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General News of Thursday, 8 October 2020

Source: Signatures n°147

Sérail: Maurice Kamto, un électron libre qui coûte cher au régime Biya

Bien que le dirigeant du Mrc, Maurice Kamto, ait fait l’objet de nombreuses critiques ces derniers temps, il mérite un certain crédit pour être venu de nulle part pour renverser le Sdf de John Fru Ndi de la position de longue date du principal parti d’opposition camerounais.
Cependant, c’est peut-être cette position de force qui a conduit Kamto à prendre de gros risques politiques, parmi lesquels la récente marche de protestation qu’il a organisée avec l’intention de forcer le président Paul Biya à quitter le pouvoir. De toute évidence, il comptait sur le soutien populaire et celui d’autres partis d’opposition. En fin de compte, Biya n’a pas quitté le pouvoir et le Mrc de Kamto à l’apparence des choses, est devenu encore plus faible qu’auparavant. En fait, la rumeur circule à Yaoundé selon laquelle le gouvernement envisage d’interdire le Mrc et d’arrêter Kamto pour avoir volontairement incité le public à l’insurrection contre l’État.

La distanciation des autres partis
Dans un papier titré «Manifestations du 22 septembre 2020: les raisons de l’échec de Maurice Kamto», Opéra Nouvelle critique le leader du Mrc: «Au Cameroun, la manifestation pacifique annoncée par l’opposant Maurice Kamto a été un échec au vu de la faible mobilisation. Dans la ville de Yaoundé par exemple, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Ce qui est loin de surprendre le président du parti d’opposition Mpdr (Mouvement pour le dialogue et la réconciliation), Shanda Tonme qui dit «Je n’avais pas imaginé que les gens peuvent arriver à ces extrémités de langage.

On ne sait plus ce qu’ils veulent Tantôt c’est la guerre au Nord-Ouest et au Sud-ouest, tantôt c’est le code électoral, et le président (Paul Biya) qui doit partir.Tantôt il ne faut pas que les régionales se tiennent; et ensuite ils ont commencé à parler d’appel à l’insurrection. Vraiment, dans n’importe quel pays du monde, ce parti aurait été interdit et ses dirigeants arrêtés».



Le leader du Peuple Uni pour la Rénovation Social (Purs), Serge Espoir Matomba, lui-même comme Kamto, malheureux candidat aux dernières présidentielles de 2018, n’a pas participé à la marche de celui-ci. Loin de là, au lendemain de la marche, il l’a fustigée et prodigué des conseils: «Les récents événements politiques de ces jours dans notre pays nous enseignent que le peuple pour lequel on prétend lutter doit se manifester en nous.

La légitimité ne s’autopro-clame pas mois se construit, se constate et se vit dans la réalité. Les approches de conquête du pouvoir sont par conséquent fonction du contexte et ne sauraient correspondre à de pâles copies des expériences même à succès d’ailleurs (…) La crédibilité évite l’imposture et enseigne que contrairement à la croyance qui consiste à penser que ce dernier serait dupe, il sait clairement distinguer un engagement sincère pour ses préoccupations et une escroquerie, voire même une surenchère (…) Si le politique est global à la fin des insurrections populaires la plupart des soulèvements observés ces derniers temps sont le fait d’une spontanéité. Nous devons dès lors en tant qu’acteurs politiques, avoir l’humilité d’écouter la voix de nos peuples afin de comprendre le chemin qu’ils souhaitent emprunter».



Le leader de la société civile Mboua Massock dit avoir décliné une invitation de la part de Maurice Kamto pour se joindre à lui : «Le Mrc c’est une croissance de la pensée unique. En général, lorsque je vois un nouvel arrivé dans l’opposition, je lui pose trois questions : D’où il vient, ce qu’il veuL et pourquoi maintenant?» Mboua Massock qui avait été l’instigateur des «villes mortes» initiées à Douala dans les années 90 par l’opposition explique : «Le secrétaire de ce parti m’avait approché lors de la dernière présidentielle, afin que je rejoigne leurs rangs. Mais j’ai rejeté leur offre. Nous sommes dans la lutte depuis 30 ans et nous avons acquis une certaine expérience en la matière. Quelqu’un qui a pissé sur lui juste parce que la police l’a arrêté, ne peut pas conduire une révolution qui mène au changement»



Peu avant le jour de la marche de protestation, la rumeur disait que le président du Sdf, Ni John Fru Ndi, avait refusé une invitation de son homologue du Mrc, Maurice Kamto, à y participer. Cependant, le Sdf a publié une déclaration niant qu’une telle chose se soit produite. Le communiqué disait- «Ces allégations sont totalement infondées. Il s’agit d’une intox venant des officines odieuses qui polluent en ce moment sur le champ politique camerounais pour des raisons évidentes. S’agissant du Mrc et son leader, le Chairman Ni John Fru Ndi a tout simplement confirmé que le leader du Mrc lui a effectivement envoyé une correspondance et que par la suite, il a été contacté au téléphone par le leader du Mrc.Au cours de cet entretien téléphonique, le président lui a fait partie de ce que n’étant pas sur place au Cameroun, il a instruit des hauts responsables du parti sur le terrain de poursuivre les discussions».


Une fleur parmi les épines
Dans le sens où la région du Nord-Ouest a traditionnellement été un bastion du parti d’opposition du Sdf et qu’en raison des récents gains y réalisés par le Rdpc, parti au pouvoir, on ne s’attendrait normalement pas à grand-chose pour le parti Mrc de Kamto. Mais tel n’est pas le cas. Kamto y bénéficie d’un certain soutien dans la région. La preuve : un site de médias sociaux pro-ambazonien a ainsi dressé le profil d’une dirigeante kamto de la région: «Le chef de file du Takumbeng du Mrc que vous avez vu parler est une fille Bamenda de Mbengwi. Elle est de la tribu Metta et son nom est Awosum Mispa. Elle est la présidente du Mrc dans l’ensemble de la zone nord (région du Nord-Ouest), une ardente incarnation de la haine contre notre révolution (séparatiste d’Ambazonle). Elle croit au Cameroun un et indivisible».

Cette illustration est significative car elle montre que l’opposition à Kamto n’est ni tranchée ni symétrique, puisque Awasum Mispa est originaire de l’une des deux régions anglophones qui veulent se. détacher du reste du Cameroun pour créer la république non encore reconnue d’Ambazonie. Mais par contre, Kamto se bat plutôt pour diriger un Cameroun uni et indivisible. Ainsi, on peut voir en Awasum Mispa, une alliée en territoire ennemi pour Kamto.

L’ennemi avec une face cachée
Il y a une faction d’opposants de Kamto qui a cherché à utiliser son annonce de la «marche pacifique» du 20 septembre 2020 comme un moyen de forcer Paul Biya à abandonner le pouvoir, pour promouvoir son propre agenda politique. Il s’agit de certains séparatistes ambazoniens. L’un d’eux a exhorté ses camarades :«Ne vous y trompez pas. Le combat Kamto-Biya concerne directement l’Ambazonie et les Ambazoniens. Au lieu de voir comment nous pourrions profiter du combat entre les deux hommes afin de chercher à gagner du terrain dans notre combat à nous, nous sommes occupés à dire qu’il faut attendre et voir et que cela ne nous concerne pas.

Rappelez-vous que nous avons parlé du succès de nos campagnes de financement C’est une opportunité parfaite où nous aurions pu utiliser les ressources pour armer nos combattants sur le terrain. Si ceux qui nous encadrent étaient expérimentés et intelligents, ils auraient dû étudier les faiblesses de nos adversaires puis les capitaliser (…) Dès que Kamto a déclaré son intention, nous aurions dû comprendre que c’était l’une des plus grandes opportunités qui nous soit offerte depuis que nous avons commencé cette lutte. Comment? La raison en est que Yaoundé mènerait une guerre sur trois fronts: Boko Haram dans le Nord, la guerre civile contre l’un de ses propres rebelles (Kamto), et nous l’Ambazonie. Par conséquent plus de ressources seraient détournées et investies contre Kamto par Biya parce que c’est le front le plus important».

Des malheurs en cascade
Une autre raison pour laquelle le Mrc est un parti isolé est que, bien qu’il soit apparu comme le premier parti d’opposition à la suite de l’élection présidentielle de 2018, le parti a néanmoins boycotté les dernières élections municipales et législatives et par conséquent n’a pas un seul membre élu dans aucune de ces deux instances politiques. Pire encore, le Mrc a annoncé qu’il ne participerait pas aux élections régionales prévues en décembre de cette année. Ainsi, non seulement cette politique d’isolationnisme va coûter au Mrc sa position convoitée de principal parti d’opposition du pays, mais elle court le risque de transformer le parti en un simple parti d’opposition boiteux. De cette manière, le parti une malédiction en soi.

Si Kamto espérait qu’en annonçant la marche de protestation pour chasser Paul Biya du pouvoir, il serait massivement soutenu non seulement par une forte participation publique mais aussi par de nombreux partis d’opposition, son plan a échoué. Pire encore pour lui, ce résultat est encore affaibli par le fait qu’en boycottant les dernières élections législatives et municipales et privant ainsi son parti de tout élu public; et de plus en prévoyant toujours de boycotter les élections régionales de décembre 2020, le résultat final pour Kamto pourrait très bien être qu’il a jeté le bébé avec l’eau du bain.

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