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General News of Friday, 23 October 2020

Source: Actu Cameroun

Repassage des seins : le supplice des adolescentes camerounaises

Les douleurs provoquées par les brûlures sont terribles et certaines séquelles physiques et psychologiques peuvent marquer à vie. Les muscles s’affaissent et certaines jeunes filles âgées d’à peine dix ans se retrouvent avec les seins d’une femme de 70 ans.
Freiner la poussée des seins pour retarder la puberté, pour soustraire les jeunes filles au regard des hommes et pour reculer l’âge du premier rapport sexuel, tel est l’objectif recherché par Grace Techu, une mère repasseuse des seins. Une jeune fille de 18 ans prénommée Teresa fait un témoignage poignant sur le repassage des seins.



A l’âge de 9 ans, lorsque ses seins ont commencé à pousser, sa mère les a lui a régulièrement «repassés» tous les matins avant l’école, pour éviter qu’elle ne devienne une jeune fille frivole. Grace Techu, la maman, a utilisé cette méthode pendant les premières années de puberté de sa fille. La méthode consiste à faire chauffer un pilon en bois, une pierre ou tout autre ustensile et de l’appliquer ensuite sur la poitrine naissante de sa fille.

Des procédés variables, avec un seul objectif: « Ramollir les seins et les rendre tombants. Ce qui aurait le don de repousser les regards concupiscents et les assauts des garçons », entend-on dans le témoignage. Seulement, la jeune Teresa a tout de même fini par tomber enceinte à l’âge de 15 ans. Mais, sa mère soutient que n’eurent été ces «massages» quotidiens, Terisa serait tombée enceinte beaucoup plus tôt.



La jeune fille elle-même affirme au reporter qu’il lui est arrivé d’être grièvement brûlée à la poitrine. Ce que nie Grace Techu, la mère-repasseuse. Pourtant, des spécialistes et de nombreuses Ong montent au créneau pour dénoncer les ravages de ces pratiques considérées comme dangereuses, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique.

Des seins d’une femme de 70 ans
Cette pratique est un véritable supplice : les douleurs provoquées par les brûlures sont terribles et certaines séquelles physiques et psychologiques peuvent marquer à vie. 89, 32 % des femmes se plaignent de fortes douleurs aux seins, 17 % signalent des kystes et des abcès à la poitrine. « Les muscles s’affaissent et certaines jeunes filles âgées d’à peine dix ans se retrouvent avec les seins d’une femme de 70 ans. Certaines n’osent pas se déshabiller et les seins qui tombent font souvent l’objet de blagues », expliquait le médecin Flavien Ndonkou.

Ainsi, une fois devenue mère, de nombreuses victimes se voient dans l’impossibilité d’allaiter leurs enfants. De plus, d’après le médecin Flavien Ndonkou, cité par la Bbc Afrique, cette pratique favoriserait même le développement du cancer du sein. Le reportage de Cnn propose également le témoignage d’une gynécologue: «J’ai vu une mère avec une brûlure au second degré aux mains, des jeunes filles aux glandes mammaires complètement détruites et un cas de cancer. Même si je ne peux pas démontrer si c’est le repassage qui a causé le cancer ou s’il a juste permis d’exacerber une tumeur.»

En 2006, une Ong, le Réseau national des associations de tantines (Renata) a lancé une vaste campagne de sensibilisation contre le repassage des seins. Celle-ci faisait suite à une enquête menée avec l’appui technique de l’organisation allemande Gtz et qui avait permis d’établir qu’une fille sur quatre au Cameroun est victime de cette pratique. Les membres de Renata s’activent à faire comprendre aux populations que la solution aux grossesses précoces réside plutôt dans l’éducation sexuelle des jeunes filles que dans le repassage de leur poitrine.

Il est difficile de dire quand cette tradition a commencé. Tout ce que l’on sait, c’est que des femmes aujourd’hui âgées ont déjà subi ce traitement à leur adolescence. La dernière étude sur le sujet concluait que le massage des seins était pratiqué dans tout le Cameroun, et particulièrement dans le centre et l’ouest. Cette pratique existe chez les riches comme chez les pauvres. Si le repassage des seins est autant ancré dans les mœurs, c’est parce que les mères qui l’ont subi se sont vues expliquer par leur propre mère que c’était pour les protéger. Elles répètent donc le geste pour protéger leur fille à leur tour. C’est un cercle vicieux qui fonctionne sur l’ignorance plus que sur la tradition.

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