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General News of Monday, 5 October 2020

Source: www.camerounweb.com

Troublant témoignage d'un jeune ayant échoué trois fois au concours de l'ENAM

Le témoignage que ne vous proposons a été recueilli par le lanceur d'alertes Boris Bertolt.

Hier soir, les résultats de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature ont été rendus publics et bien avant la lecture sur la Crtv-radio poste national, j’avais pris connaissance via les réseaux sociaux des listes de admissions définitives.

Ceci étant, je n’ai pas eu le concours et je ne vous écris pas pour faire quoique ce soit dans ce sens, mais le jeune que je suis et plus particulièrement de part mes origines, prouver que ce pays est un enfer pour la jeunesse battante,consciente et travailleuse.

En effet, je suis originaire du Sud Cameroun, département du Dja et Lobo, plus exactement de l’arrondissement de Sangmélima. Je suis âgé de 25ans et originaire d’une famille démunie.

Je suis l’aîné des garçons actuellement (car nous étions 05 à la naissance mais deux avaient été rappelés à Dieu) d’une fratrie de 03 dont 01 grande sœur et un petit frère.

N’ayant pas d’argent et battant de son état, notre père et notre maman, n’étant pas allé loin dans les études, ont tout sacrifié pour que leurs enfants fassent des études.

Ma pauvre maman vit des champs car elle reste au village et mon pauvre père est un jongleur( se bat comme il peut ) pour nous faire vivre.

J’ai déjà présenté le concours de l’ENAM 03 fois de suite. La première fois que je l’ai présenté, je venais d’être retenu en master 2 recherche en science politique à l’université de Yaoundé 2 soa.

Cette année là, je vous avouerais que je ne mettais pas préparer et je n’avais pas réussi. La seconde année, j’y suis reparti mais cette fois avec beaucoup d’engagements et de volonté car j’avais préparé le concours pendant toute l’année.

Après les épreuves écrites et ma famille me connaissant de part mon ardeur au travail, alors même que je venais de rentrer au village pour aider ma pauvre maman à faire les champs, je n’arrêtais pas de lui dire que j’allais réussir car ayant trouvé les épreuves « trop faciles à mon goût » ( pour la petite histoire, j’avais présenté le concours pour le cycle B administration générale). Et comme j’avais prédis à mes parents juste après la phase écrite, j’ai été admissible. Et c’est ici qu’à commencé la frustration.

Le jour de l’oral, alors que je passais devant le jury, le président du jury me dit d’emblée, alors que je venais de remplir toutes les formalités d’usage et de bienséance, : « monsieur, nous allons aller vite, on a pas assez de temps. Citez moi deux régions de votre choix ainsi que leurs chefs lieux). Question on ne peut plus évidente même pour un enfant du CP.

Pour ce qui est de l’évaluation des aptitudes bilingues, une dame qui composait alors le jury me posa la question de savoir si j’aime les fruits, et de lui citer quatre fruits au choix ( Do you like fruits ? Ok, give me the names of four fruits you know). Question toute aussi évidente et accessible. Et je puis vous rassurer monsieur que ni le stress ou encore moins la peur ne m’habitaient car j’avais une seule envie, sortir du chômage, donc vous pouvez imaginer ma détermination.

Le même scénario s’est reproduit cette année alors que j’ai bravé haut la main les épreuves écrites mais cette fois au concours d’admissibilité du cycle A de l’administration générale. Mes pauvres parents et moi savions que cette fois serait la bonne car je me disais que, issu d’une famille démunie, seul le travail et rien que le travail pour ne pas dire la méritocratie pouvait me faire entrer à l’ENAM.

Et j’avais doublement la pression cette année car j’ai eu la grâce au courant de l’année d’être papa d’une magnifique petite fille (dont la maman est originaire de l’ouest Cameroun ).

Hélas, à la lecture des résultats des admissions définitives hier soir, les larmes ont une fois de plus coulé sur les joues de ma pauvre maman, mon père et mon petit frère. Je vous écris pour vous signifier à quel point même les jeunes de la région du Sud Cameroun que nous sommes, sont tous aussi victimes de cette frustration. J’ai la foi qu’un jour, les choses changeront.

Je ne baisserai jamais les bras, je continuerai à me battre, à travailler dur. Ainsi va la vie dans la république des « frustrés ». Encore merci beaucoup pour votre attention et le travail que vous faites.

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