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General News of Thursday, 30 April 2020

Source: camer

Survie Cameroun ou le crime imparfait

Le 31 mai 2019, le stade militaire de Yaoundé abritait la dernière opération de paiement par le gouvernement, de près de 11 835 Camerounais souscripteurs de la Mission d’intégration et de développement pour l’Afrique (Mida), une organisation qui promettait de changer la vie des Camerounais, mais qui s’est avérée plutôt un grossier montage d’escroquerie, avec plus d’une dizaine de milliers de victimes. Les responsables interpellés en avril 2018, ont été renvoyés devant le Tribunal de Grande instance du Mfoundi le 13 septembre 2019 au terme de l’information judiciaire, avec comme chefs d’accusation retenus contre eux, « escroquerie et blanchiment d’argent d’une somme évaluée à 12, 3 milliards Fcfa entre 2016 et 2018. » Les enquêtes ont par ailleurs révélé que cette organisation était opérationnelle sur le territoire camerounais depuis 2016.

Initialement installée au niveau de la chefferie traditionnelle du 3ème degré au quartier Essos, elle s’est par la suite déportée du côté d’Ahala, au lieu-dit ” Repos du Chef”, après avoir floué de nombreux adhérents. La Mission d’Intégration et de Développement pour l’Afrique (MIDA) proposait en effet aux jeunes Camerounais des formations, des recrutements et des financements pour leurs projets. Les promoteurs exigeaient une somme de 12.500 FCFA pour l’adhésion tout en promettant aux adhérents de leur rétrocéder 70.000 F CFA en moins d’un an. La supercherie semblait bien marcher, et en moins d’un an le nombre d’dhérents a connu une croissance exponentielle, grâce notamment à la technique de la pyramide. Les séances de formation étaient très courues, et les cérémonies de remise des diplômes étaient présidées par les autorités administratives, ce qui avait fini d’enlever tout doute dans la tête des sceptiques.

Le pot aux roses

Jusqu’au mois d’avril 2018, quand les souscripteurs ont commencé à se plaindre de n’avoir pas eu le gain retour promis. La grogne est montée peu à peu et s’est muée en revendication sociale. Les premières mesures gouvernementales ont été la mise sous scellé des locaux de l’organisation le 19 avril 2018 et l’interpellation des responsables. Après l’interdiction des activités de la Mida, le gouvernement avait annoncé avoir retrouvé un peu plus de 3,6 milliards en liquide dans ses locaux conservé dans des sacs, somme par ailleurs contestée par les responsables qui avançaient le montant de 12 milliards et accusaient les autorités d’avoir détourné une partie. Toujours est-il que le gouvernement avait « ouvert les yeux », on peut le dire ainsi, un peu tard, pour se rendre compte qu’une grosse opération d’arnaque des populations s’étaient installée sous son nez, au cœur de la capitale politique et avec la bénédiction des autorités administratives qui assistaient aux séances de comédies appelées formations et remises des diplômes.

Deux jours après la pose des scellées sur les portes de cette organisation, le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary informait l’opinion le 21 avril 2018 que le président de la république avait ordonné le remboursement des souscripteurs par le gouvernement. Dans son communiqué de presse intitulé « suspension d’activité d’une organisation clandestine dénommée Mida et engagement du gouvernement pour l’indemnisation des jeunes camerounais adhérents à la Mida », on pouvait lire « le gouvernement camerounais vient de mettre un terme aux activités de l’organisation dénommée mission d’intégration et de développement pour l’Afrique en abrégé Mida, …cette organisation présentées par des promoteurs mafieux sous plusieurs appellation usurpées…n’a aucune existence légale sur le territoire national. Elle est en réalité une entreprise monstrueuse d’escroquerie de grande envergure, dont l’objectif déclaré par les initiateurs, sur fond d’activités dolosives, clientélistes et d’opération de charme, est de faire miroiter à leurs victimes pour l’essentiel des jeunes camerounais des formations, des recrutement et des financement mirobolants pour leur projets. »



Curieuse compassion

Le 25 avril 2019, trois jours après cette annonce, le gouverneur de la région du Centre Naseri Paul Béa annonçait que le président Paul Biya avait été pris de compassion pour ses jeunes compatriotes victimes de cette arnaque, et avait octroyé la somme de 1 milliard pour les aider. Cette somme venait s’ajouter à celle de 4,9 milliards qu’on avait réussi é récupérer lors de la fermeture de l’association. L’audit commandé par le gouvernement avait fait état de la somme de 15 milliards. Le reste d’argent, près de 10 milliards de francs, devait être remboursé par les responsables de Mida, écroués à la prison de Kondengui. Par vagues différentes, les paiements ont été effectués, et finalement les souscripteurs ont pour récupérer 25% de leurs mises au terme de la dernière opération qui a eu lieu le 31 mai 2019. Le reste…

Deux poids deux mesures

Les questions qui se posent ici sont celles de savoir comment une opération pareille a pu être montée sous la barbe du gouvernement à Yaoundé, et fonctionner pendant deux ans avant que les mouvements d’humeur des victimes ne fassent éclater au grand jour la supercherie ? Et pourquoi le gouvernement a montré un tel empressement à rembourser les victimes, bien avant même que les enquêtes pour déterminer la destination des importantes sommes collectées ne soient closes ? Et cette promptitude du président Paul Biya à octroyer un milliard de francs pour participer au remboursement, à peine 5 jours après le déclenchement de cette scabreuse affaire, n’était-ce pas un aveu que le gouvernement avait été complice ?

Quand l’on voit l’acharnement avec lequel ce même gouvernement est aujourd’hui dressé contre les collectes publiques de fonds par Survie Cameroun lancée le 3 avril 2020, il y a lieu de se poser davantage de question. Le 27 avril 2020, le ministre de l’Administration territorial Paul Atanga a encore adressé une correspondance à deux opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun, leur demandant de procéder sans tarder à la clôture des comptes électroniques ouverts pour cette initiative, qu’il qualifiait d’association illégale car n’étant pas connue de son ministère, tutelle légale des associations. Si le même gouvernement avait mis autant d’énergie il y a 4 ans à surveiller les activités de la Mida, il est certain que des milliers de Camerounais n’auraient pas vu leurs épargnes voler en fumée, à moins que ce ne soit l’initiateur du projet Survie Cameroun …qui soit le problème.

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