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General News of Tuesday, 24 November 2020

Source: Sans Détour n°379

Remaniement: certains ministres prévoient attaquer Ngoh Ngoh devant le tribunal administratif

Le retour sur la scène publique du président Paul Biya, après plusieurs mois d’éclipse, a remis au goût du jour les supputations sur un éventuel remaniement ministériel. Avec en ligne de mire, des convoitises nourries pour certains portefeuilles.

La psychose renaît au sein du sérail. La question de l'opportunité d’un remaniement ministériel, que d’aucuns croyaient reléguée aux calendes grecques, s’invite de nouveau dans les cercles du pouvoir et les débats publics. Ils sont nombreux, même au sein du gouvernement, à avoir cru aux rumeurs ambiantes sur l’incapacité du chef de l’Etat à assumer ses fonctions.

Certaines coulisses avaient laissé entendre que le Sgpr, Ferdinand Ngoh Ngoh, à qui ces cancans prêtaient une délégation illimitée du pouvoir, supposée ou réelle, était en froid avec certains ministres, pressentis pour quitter la barque gouvernementale. A en croire ces indiscrétions, ces potentiels ministres sortants envisageaient d’ores et déjà d’attaquer devant le tribunal administratif, un éventuel remaniement ministériel, tant qu’ils n’étaient pas convaincus que le texte serait signé du chef de l’Etat en personne.

La sortie publique du président de la république à l’occasion des obsèques de sa sœur aînée, dame Régine Ngonda veuve Bidjang, les 12 et 13 novembre, semble avoir clos tout débat sur la réalité de la gestion du pays par Paul Biya, clouant du coup le bec à ses détracteurs. Mais parallèlement, l’évènement a plongé de nombreux membres du gouvernement dans la psychose, convaincus désormais que le scénario du renouvellement de l’équipe gouvernementale, envisagé depuis les résultats des dernières consultations électorales, reste toujours d’actualité.

Des informations ont circulé faisant état du refoulement de certains ministres aux obsèques de veuve Bidjang, pourtant prévus dans l’intimité familiale. Des annonces qui sont venues corser la psychose. Des sources autorisées estiment d’ailleurs que durant tous ces derniers mois, Paul Biya aurait mis à profit son retrait de la scène pour préparer la mouture de la nouvelle équipe gouvernementale.

Des esprits les plus érudits, ou à tout le moins, ceux qui croient lire dans une boule de cristal, croient savoir que ce remaniement pourrait intervenir d’ici le mois de décembre prochain, ou au plus tard au début du mois de janvier, après la prise de fonction des conseillers régionaux issus des élections du 06 décembre prochain.

Lynchage médiatique

Dans l’attente de ce remaniement, de plus en plus imminent que virtuel, certains ministres sont déjà sur le gril, et leurs portefeuilles de plus en plus convoités. Il ne se passe plus de jour sans qu’ils soient victimes d’un lynchage médiatique, qui masque plutôt mal les appétits nourris autour de leurs départements ministériels respectifs. Considéré par quelques analystes comme le « gouvernement de fin de règne » (pour des raisons qui leur sont propres), il serait question pour quelques assoiffés de contrôler ce que des observateurs considèrent comme les portefeuilles juteux ou d’influence, au sein du gouvernement.

A commencer par le secrétariat général de la présidence de la république. Il se murmure ici et là que l’actuel Sgpr a déjà battu le record de longévité à ce poste stratégique, qui en fait un véritable président de la république en pointillé. Mais au-delà de cette longévité qui ne se dément pas, Ferdinand Ngoh Ngoh devrait payer le prix des réseaux antagonistes qui se disputent le leadership d’influence au sein du sérail. Des noms de ses potentiels remplaçants circulent dans les antichambres du pouvoir, laissant croire que sa succession serait déjà actée.

Parmi ces noms de potentiels remplaçants, celui du Pr Narcisse Mouelle Kombi, l’actuel ministre des Sports et de l’Education physique. Ancien cadre de la présidence de la république, que certaines langues serpentines affirment être un intellectuel libre de conscience, qui se plie difficilement aux instructions qu’il juge anti-régaliennes, il jouirait d’un postulat très favorable auprès du chef de l’Etat. Néanmoins, cette promotion devrait le positionner désormais comme le porte-voix de la grande communauté Sawa au sein du système.

Mais à en croire d’autres sources, les élites du Mfoundi seraient également en embuscade, et c’est un autre professeur, Laurent Serge Etoundi Ngoa, l’actuel ministre de l’Education de base, qui serait en pôle position pour occuper ce poste pour le compte du département siège des institutions, qui lui échappe depuis de longues années. D’autres sources encore évoquent également le nom de Pierre Ismael Bidoung Mpkatt, l’actuel ministre des Arts et de la Culture, originaire comme Ferdinand Ngoh Ngoh du département de la Haute Sanaga, en remplacement numérique de l’actuel titulaire du poste, en vertu de la règle non écrite de l’équilibre régional.

Toutefois, la surprise pourrait venir d’Alamine Ousmane Mey, que des indiscrétions disent bien coté dans les bulletins de renseignements, qui font parfois office de référence pour les enquêtes de moralité. Toutefois, le secrétariat général de la présidence de la République n’est pas le seul poste à attirer des envies au sein de ce gouvernement en gestation. On parle également du ministère de la Santé publique, pour lequel certains réseaux seraient déterminés à faire partir l’actuel titulaire, en dépit de de ses résultats plutôt flatteurs, notamment dans la lutte contre la pandémie à coronavirus.

Ceci expliquerait-il la spirale de critiques essuyées ces temps derniers par Dr Manaouda Malachie ? En tout cas, le ton martial utilisé par le Sgpr pour lui exiger le démantèlement des sites sportifs réquisitionnés pour la prise en charge des patients du Covid, a subodoré l’antipathie de certains hiérarques du système, à l’égard de l’actuel Minsanté. Même les félicitations de l’Onu au sujet de la transparence dans la passation des marchés liés au Covid, ne semblent pas décourager ses détracteurs., avec des accusations récurrentes dans certains médias visiblement aux ordres.

Mais ici, moins que la place stratégique du département ministériel, c’est plutôt l’épaisseur de son enveloppe budgétaire qui charrie les convoitises. Alors que les prévisions budgétaires de nombreux ministères devraient connaitre des rétrécissements, celle du Minsanté est annoncée en hausse significative, afin de prendre en compte la deuxième phase de contamination au Covid-19 que tout le monde redoute, mais également la mise en route de la couverture santé universelle dès l’année prochaine. Des spéculateurs envisagent déjà l’arrivée à sa tête d’un filleul de certains hiérarques du système, qui serait, selon des indiscrétions, originaire du département de la Haute Sanaga.

Discrétion de Paul Biya

L’autre département ministériel dans le viseur des calculateurs, c’est celui des Travaux publics. Lui aussi doté au fil des ans d’une enveloppe budgétaire assez consistante, il semble que c’est la recherche de l’argent qui serait ic l’aiguilleur des envies. Suffisant pour justifier la potence médiatique dont Nganou Djoumessi est l’objet depuis un certain temps. Bien que la confiance de sa hiérarchie et son bilan plaident en sa faveur, l’actuel Mintp n’est pas à l’abri des critiques les plus acerbes.

En témoigne la pernicieuse affabulation de France 24 au sujet de la construction de l’autoroute Yaoundé-Douala, dont les enjeux mesquins ont motivé la sortie des placards d’un reportage vieux de plus de 06 ans, pour tenter de justifier les retards enregistrés sur ce chantier. Pourtant, Emmanuel Nganou Djoumessi est le ministre des Travaux publics à avoir réalisé le plus de Kilomètres de routes bitumées durant son magistère à la tête du Mintp.

Mieux, on lui reconnait des innovations tendant à réduire le prix du kilomètre de bitume, et à réaliser des ouvrages de qualité supérieure, susceptibles de résister plus longtemps à l’usure du temps. Toutes ces pressions, tant endogènes qu’exogènes au système, suffiront-elles à influencer la discrétion du chef de l’Etat, le seul censeur en matière de constitution de l’équipe gouvernementale ? Question de conscience qui pourrait dévoiler sa réponse dans les jours à venir…