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Actualités Régionales of Monday, 24 August 2020

Source: Actu Cameroun

Trois blessés graves lors de l’intronisation d’un chef traditionnel à Ouro-Malloum

Les habitants d’Ouro-Malloum sis dans l’arrondissement de Lagdo, région du Nord Cameroun, sortis massivement pour protester contre la cérémonie d’intronisation d’un deuxième chef du village dans leur localité le 16 août dernier, ont été réprimés par des éléments de la brigade. Cinq personnes ont été grièvement blessées et une tuée, par balles.

«C’est quasiment tout le village qui était mobilisé ce jour pour bloquer le passage à la délégation du sous-préfet et celle du lamidat de Garoua qui devaient venir introniser un deuxième chef dans le village. Nous avons érigé des barricades sur la route et avons réussi à leur résister pendant plusieurs heures.

Il a fallu que le sous-préfet fasse appel aux éléments du Bim qui étaient en détachement à Boumedjé pour qu’ils se fraient une issue et accèdent au village. Ces militaires comme des véritables bourreaux n’ont pas hésité à tirer des coups de feu en l’air pour nous disperser. Six coups de feu ont été tirés et par maladresse une balle a atteint une adolescente au niveau du bras. Curieusement celle qui a été atteinte par balle est la fille de Victor Kaïna qui a été enturbanné ce jour. Pour étouffer les faits, ils ont conduit la jeune fille dans une office médicale clandestine à Boumedjé où elle a reçu des soins.

La chance est que la blessure n’est pas profonde car la balle a juste frôlé le bras de l’adolescente. Le pire aurait pu arriver ce jour. Tout porte à croire que la balle qui a atteint la jeune fille n’était pas suffisamment tirée en l’air. Sinon comment expliquer qu’elle vienne à blesser une petite fille de 13 ans ? Comment des hommes censés assurer la sécurité de la population font-ils usage de leurs armes à feu face à cette même population ?» s’interroge Gayé Kaldapa, une victime de l’incident.

En effet, les échauffourées entre la population et les forces de l’ordre du 16 août dernier, sont en réalité les conséquences des rapports suffisamment tendus entre le sous-préfet de Lagdo, Saïdou Bouba et la population de Ouro-Malloum. Le désamour entre les deux parties a commencé au lendemain de l’intronisation du chef dudit village. Le jeune Ngaïbi Abraham, 22 ans a succédé à son feu père Thomas Nguéléodi Thomas, décédé le 27 avril 2020. Le sous-préfet et les membres du lamidat de Garoua dont traditionnellement dépend cette localité, l’ont intronisé et enturbanné le 08 août 2020.

Le sous-préfet jouissant de son statut de chef de terre l’a présenté à la population venue nombreuse à cette cérémonie comme étant le chef dudit village. Deux jours plus tard, des voix se sont fait entendre dénonçant les manœuvres orchestrées par le sous-préfet pour déstabiliser le village. La population tous azimuts s’est mobilisée pour crier son ras-le-bol. Des actions ont été ont entreprise par la population auprès du chef de terre pour signifier leur opposition et leur détermination à ne pas cautionner la division de la chefferie de Ouro-Malloum. Une démarche qui n’a pas plu au sous-préfet.

Le 13 août dernier, des billets d’invitation à la cérémonie d’intronisation de Mahamat Voto à Mboulkou (Ouro-Malloum) du 16 août 2020 se sont mis à circuler. Chose qui a ravivé la colère de la population. Au petit matin du 16 août toute la population est donc allée se masser à l’entrée du village pour barrer la voie aux fauteurs de trouble. Le sous-préfet et la délégation du lamidat de Garoua qui voulaient entrer dans le village ont été retenus à la périphérie du village.

«Nous, population de Ouro-Malloum, ne sommes pas contre l’intronisation d’un chef du village Ouro-Mboulkou comme ils le disent quand bien même il est connu que Mboulkou n’est pas un village. C’est un quartier de Ouro-Malloum où nous faisons tous nos champs. Nous savons que le sous-préfet et le lamidat ont un plan inique pour nuire à la population. Nous ne pouvons pas le leur interdire, c’est vrai. Mais nous avons souhaité que cette cérémonie se passe à Mboulkou où il est chef comme ils le disent. Pourquoi organiser cette cérémonie à Ouro-Malloum.

La concession de Mahamat Voto est située à quelques mètres de la chefferie de Ouro-Malloum. Lui-même est habitant de Ouro-Malloum. C’est ce qui a poussé la population à leur barrer la voie à un carrefour sis à l’entrée du village dont une des routes conduit à Mboulkou. C’était à dessein que la population a choisi de s’y masser. La voie qui menait à Mboulkou n’avait pas été barrée. Donc, la population de Ouro-Malloum se bat pour l’intégrité de son territoire et la sérénité qui a jusqu’ici sous-tendu les rapports entre les habitants» explique Alhadji Daouda, habitant de OuroMalloum.

A l’image de Ouro-Malloum, plusieurs autres chefferies de l’arrondissement de Lagdo ont été divisées. Il faut relever qu’entre février et août 2020, le sous-préfet a procédé à une douzaine d’intronisations de chefs traditionnels de troisième degré. Le village Manawassi-Rabingha est scindé en quatre chefferies, Ouro-André en trois, Yagadi en deux, Djippordé-Lagdo en deux. Une situation qui crée un malaise généralisé dans tout l’arrondissement. «Ma petite famille et moi sommes à Mboukou depuis 26 ans. Nous sommes les premiers occupants voilà pourquoi j’ai été désigné djaouro dudit quartier. Je suis surpris aujourd’hui d’apprendre que Mboulkou est un village à part entier car dans la réalité en dehors de moi et de mes deux fils qui ont fondé leurs foyers ici, je ne vois pas une autre famille.

Sera-t-il le chef de ces trois familles ou le sous-préfet qui l’intronise lui trouvera lui un autre territoire. Donc qu’on cesse de jouer avec la population, Mboulkou n’est pas un village : c’est un quartier de Ouro-Malloum. Je vois ces gens cherchent à déposséder les paysans de Ouro-Malloum de leurs champs. Et je pense que l’administration joue avec le feu. Même s’il y a un arrêté préfectoral créant ces chefferies comme il le dit, il devait éclairer la lanterne de sa hiérarchie sur cette situation au lieu de viser ses intérêts. Un jour, nous serons tous appelés à rendre compte» a déclaré djaouro Alhadji-Iddi, chef du quartier Mboulkou. Le drapeau n’a pas été hissé. Et le sous-préfet a pris la poudre d’escampette pour sauver sa vie.

Courroucées, les populations de Ouro-Malloum n’entendent pas baisser les bras. Elles comptent saisir le ministre de l’administration territoriale dans les prochains jours. Une histoire qui est loin de connaître une fin.

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