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General News of Friday, 5 February 2021

Source: afp.com

Suicide imaginaire : annoncé pour mort, l’ingénieur Martin Kenfack brise le silence

Des publications cumulant plus de 1.700 partages depuis le 31 janvier prétendent montrer le suicide d’un ingénieur camerounais trompé par sa femme, à Sydney (Australie). C'est faux: la vidéo et les photos qui circulent sur Facebook ont été prises à Bakou, en Azerbaïdjan, et la victime est une femme, décédée après avoir sauté de l’avant dernier étage d’un immeuble fin janvier 2021.


Un corps chute du haut d'un immeuble. L'homme qui filme semble sous le choc et implore Jésus. La caméra suit la chute jusqu'au sol, tandis que des hurlements résonnent dans l'immeuble.


Cette vidéo et les captures d'écran qui en proviennent montrent le "suicide d'un Camerounais" à Sydney, en Australie, assurent les internautes qui partagent ces images. La victime, présentée comme un ingénieur du nom de Martin Kenfack, aurait mis fin à ses jours après avoir découvert que sa femme était "enceinte" de "jumeaux" nés d’une relation extra-conjugale, ajoutent-ils.

Ces images choquantes, accompagnées dans certains cas d'une photo censée montrer la victime, ont été partagées plus de 1.700 fois depuis le 31 janvier sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8…), suscitant plusieurs milliers de commentaires.
Pourtant, l’histoire que ces publications prétendent relayer est erronée: les images n'ont pas été tournées en Australie mais à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, fin janvier 2021.

Articles en azéri


Une recherche d'images inversée sur le moteur de recherches Google à partir d'une capture d'écran de la vidéo virale permet de retrouver plusieurs articles en azéri, la langue officielle de l'Azerbaïdjan, publiés par des médias locaux (1, 2, 3) ainsi que par une agence de presse nationale.


Selon cette agence, le drame a eu lieu le 24 janvier 2021, dans le quartier de Narimanov, situé dans le centre de la capitale azerbaïdjanaise. "Gurbanova Sevda Shikar, née en 1991, s'est jetée du 18e étage de l'immeuble où elle habitait", relate la dépêche.


Plusieurs publications Facebook en azéri ont également relayé cette information (1, 2, 3), qu’un journaliste de l'AFP basé à Bakou a vu circuler sur les réseaux sociaux fin janvier.


Sur la vidéo et les photos relayées par les internautes, quelques indices confirment par ailleurs que la scène ne s’est pas déroulée en Australie.
Premièrement, on aperçoit un drapeau azerbaïdjanais déployé le long d'un balcon.


De plus, la plaque d'immatriculation visible dans la vidéo (rectangle rouge) ne correspond à aucune des plaques des différentes provinces australiennes. En revanche, elle ressemble bien à celles de l'Azerbaïdjan.

Photo volée à un ingénieur franco-camerounais

L'image de l’homme présenté par certaines publications comme la victime de ce drame, quant à elle, a été détournée: il s'agit de la photo d’un ingénieur vivant à Montpellier, bel et bien appelé Martin Kenfack, mais n’ayant aucun lien avec ces événements.
En tapant le nom "Martin Kenfack" dans Google, on retrouve son profil sur le réseau social LinkedIn, où il utilise cette photo.

Contacté par l'AFP le 2 février, cet ingénieur explique qu'"à part la photo et le nom, il n'y a rien de vrai dans cette histoire". Il précise avoir appris l'existence de cette infox lorsque sa famille vivant au Cameroun l'a appelé "complètement paniquée", le 1er février.

S'il ne sait pas pourquoi sa photo s'est retrouvée dans ses publications, il suppute que son nom, "typiquement Bamiléké" (le plus grand groupe ethnique camerounais), a été choisi pour "faire parler les Camerounais" sur les réseaux sociaux.


En effet, dans les publications virales, l’épouse de la victime est présentée comme une certaine "Ngo Clémence": "un nom de l'ethnie Bassa", précise à l'AFP cet ingénieur né d'un père camerounais et d'une mère française.
"Le Cameroun est un pays où il y a énormément d'ethnies, et ça fait parler énormément: les gens se disent 'Ce n'est pas possible que ça arrive à un Bamiléké cette histoire…'", s'amuse cet ingénieur. Tout en précisant s'être inquiété de la viralité de ces publications.

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