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General News of Monday, 7 December 2020

Source: muntunews.com

Situation sécuritaire au Cameroun : le pays entre trois feux

Au Cameroun, la situation sécuritaire est alarmante. Elle se détériore. Les choses semblent bien être si graves, la détérioration si avancée qu’on est en droit de craindre le pire si rien n’est fait.

Entre une guerre civile dans l’ouest anglophone, des attaques terroristes dans le nord et l’insécurité permanente à l’Est, le pays se trouve pour ainsi dire entre trois feux.

Le danger aussi concret, aussi imminent, l’on est surpris de voir le pays maintenu en léthargie. Peu de camerounais sont instruits de l’ensemble des défis sécuritaires auxquels leur pays fait face.

I. La guerre civile dans les Régions d’expression anglaise.
II. Les attaques terroristes de la secte islamique Boko Haram dans le Nord du pays
III. L’insécurité dans la Région de l’Est

I. La guerre civile dans les deux Régions anglophones

Les difficultés dans les Régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont initialement basées sur des revendications essentiellement corporatistes des enseignants et des avocats.

En substance, la question de la marginalisation des ressortissants de ces deux régions constituait au début le fondement des revendications.

a) Les débuts dela crise

Ces deux corps de métier, et avec eux les populations, faisaient au gouvernement centrale le reproche de porter un projet d’assimilation de la minorité anglophone aux habitudes francophones de fonctionnement.

En omettant d’établir notamment la version anglaise de plusieurs textes juridiques importants, en imposant l’utilisation du français dans les tribunaux, à la police et dans d’autres lieux administratifs ; en envoyant des enseignants francophones enseigner la langue anglaise dans ces régions, et en prenant bien d’autres mesures similaires, le gouvernement, tel fut en gros le reproche, aurait bel et bien été dans une logique assimilationniste.

Ce qui pouvait encore être facilement contrôlé à travers des démarches d’apaisement des tensions, basculera très bientôt en conflit armé, et échappera totalement au contrôle du gouvernement.

b) La dégradation de la situation

L’autorité de l’État central désormais presque inexistante dans ces régions, les forces gouvernementales y mènent une guerre sans merci contre plusieurs groupes séparatistes plus ou moins indépendants et ne reculant, eux-aussi, devant aucune cruauté.

Une illustration du niveau de dégradation de la situation dans l’ensemble de la zone en guerre, fut donnée à travers le meurtre de plusieurs enfants dans le quartier nommé Ngarbuh, situé dans le village Ntumbaw (Commune de Ndo, Département du Donga-Mantung, Région du Nord-Ouest).

c) Des massacres dans les deux camps

Selon une publication de Human Right Watch, « 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte » auraient perdu la vie ce 14 février 2020, date des massacres.

Cinq maisons auraient été incendiées par les forces gouvernementales, de nombreux biens pillés, plusieurs habitants seraient passés à tabac, des cadavres de certaines des victimes auraient été « retrouvés carbonisés dans leur maison », peut-on entre autres lire dans cette publication de Human Right Watch.

Le rapport 2019 du « Departement of States » (Ministère américain des Affaires extérieures) sur la situation des droits de l’Homme au Cameroun reprend les accusations de l’ONG à l’endroit du gouvernement, mais relève aussi plusieurs meurtres commis par des séparatistes anglophones.

Ces derniers auraient, par exemple, littéralement « décapité et démembré Adam Assana, un gendarme, et éparpillé des parties de son corps sur la route. »

L’incident aurait eu lieu durant la nuit du 23 avril et au cours de la matinée du 24 à Muyuka, dans la région du Sud-Ouest.

II. Les attaques terroristes de la secte islamique Boko Haram dans le Nord du pays

Boko Haram est une secte islamique ayant sa base dans le Nord du Nigéria, mais sévissant aussi, même si de façon sporadique, dans les pays frontaliers, au Niger, au Tchad et, en effet, dans la Région de l’Extrême Nord du Cameroun.

On peut dire de façon globale que Boko Haram s’emploi à imposer l’application de la « Charia » dans l’ensemble de sa zone de contrôle.

Les membres de la secte sont hostiles à toute forme d’éducation moderne, et ne se privent pas d’employer les méthodes les plus cruelles et les plus barbares pour se faire entendre.

Musulmans comme non-musulmans, toute personne, tout village, toute localité refusant de se soumettre à la secte fait inéluctablement l’objet d’attaques terroristes.

En réalité, le problème est plus complexe qu’il n’est décrit ici ; et le saisir demanderait des développements plus approfondis.

Toutefois, cette brève caractérisation devrait être largement suffisante pour comprendre la nature du danger sécuritaire que représente Boko Haram pour le Cameroun.

a) Boko Haram au Cameroun

L’entrée en guerre de l’État du Cameroun contre les milices de Boko Haram fut fructueuse à bien des égards. Notamment les manœuvres militaires de l’unité d’élite de l’armée BIR (Bataillon d’Intervention Rapide) sur le terrain furent appréciées par plusieurs acteurs de la communauté internationale.

Ainsi mise en mal en territoire camerounais, la secte dut reculer et finalement se replier vers sa base nigériane.

Mais l’éclatement du conflit armé dans les régions anglophones en 2017 devait venir compliquer inutilement la donne.

N’étant pas disposé à dialoguer avec les leaders séparatistes, le gouvernement optera pour la répression et engagera l’armée et les unités d’élites, notamment le BIR, dans ce conflit interne.

Voyant dans les revendications anglophones un danger pour son pouvoir, et ne disposant pas de ressources humaines et financières illimitées, le président Biya concentrera les opérations militaires de son armée dans les deux Régions.

Mais il effectua ce changement au détriment de la lutte contre la secte islamique dans le Nord.

Cette nouvelle orientation du déploiement militaire sur le territoire aurait peut-être été considérée comme un acte libre, même si malheureux, de souveraineté, si son financement n’était pas aussi scandaleux.

En effet, une enquête du Magazine américain Foreign Policy revèle des faits de détournement de l’aide internationale au Cameroun.

Différentes financières et militaires, dédiées à la lutte contre Boko Haram au Cameroun, auraient été détournées par le gouvernement camerounais.

Ce dernier aurait utilisé ces aides extérieures pour financer la guerre dans les Régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays.

Mais la lutte anti-terroriste désormais négligée au Nord, les populations autant abandonnées à leur propre sors, la secte islamique regagne désormais du terrain. Elle a repris avec des attaques horribles dans la Région de l’Extrême-Nord.

b) L’attaque de Nguetchewe

Le dimanche 2 août 2020, des membres de la secte Boko Haram se seraient introduits furtivement dans le village Nguetchewe. Les habitants y dormaient encore.

Ils auraient lancé des grenades dans des cases d’habitation où plusieurs personnes étaient installées. L’explosion aurait couté la vie à environ 18 personnes, selon les chiffres des autorités locales.

c) Les attaques de Kouyape et de Talakachi

Une attaque similaire avait été signalé dans un camp de déplacés dans le canton de Kouyape. Kouyape se trouve par ailleurs à proximité de la frontière Cameroun-Nigéria.

Au moins une personne aurait été tuée et trois autres blessées, dans la localité de Talakachi.

III. L’insécurité dans la Région de l’Est

Le renversement de l’ex-président de la République Centrafricaine, François Bozizé, a fait basculer le pays dans l’instabilité politique.

Depuis cet événement tragique, des hommes armés écument plusieurs localités de la région de l’Est du Cameroun. Ils y perpétrent des enlèvements pour ensuite demander des rançons.

a) Les attaques de Yoko-Siré et de Béthanie (2013)

L’OCHA signale l’enlèvement d’au moins 9 civils en septembre 2013 par des rebelles du FDPC (Front Démocratique du Peuple Centrafricain).

L’enlèvement serait survenu à Béthanie, non loin de la ville de Garoua-Boulaï (Région de L’Est).

En mai de la même année, un groupe de combattants centrafricains aurait enlevé 18 passagers dans un bus de transport public à Yoko-Siré, à 8 km de Garoua-Boulaï.

b) L’attaque de Gbiti (2013)

Dans une de ses publications faisant cas de la situation sécuritaire au Cameroun, le Institut for Security Studies évoquait en 2013 que le 16 novembre de la même année, des hommes armés non identifiés de la République Centrafricaine auraient « attaqué un poste de frontière camerounais à Gbiti [Commune de Kette, Département de la Kadei, ndlr]. » Sept personnes auraient perdu la vie.

c) L’attaque de Koya (2017)

Le journal camerounais investir au Cameroun signalait en 2017 des enlèvements à la frontière Cameroun-RCA.

Le 23 septembre 2017 en soirée, des hommes armés auraient effectué « une incursion en territoire camerounais. »

Ils auraient enlevé au passage sept personnes dans le village de Koya (Commune de Kette, Région de l’Est).

d) L’axe routier Douala-Bangui paralysé (2019)

L’agence de presse turque Anadolu annonçait en 2019 le blocage pendant plusieurs jours de l’axe routier Douala-Bangui. Des rebelles centrafricains auraient été à l’origine de ce blocage au niveau de Garoua-Boulai.

« Les camions vides en provenance de Bangui sont bloqués à Beloko en République centrafricaine (RCA) et ceux chargés de marchandises en provenance de Douala, avec des denrées alimentaires, sont garés à Garoua-Boulaï (est du Cameroun), car des rebelles ont érigé des barrières à Beloko, juste à côté de Garoua-Boulaï », avait rapporté ladite agence citant le gouverneur de la région de l’Est, Grégoire Mvongo.

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