaces ont dissuadé les populations

Selon le journal français lemonde.fr qui a couvert la manifestation du 22 septembre, dans certaines villes et dans certains quartiers de Douala et Yaoundé, le fort dispositif sécuritaire et les menaces gouvernementales à peine voilées semblent avoir découragé la mobilisation.

Depuis l’annonce de ces marches, les autorités ont multiplié les communiqués. Le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a ainsi exhorté les Camerounais à « rester sourds aux appels à l’insurrection, irréfléchis et insensés, à faire échec, comme de coutume, aux manœuvres déstabilisatrices d’où qu’elles viennent ». Et Paul Atanga Nji, le ministre de l’administration territoriale, a averti : « Aucun écart de comportement ne sera toléré de quelque parti que ce soit et de qui que ce soit. »

Déjà, vendredi, quatre membres de Stand up for Cameroon, une plateforme de partis d’opposition et de la société civile qui organise depuis 2016 les « vendredis en noir » pour protester contre la mauvaise gouvernance et exiger le départ de Paul Biya, ont été arrêtés « dans la rue », à la grande surprise des responsables. Cinq jours plus tôt, Edith Kah Walla, initiatrice de la plateforme et présidente du Cameroon People’s Party (CPP), avait rencontré Maurice Kamto. Les photos de la rencontre avaient été abondamment partagées sur les réseaux sociaux.

Ces militants ont été « brutalement interpellés, entendus à la gendarmerie et inculpés au tribunal militaire sans assistance de leur conseil », pour des infractions « fantaisistes de révolution, insurrection, tentative de conspiration », s’étrangle Thierry Njifen, l’un de leurs avocats, pour qui l’objectif est d’« intimider tous les citoyens ». Les quatre membres de Stand up for Cameroon ont été placés sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de New Bell, à Douala, selon l’avocat.

Les journalistes particulièrement ciblés

Dans ce climat de tensions, la bouillante capitale économique avait mardi des allures de ville morte : Douala est restée figée tout le jour. De nombreuses rues étaient vides et des boutiques sont restées fermées. « J’aimerais bien descendre dans la rue car je souffre. Je ne parviens pas à manger à ma faim ni à prendre soin de ma famille. Mais il y a des risques d’être arrêté, torturé et même tué. Ça dissuade et j’ai peur », avoue Bertrand, un conducteur de moto-taxi.

Des journalistes qui ont couvert les manifestations ont été particulièrement ciblés. Au moins cinq d’entre eux ont été interpellés. Polycarpe Essomba, le correspondant de Radio France internationale (RFI) à Yaoundé, « a reçu plusieurs coups de matraque, plusieurs coups de pied et a été emmené dans un commissariat, où il a été retenu pendant plus de deux heures avant d’être relâché », s’est insurgé le média dans un communiqué. Rodrigue Ngassi, le cameraman de la télévision privée Equinoxe, a été lourdement maltraité et a dû se rendre à l’hôpital pour des soins, selon son employeur. Le journaliste Jarvis Tah Mai et son cameraman Christian Tebong, employés de Media Prime TV, ont été arrêtés alors qu’ils couvraient la manifestation à Douala et sont toujours détenus. Tout comme Lindovi Ndjio, journaliste à La Nouvelle Expression, l’un des principaux quotidiens privés du pays : conduit au commissariat central de Yaoundé, il n’a toujours pas été libéré, selon son avocat.

Les organisateurs annoncent de nombreuses marches et actions jusqu’au 6 décembre, date fixée pour la tenue des premières élections régionales du Cameroun, et au-delà. Mardi, Maurice Kamto n’a pas été aperçu dans la rue. D’après Joseph Ateba, son domicile est « en état de siège », entouré de « chars » et des forces de sécurité.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter