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General News of Sunday, 4 October 2020

Source: jeuneafrique.com

Sequestration à domicile: Maurice Kamto prépare sa défense [JEUNE AFRIQUE]

En résidence surveillée depuis le 20 septembre, le leader du MRC est soupçonné d’être « porteur d’un projet insurrectionnel pour renverser les institutions ».

Placé de fait en résidence surveillée, puisque les forces de sécurité encerclent son domicile de Yaoundé depuis le 20 septembre dernier, Maurice Kamto n’est plus apparu en public depuis cette date et n’a donc pas pris part à la grande manifestation à laquelle son parti avait appelé, le 22 septembre.


Rumeurs d’arrestation
Neuf membres de son collectif d’avocats ont néanmoins pu le rencontrer, le 28 septembre. L’occasion de préparer la défense du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) alors que, depuis plusieurs jours, tout le pays bruissait de rumeurs d’une arrestation imminente de l’opposant, ainsi que de celle de ses nombreux sympathisants, qui ont effectivement été arrêtés le 22 septembre.


Maurice Kamto n’a pour l’instant pas été formellement inculpé mais, le 27 septembre, le patron de la police camerounaise, Martin Mbarga Nguele, et son homologue de la gendarmerie, Galax Yves Etoga, ont convoqué l’ancien bâtonnier Hyppolyte Meli, le président du collectif d’avocats qui assure sa défense.


Au cours de cette entrevue, à laquelle a également pris part Me Emmanuel Simh, vice-président du MRC, les deux officiels ont affirmé que Maurice Kamto était, selon eux, « porteur d’un projet insurrectionnel pour renverser les institutions » et qu’il lui était par conséquent « interdit de sortir de sa résidence jusqu’à nouvel avis ».

À les en croire, les membres de sa famille et les autres personnes hébergées sur place ne seraient pas concernés par cette décision. Pourtant, le seul agent de sécurité privée qui gardait les lieux a été interpellé, le samedi 26 septembre, et entendu au commissariat central numéro un.


« Activités attentatoires à la paix »
Selon nos informations, les patrons de la police et de la gendarmerie n’ont présenté aucun document officiel justifiant la mise en résidence surveillée de Maurice Kamto. Leurs propos viennent cependant appuyer les déclarations du porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, qui a annoncé par voie de communiqué que la « situation du leader du MRC faisait l’objet d’un examen attentif des instances judiciaires compétentes ». Le même texte accusait aussi le MRC de « s’illustrer négativement par des activités attentatoires à la paix », et précisait que les militants ayant pris part aux manifestations du 22 septembre « répondront de leurs actes devant la justice ».

Ces déclarations ont immédiatement mis en branle le dispositif de défense de l’opposant et des quelque 400 personnes interpellées à travers le pays à la suite des marches du 22 septembre.


Mais la tâche est ardue, tant les procédures ouvertes à l’encontre sont diverses. Les avocats révèlent notamment qu’en dehors des personnes interpellées à Douala et à Baham (Ouest), qui ont été placées sous le coup d’une garde à vue administrative de quinze jours, le statut juridique sous lequel les autres manifestants demeurent détenus leur est inconnu.

Dans la ville de Dschang, des manifestants ont été libérés sous caution et comparaîtront libres devant le tribunal militaire. Les charges retenues contre eux – « tentative d’insurrection », « hostilité contre la patrie » et « rébellion », entre autres – devraient vraisemblablement être élargies à d’autres manifestants, et notamment au porte-parole de Maurice Kamto, Olivier Bibou Nissack, ainsi qu’au trésorier du MRC, Alain Fogue. Tous deux sont détenus au secrétariat d’État de la défense et leurs dossiers ont été transmis au tribunal militaire de Yaoundé.


Une stratégie de défense en trois étapes
Face à la justice, la défense du MRC envisage une stratégie en trois étapes. Outre l’assistance juridique aux personnes incarcérées, les avocats se réservent le droit de poursuivre localement les autorités camerounaises, qu’elles accusent d’avoir violé les droits de leurs clients en pratiquant notamment « l’auto-incrimination » – cette pratique, qui consiste à se servir des déclarations des gens gardés à vue pour monter un dossier contre eux, est prohibée par le code pénal camerounais.


Au plan international enfin, mandat à été donné à l’avocat canadien spécialisé dans les droits humains Robert Amsterdam d’engager des poursuites devant diverses institutions internationales. Ce dernier disposerait déjà d’un calendrier d’actions judiciaires à déployer pour tenter d’obtenir des sanctions ciblées contre certains membres de l’administration camerounaise.


Au-delà de la bataille juridique qui s’annonce, Maurice Kamto maintient que la crise politique qui se dessine ne pourra trouver une solution durable qu’à travers le dialogue. Dans une interview accordé à plusieurs médias locaux, le leader du MRC se dit toujours disposé à rencontrer le président Paul Biya.

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