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General News of Monday, 27 April 2020

Source: cameroonintelligencereport.com

Serail: voici comment Paul Biya a semé le trouble au sein de l'opposition

La rencontre que le président Paul Biya a accordée à l'ambassadeur de France au Cameroun jeudi dernier continue de captiver l'attention des opposants au régime de Yaoundé, qui contestent qu'elle ait jamais eu lieu. Alimenté par les rumeurs et les théories du complot, le pays est pris dans un thriller politique alors qu'une crise sanitaire se profile à l'horizon.

La rencontre entre Paul Biya et l'ambassadeur de France au Cameroun Christophe Guilhou devait répondre aux questions sur l'état de santé du président camerounais et aux rumeurs discrètes, certains affirmant même qu'il était mort. Cependant, la réapparition au petit écran du résident du Palais Etoudi, qui n'avait pas été vu en public depuis le 11 mars, alors que le Cameroun ne comptait que deux cas de COVID-19, n'a guère rassuré les sceptiques.

Néanmoins, l'ambassadeur Guilhou a déclaré que sa rencontre du jeudi 14 avril s'est faite avec un Biya "toujours en alerte".

"Nous avons eu une très longue discussion", a-t-il ajouté dans une brève déclaration après avoir quitté le palais présidentiel, au cours de laquelle il a également évoqué les questions relatives à la coopération franco-camerounaise, au centre de son entretien avec Biya.

Ultimatums et rumeurs persistantes

Mercredi, la veille de la réunion, Maurice Kamto, une personnalité qui a condamné le silence du président à plusieurs reprises, a provoqué un tollé médiatique lorsqu'il a annoncé qu'il avait demandé à l'Assemblée nationale de "constater la vacance du poste de président".

Cette décision a été le point culminant d'une série d'ultimatums déclarés par le dissident du chef de l'Etat camerounais dont "l'absence prolongée et inexpliquée" a été qualifiée d'"inacceptable" par le chef du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

Malgré la réapparition de Biya (il est à noter qu'il n'a toujours pas parlé de la pandémie COVID-19 au Cameroun), les rumeurs continuent de secouer l'opinion publique. Les images de la réunion n'ont pas dissipé les doutes des plus ardents sceptiques. Sur les médias sociaux, certains s'empressent de qualifier la vidéo de "fausse".

Franklin Nyamsi, un professeur camerounais basé en France, affirme même que le service de communication de l'ambassade de France à Yaoundé - qu'il affirme avoir contacté - "n'avait pas connaissance d'une telle rencontre" et que Guilhou "s'est probablement rendu à la réunion sans en informer son propre service".

Depuis lors, Nyamsi a lancé une pétition demandant le départ de l'ambassadeur français au Cameroun pour "ingérence grave et manipulation flagrante de l'opinion publique".

À ce jour, 9 700 personnes ont signé la pétition. Cependant, une source au sein de l'ambassade de France nie que Nyamsi ait jamais tenté de contacter l'ambassade.

Changement de position

Ces derniers jours, un revirement de situation s'est produit. Les mêmes groupes d'opposition qui avaient jadis loué les propos d'Emmanuel Macron sur la crise sociopolitique du Cameroun lors d'une vidéo enregistrée en marge de sa participation au Salon de l'agriculture de Paris, critiquent aujourd'hui la position de la France.

D'autre part, le parti au pouvoir à Yaoundé, qui s'était fait entendre après les commentaires du président français, défend maintenant Paris, comme le prétend son ambassadeur, avec un assaut de critiques sur la réunion.

"Les propos offensants et le comportement inepte de certains camarades ne doivent en aucun cas décourager nos amis", a déclaré Grégoire Owona, secrétaire général du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).


Au vu de la controverse, M. Guilhou a abordé le sujet dimanche lors d'une émission politique diffusée à la télévision nationale. Lors de l'interview, l'ambassadeur français a pris soin de minimiser ses positions, notamment en ce qui concerne la "vigilance" du président camerounais.

"Les médias m'ont demandé comment était le président Biya et j'ai répondu qu'il était le même que lors des réunions précédentes", a-t-il déclaré, sans donner plus de détails sur la question.

Les sceptiques ne sont toujours pas convaincus.

"Nous sommes inquiets que Guilhou se soit embarqué dans une farce de malade", a déclaré Christian Penda Ekoka, un économiste proche de Kamto.

Alors que le Cameroun a franchi le seuil des 1 000 patients atteints de COVID-19, la crise sanitaire en cours dans ce pays d'Afrique subsaharienne qui se classe au deuxième rang pour le nombre d'infections semble encore passer au second plan, derrière les interminables combats politiques qui se déroulent sur la scène publique.

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