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General News of Wednesday, 12 August 2020

Source: Actu Cameroun

Retraite des fonctionnaires : l’urgence d’une harmonisation

L’allongement de la durée réglementaire de service au profit de certains corps de la fonction publique est source de polémique et de frustrations.

Le 7 octobre 2019, le président de la République a pris un décret accordant, « dans l’intérêt du service », une prolongation d’activité à certains fonctionnaires du ministère de l’Administration territoriale. Cette décision présidentielle concerne au total 67 administrateurs civils et secrétaires d’administration. L’heure de la retraite avait sonné depuis 2014 pour l’un, depuis 2016 pour neuf d’entre eux, depuis 2017 pour 29, depuis 2018 pour 24, et pour 4 à la veille de la prise de cette mesure.

A moins de bénéficier d’une énième prorogation, tous ces fonctionnaires sont appelés à faire valoir leurs droits à la retraite le 31 août 2020. Le plus âgé, Jean Claude Tsila, le préfet du Mfoundi, aura alors 64 ans. Hormis ces bénéficiaires de la magnanimité du président de la République, d’après le statut général de la fonction publique la fin d’activité intervient a 55 ans pour tous les administrateurs civils.

Ce qui n’est pas le cas des magistrats, qui ont le privilège d’être régis par un statut particulier. Ce texte fixe l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour les magistrats du 4è grade, 60 ans pour ceux du 3è grade et 58 ans pour le second grade. Même si des prorogations maintiennent quelques rares privilégiés en activité parfois au-delà de 75 ans.

En dehors de certains enseignants du supérieur assumant des responsabilités qui parviennent à obtenir une prolongation d’activité, tous les autres vont à la retraite à 65 ans. Et 60 ans pour ceux du secondaire et du primaire. La police fait aussi partie des corps privilégiés. Avant, les policiers allaient à la retraite à 55 à partir du grade d’officier et à 50 ans jusqu’au grade d’inspecteur. Grâce au statut particulier, l’âge du départ à la retraite a été repoussé respectivement à 60 ans et à 55 ans.

Corps privilégiés

Depuis le 3 juillet 2020, les personnels de la santé du secteur public sont les derniers bénéficiaires de ce traitement de faveur. Les fonctionnaires de la santé et les personnels de santé relevant du code du travail, en raison de leur engagement de la lutte contre la pandémie de Covid-19, iront désormais à la retraite à l’âge de 60 ans et 55 ans.

Cette mesure a eu le don de raviver un sentiment de frustration des administrateurs civils qui, de manière sourde, crient à l’injustice. «Il y a un manque de mouvements, il y a des retraités toujours en poste ad vitam aeternam. D’autres jeunes partent même à la retraite avant leurs aînés. Et maintenant, le ministère de l’Administration territoriale reste pratiquement le seul où ses hauts cadres vont à la retraite à 55 ans», éructe un sous-préfet sous anonymat dans les colonnes du journal L’œil du Sahel.

La préfectorale n’est pas l’unique corps de la fonction publique qui se sent lésé. Pour Roland Claude Ngo’o, administrateur civil principal hors échelle à la retraite, « ce sujet pose plusieurs problèmes, notamment la perception de l’admission à la retraite, le non-respect des profils et des carrières, la différence des chemins de progression, la responsabilité et l’efficacité des personnels de l’Etat ayant acquis une certaine expérience ainsi que la gestion cloisonnée qui favorise l’explosion des égoïsmes corporatistes ».

Statuts particuliers Surtout que, croit savoir cet observateur, « les raisons souvent invoquées pour justifier le traitement de faveur accordé à certains corps et pas à d’autres est source de polémique ». Ainsi, l’allongement de la durée réglementaire de service au bénéfice de quelques-uns nourrit des frustrations chez les chercheurs par exemple, qui doivent aller à la retraite à 55 ans. Autant dire au moment où le chercheur atteint la maturité dans son domaine.

C’est que, les statuts particuliers n’ont pas dans la plupart des cas respecté les dispositions du statut général de la fonction publique. Un expert en gouvernance note que « l’exercice de réécriture des statuts des différents corps a donné lieu à une gestion au cas par cas, qui consacre l’inégalité de traitements et un sentiment de frustration de la part des fonctionnaires dont l’âge de départ à la retraite est resté inchangé ».

Or, soutient Moustafa Eli, administrateur principal de santé publique, « il est clair que l’un des défis auxquels les jeunes sont confrontés reste la recherche d’un emploi décent pouvant assurer leur équilibre socio-économique. Quand on sait que notre tissu économique est le secteur peu développé, la fonction publique reste la plus grande pourvoyeuse d’emplois aux jeunes. Sans doute, pour la raison évidente de la sécurité dans – l’emploi, la majorité des jeunes en chômage, surtout du niveau secondaire ou supérieur, préfère les emplois salariés dans la fonction publique ou le secteur privé moderne. Pour que les jeunes aient la chance de s’insérer dans le tissu économique, il faut asseoir une bonne politique de relève au niveau de l’administration publique ». Ce qui passe aussi par une considération égalitaire de tous fonctionnaires.»

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