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Actualités of Wednesday, 1 September 2021

Source: Renouveau infos Plus N° 046

Rodéo judiciaire: Mebe Ngo’o victime de la versatilité du pouvoir

Alain Mebe Ngo’o Alain Mebe Ngo’o

Paria pour certains et martyr pour les autres, les dessous de l’affaire Mebe Ngo’o laissent perplexe l’opinion face à certaines péripéties qui ont jonché cette procédure judiciaire enclenchée par le Tcs contre un citoyen camerounais protégé par la présomption d’innocence.

Pourtant lors du tout premier conseil ministériel relatif au remaniement du 08 Décembre 2004, le Président de la République Paul Biya après avoir qualifié Abah Abah Polycarpe de l’homme de la situation, ne manque d’éloges envers Edgar Alain Mebe Ngo’o récemment promu au poste de Délégué Général de la Sureté Nationale (DGSN). Il est incontestablement admis qu’autres fois propulsé sur les sentiers de la gloire par les coups de pouce à répétition serrée de Paul Biya, mais paradoxalement la même personne, une victime résignée est, fustigée, conspuée et flagellée par une bonne tranche de la population camerounaise et jetée à la prison de Kondengui depuis le 06 Mars 2019. Il sera placé sous mandat de dépôt aussitôt interpellé par le Tribunal Criminel Spécial (TCS), une juridiction aux ordres du chef de l’Etat, à la stupéfaction générale. Cette juridiction créée prétendument pour traquer des braqueurs des caisses de l’Etat se révèle aujourd’hui comme un puissant engin de règlement des comptes politiques au service du régime de Yaoundé.

Entre contradiction et versatilité évanescentes, le procès Mebe Ngo’o est tout ce qu’il y au-delà de l’arbitraire. Tout le monde fut sidéré, révolté et indigné des conditions de son arrestation qui s’assimilent étrangement à une prise d’otage, mieux à un coup d’Etat. Puisque cette mise en scène d’une rare flagrance était de notoriété publique devant l’opinion nationale et internationale. Une chaîne de télévision à réaliser un reportage, repris dans la presse et abondamment relayé sur les réseaux sociaux. Depuis cette date, le couple Mebe Ngo’o est déjà condamné. Mieux avant l’enquête préliminaire. Le Tcs devrait pouvoir faire son mea culpa, son propre procès, plutôt que d’infliger du discrédit procédural au Cameroun. Alors que c’est un pays qui se bombe le torse à tort ou à raison d’être un Etat de droit en quête des investisseurs pour son émergence.

Flagrance à outrance de violation de la loi

« Nous avons été assignés à résidence surveillée par un impressionnant dispositif de sécurité. 70 éléments de sécurité équipés de 4x4 de combat, d’armes lourdes. Des armes de guerre. Quand je parle d’armes de guerre je sais de quoi je parle », a plaidé la victime. Alors qu’il a toujours été et demeure respectueux des institutions de la République. Et d’ajouter ceci : « Ce diapositif de sécurité a été installé dans tout le périmètre du domicile. Ce que je veux mettre en exergue, c’est l’atteinte inadmissible du sacrosaint principe de la présomption d’innocence ». En avait-on nécessairement besoin pour si peu avec ce surdimensionnement de l’arsenal de guerre pour mettre la main sur un couple sans défense et sans résistance?

Panique

Toute chose qui révèlerait qu’Edgar Alain Mebe Ngo’o et son épouse à eux seuls peuvent réussir à faire paniquer tout un Etat comme le Cameroun. C’est incroyable!... Voudrait-on nous faire admettre que le Cameroun a atteint ce niveau de vulnérabilité où deux individus à capturer forcent un déploiement exceptionnel d’hommes et d’équipement de guerre ? Certes il est communément admis que ce produit de la prestigieuse Enam d’antan, a toujours été aux avant-postes et à la hauteur des attentes, avec une police totalement redéployée et relookée.

De ses faits d’arme dans sa posture de Directeur du Cabinet Civil de la Présidence de la République (Dcc), du poste ultra stratégique, à ses états de service au Ministère de la Défense où il fut Ministre, il est démontré preuve à l’appui qu’il a une parfaite connaissance des dossiers top secret à lui confié par le Chef de l’Etat. D’où vient-il donc aujourd’hui que le pauvre qui hier encore faisait office tantôt de doublure, tantôt de puissant bouclier du Président de la République soit en même temps présenté au peuple comme l’homme à abattre ? Si oui, un Etat sérieux, par rapport aux détournements de fonds publics qui lui sont reprochés, laisserait-il autant de milliards de FCFA partir en fumée avec une rare avidité sans que des mesures soient prises pour arrêter l’hémorragie ? Autant de questions et bien d’autres qui embarrassent l’Etat dans un procès qu’il aurait d’ailleurs pu ou dû éviter.

Tentatives d’assassinat

« Pour ma part, j’ai échappé à deux tentatives d’assassinat. Je sais de quoi je parle. La première fois, c’était lors des émeutes en prison en Juillet 2019. La deuxième fois, le 4 Février 2021. Si j’ai échappé à la mort, c’est par la volonté indépendante de mes assaillants. Les infractions qui me sont reprochées sont supposées avoir été commises du temps où j’exerçais les fonctions de Ministre Délégué à la Présidence en charge de la Défense. Je ne vous apprends rien en disant que la majorité des activités de cette administration, de ce département ministériel ; sont protégées par le secret défense », a précisé le mis en cause à la collégialité du Tcs.

Insécurité judiciaire et acharnement


Ce secret défense concerne selon la même source les informations, les renseignements, procédés à caractère militaires, d’origine gouvernementale, diplomatique dont la divulgation auprès des personnes non autorisées peut nuire, hypothéquer et remettre en cause la Défense Nationale. « Naturellement, je ne suis plus Ministre Délégué à la Présidence en charge de la Défense, mais je suis et demeure astreint à l’observation de cette obligation », a conclu Edgar Alain Mebe Ngo’o lors de sa plaidoirie. Non sans exprimer une doléance à la collégialité, « celle de solliciter l’indulgence et la compréhension du tribunal si je reste circonspect, nuancé sur les questions qui me seront posées et si je ne réponds pas à certaines de vos questions ».

Derrière ce feuilleton judicaire se cachent pas mal de vérités. Cependant, la vérité finit toujours par triompher. Mais ici l’on a du mal à croire ou à s’imaginer le couple Mebe Ngo’o, capable d’ébranler tant le régime de Yaoundé. Surtout au moment où leur interpellation et leur arrestation, suivies des tentatives d’assassinat tout comme les brutalités que subit son épouse dans le pénitencier de Kondengui démontrent à suffire l’insécurité judiciaire, l’acharnement et l’inhumanité qu’endure ce couple depuis le 6 Mars 2019. Et cela se passe tout simplement sur la base d’une correspondance tronquée et mensongère de l’Anif: l’Agence Nationale d’Investigation Financière.

Décidément Paul Biya est entouré des « tuyaux percés » qui lui inondent de faux renseignements pour l’induire en erreur ou tout simplement le contraindre à prendre des décisions inappropriées. Une sorte de perfidie visant à confondre le Chef de l’Etat en le mettant seul face à ses contradictions et à la versatilité.

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