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General News of Wednesday, 27 May 2020

Source: 24cameroun.com

Santé de Biya: Mamadou Mota ne cache plus sa crainte

Depuis sa cellule à la prison de Kondengui à Yaoundé, Mamadou Mota s’interroge aussi sur l’état de santé du chef de l’État Paul Biya.
Dans un entretien accordé au magazine panafricain, le premier vice-président du Mrc trouve justifié le débat autour de la santé de Paul Biya.

Pour le responsable du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, il y a nécessité de s’interroger sur les capacités du chef de l’État. Car, soutient Mamadou Mota, quand on peine à gravir les marches d’un escalier, on ne peut pas faire face aux nombreux défis qui attendent le Cameroun.

« Compte tenu de son âge, je pense que le débat sur la santé du chef de l’État est justifié. Comment un homme qui peine à gravir les marches d’un escalier peut-il diriger un pays qui doit lutter contre Boko Haram dans son septentrion, tout en faisant face à des velléités sécessionnistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Comment Paul Biya pourrait-il relever le défi de la lutte contre la pandémie du Covid-19 malgré un système de santé défaillant ? C’est pourtant indispensable, tout comme il nous faut moderniser notre administration, réduire le chômage des jeunes, lutter contre le choléra et le paludisme », a indiqué Mamadou Mota.

Dans l’entretien, Mamadou Mota a aussi abordé les divergences actuelles dans sa formation politique. Il invoque la démocratie pour dire que chacun donne son point de vue au sein du Mrc.



Jeune Afrique : Voilà bientôt un an que vous êtes incarcéré à la prison prison centrale de Kondengui. Comment vivez-vous cette détention ?

Ce qui m'importe le plus n'est ni ma santé physique ou morale, ni ma détention injustifiée dans cet endroit moribond. Ce qui m'importe, c'est la situation actuelle de mes compatriotes emprisonnés dans ce vaste géhenne, sans perspective d’avenir, où la maladie, la faim et le désespoir sont le quotidien de ceux qui étaient pourtant prédisposés à des vies meilleures. Voià ma vraie prison.

Physiquement et moralement, je vais bien. J'ai intégré l'emprisonnement comme un passage dans ma lutte pacifique pour la démocratisation du Cameroun. Tout comme j’ai intégré le risque de torture et même l'élimination physique. J'ai d'ailleurs frôlé le pire en juillet dernier. J’ai été battu, recevant des coups à la nuque de gendarmes entraînés ayant une volonté manifeste de me tuer. Ils y sont d'ailleurs presque parvenu. Je n’ai eu la vie sauve que par extraordinaire.

En juillet dernier, des détenus ont déclenché une émeute au sein de la prison, pour dénoncer leurs conditions de détention. Vous avez été condamné à deux ans d’emprisonnement pour votre implication dans celle-ci. La situation a-t-elle évolué depuis ?

La situation n'a jamais changée. La gestion de nos administrations reposent malheureusement sur des incompétents à qui l'on attribue des postes par affinité politique ou clanique. Pour le cas d’espèce, cette manifestation, initiée par les prisonniers de la crise anglophone, avait été déclarée à l'administration pénitentiaire d'alors. Ils l’ont juste ignoré, préférant se servir des bandits des quartiers les plus dangereux pour corriger les détenus anglophones.

Mal leur en a pris : une fois ces bandits dans la cour de la prison, ils se sont livrés à d'autres exactions, évitant les détenus anglophones qu’ils considèrent comme leurs frères. Le bilan est connu de tous : bibliothèque et atelier de couture saccagés, des prisonniers de luxes blessés.

Aujourd’hui, la gestion de la pandémie du Covid-19 montre que les autorités judiciaires de ce pays n’ont pas retenu la leçon. Elles nient la présence de la maladie au sein du pénitencier mais administrent, sans aucun test préalable, de la chloroquine et de l'azitromycine à tous les prisonniers. Alors que plusieurs décès attribués à cette maladie ont été enregistrés, une centaine de nouveaux détenus arrive chaque semaine. Dans quelques mois, on aura achevé de remplacer le millier de personnes libérées dans le cadre des remises de peine.

Votre parti a refusé de prendre part aux élections locales, bloquant ainsi ses chances de faire bouger les lignes au parlement ou dans les mairies. Avez-vous été consulté avant que cette décision ne soit prise ?

Déjà, mon parti n'est pas allé aux élections en raison d'un passif encore à solder. Nous n'allons pas indéfiniment conforter et légitimer des fraudes électorales honteuses commises à travers un système électoral aux mains des préfets et sous préfets acquis au régime.

Le refus de mon parti d'aller aux élections est une décision du conseil politique qui a eu l'aval du directoire national. Le MRC mène toujours des consultations avant de prendre une décision importante, et nous n'avons rien à cacher ni à nos militants ni au reste du peuple camerounais. La politique du MRC se fait à la lumière.

Au sein de votre formation politique, un débat fait rage sur l’opportunité de poursuivre l’opération « Non au hold up électoral », qui visait à contester le résultat de la dernière présidentielle. Quelle est votre position sur le sujet ?

Ma position est sans équivoque, je soutiens sans réserve le "non au hold-up électoral". D’ailleurs je ne pense pas qu'il y ait débat. Une de nos amies politiques, pour qui j’ai beaucoup de considération, a donné son point de vue (Michelle Ndoki, qui a plaidé récemment pour que cette stratégie soit “remplacé par ce qui peut servir à rendre l’alternance démocratique effective. Un seul mot : rassembler », NDLR). Nous sommes en démocratie.

Ceux qui veulent voir le MRC éclater sur la base de divergences d'idées se trompent gravement sur la maturité de ce mouvement populaire. Le directoire du MRC est, avec l'assemblée générale, la seule instance à pouvoir mettre un terme à ce pilier du mouvement de résistance.

Nous en sommes à la troisième phase, et notre porte étendard est le Pr Maurice Kamto. Si des gens veulent faire des propositions, le parti dispose de mécanismes et de canaux qui permettent aux membres d'exprimer leurs désaccords. Les opinions que les uns et les autres expriment relèvent de ce que l’on pourrait qualifier de brainstorming, qui débouchera, ou pas, sur un débat sur la pertinence de maintenir la stratégie actuelle.

Certains critiquent cette stratégie du « Non au hold up électoral », la qualifiant d’exluante. C’est notamment le cas de d’Edith Kah Walla, la présidente du Cameroon people's party (CPP). Que lui répondez-vous ?

Quand on est sérieux, une divergence de vue sur un point ne peut pas empêcher une union sacrée autour d'un combat qui libérera le peuple camerounais. Certains acteurs politiques s'accrochent malheureusement à des détails pour justifier leur défection, alors que l’essentiel est ailleurs. Ce sont ces mêmes acteurs qui n’ont pas été en mesure de donner une consigne de vote en notre faveur, alors que leurs formations politiques ne prenaient pas part à la présidentielle.

Parlions-nous de hold up électoral à cette époque ? Non. Demain, nous rendrons des comptes au peuple. Le temps nous dira qui était dans quel camp.

Quel regard portez-vous sur le débat autour de l’état de santé de Paul Biya ?

Je suis ulcéré par ceux qui souhaite la mort de Paul Biya, et qui se réjouissent de sa condition physique, inhérente à tout homme de son âge. Mais je pense que le débat sur l'état de santé de Paul Biya a raison d'être. Nous ne pouvons pas laisser au pouvoir un monsieur du troisième âge, qui peine à affronter les marches d'un escalier, alors que nous faisons face à Boko-Haram au Nord, à la sécession au Nord-Ouest et Sud-Ouest, avec son cortège de morts, de destruction de l'économie et des infrastructures. Nos défis, c’est de mettre fin à la pandémie du Covid-19 malgré un système de santé défaillant, de moderniser notre administration, de réduire le chômage chez les jeunes. C'est la lutte contre le choléra, le paludisme, c'est le changement climatique et ses implications sur l'agriculture et la santé, c'est l'adaptation à la mondialisation.…”

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