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General News of Tuesday, 22 January 2019

Source: Sans Détour N°281

Remaniement ministériel: voici pourquoi Biya a oublié les maires du Sud

Quelques-uns d’entre eux avaient surfé sur une entrée au sein de la nouvelle équipe gouvernementale, au point de faire la manchette de certains périodiques. Oubliant que seul le travail, mieux que les guéguerres politiciennes pernicieuses, balisent les voies de la promotion au sein de l’appareil étatique.

On aura beau épiloguer sur les réseaux ayant propulsé Célestine Ketcha Courtès au gouvernement, ses résultats dans la gestion de la commune de Bangangté dont elle est encore la mairesse, suffissent à justifier son ascension. De l’avis du plus grand nombre, cette collectivité territoriale décentralisée est aujourd’hui présentée comme l’une des plus modernes du Cameroun. Car, dotée d’éclairage solaire, de latrines publiques et bien d’autres commodités. Mieux, Bangangté avait remporté il y a quelques années, le prix Feicom de «Meilleures pratiques communales», et se classe depuis lors toujours dans le trio de tête.

Des performances qu’on doit au dynamisme indiscuté de Mme Ketcha Courtès que l’ingéniosité amène à décrocher des financements extérieurs dans le cadre du Réfelale Réseau des femmes maires d’Afrique dont elle est présidente, ou de la Francophonie, ou encore sous contributions propres de la commune. A l’analyse, ce sont ces résultats probants et concrets qui l’ont révélée aux yeux du chef de l’État Paul Biya qui espère, on peut l’imaginer, tirer profit de son expertise et de son sens de responsabilité, pour conduire à l’échelle nationale le combat pour le développement urbain qu’elle a réussi dans sa commune, malgré l’ampleur et la délicatesse de la tâche à cette échelle de la responsabilité.

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Tout le contraire de quelques maires rêveurs de la région du Sud qui croyaient s’adosser exclusivement sur leur proximité géographique avec le chef de l’État pour se frayer une place dans le soleil gouvernemental. «Incapables de génie créateur comme le font d’autres pour le développement de leurs municipalités, ils passent l’essentiel de leur mandat à m?oter la possibilité de pouvoir prendre la place de leurs frères au sein des institutions étatiques. Conséquence, malgré de nombreux projets dont ils bénéficient de la part des pouvoirs publics, les communes du Sud sont toujours parmi les moins développées du pays», fait observer un expert des questions du développement local, originaire du Sud, sous le couvert de l’anonymat. Pour de nombreux observateurs avertis, à quelques mois de la fin des mandats rallongés des conseillers municipaux, beaucoup de maires de la région du Sud sont incapables de dégager un bilan positif lié à leurs initiatives managériales personnelles.

Mais lorsqu’on fait observer que la commune de Sangmélima par exemple bénéficie elle aussi de l’énergie solaire, notre expert rétorque qu’il s’agit pour la plupart des réalisations du Bip - le Budget d’investissement public, et non des projets propres de la commune. Cette question de la récupération des projets du Bip dans le bilan annuel des exécutifs municipaux est généralement au centre des tensions lors des sessions des conseils municipaux de la commune de Sangmélima par exemple, certains conseillers dénonçant une pratique peu orthodoxe qui ne permet pas de mieux apprécier et cerner l’impact de l’action de l’exécutif municipal.

C’est cette incongruité managériale que dénonçait parfois l’ancien préfet du Dja et Lobo - Marie Bernard Mba. Ce qui lui avait d’ailleurs valu son limogeage, au nom de quelques joutes politiciennes de mauvais aloi. Néanmoins, à la suite de ces observations pertinentes, la commune de Sangmélima a été amenée à revoir à la baisse son enveloppe budgétaire dont la curiosité était l’évolution par milliards de Fcfa de sa consistance au fil des exercices, dans une municipalité dont on cherche sans trouver les véritables ressorts d’une production de ressources financières. A l’inverse, les maires de la région du Sud sont plus féconds dans les batailles politiciennes de positionnement, combattant leurs élites, parfois sur la place publique comme dans les salons feutrés, au risque de perpétuer un climat politique permanemment électrique dans leurs municipalités.

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Une pratique qui visiblement ne plaît pas au président de la République, et qui, selon certaines sources introduites, suscitent plutôt le courroux du chef de l’État. «Il faut d’ailleurs craindre, qu’au moment où les pouvoirs publics envisagent un plus large transfert des compétences au profit des collectivités territoriales décentralisées, ceux des maires en poste, incapables de produire un bilan personnel qui atteste de leur capacité à mieux gérer les ressources dans l’intérêt de leurs populations, auront du mal à bénéficier de l’investiture de la hiérarchie du Rdpc, le parti au pouvoir, lors des prochaines échéances», selon une source au Comité central du Rdpc. Avis donc aux chefs des exécutifs communaux qui, au lieu de travailler pour le développement de leurs municipalités, s’adonnent à des guerres stériles, dans l’espoir de réaliser des rêves chimériques de pouvoir remplacer tel ou tel autre ministre au sein du gouvernement.