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General News of Thursday, 17 September 2020

Source: Kalara N°355

Rétrogradation : un commissaire de police accuse Paul Biya de légèreté

Le chef de l’État l’avait dégradé pour avoir confisqué le passeport d’un Français interpellé à bord d’un avion et placé en garde à vue dans son unité sans aucune plainte.

Jean Magbire Assako ne reportera pas de sitôt lés épaulettes de commissaire de police principal. Il vient d’échouer à faire annuler devant le Tribunal administratif du Centre un arrêté pris par Paul Biya, le chef de l’Etat, prononçant son abaissement de grade. La décision présidentielle critiquée datée du 22 septembre 2017 l’avait fait dégringolé du statut de commissaire de police principal à celui de (simple) commissaire de police suite aux faits qualifiés de «manquement aux consignes, retrait indu et rétention abusive des pièces d’un tiers».

Le 8 septembre dernier, avant que le tribunal ne déboute le flic, les parties ont croisé le verbe pendant près de deux heures. Nous sommes le 11 octobre 2015, lorsque Jules Belinga, homme d’affaires français spécialisé dans le transport des marchandises (transitaire), est débarqué d’un aéronef de la compagnie belge Brussels Airlines à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour la France. L’intéressé sera conduit manu militari au commissariat de sécurité publique du 7e arrondissement de Yaoundé par l’inspecteur de police principal Jean-Paul Enguene où il est gardé à vue 24 heures durant Le compatriote de Macron fait l’objet d’un «avis de recherche» signé un jour plus tôt par le commissaire Assako, alors chef de l’unité.

Enquête disciplinaire

M. Belinga sera informé qu’une certaine dame résidente en France, se plaint de lui avoir remis 4500 euro soit près de 3 millions de francs afin qu’il dédouane son véhicule au port de Douala, mais il n’a pas tenu ses engagements. Le mis en cause aurait expliqué que les frais versés par sa cliente sont insuffisant pour accomplir le service sollicité. Il aurait proposé un arrangement à l’amiable. Les flics lui auraient exigé 150 mille francs pour sa remise en liberté. Une somme payée par les parents du suspect qui s’étaient portés garants de le faire comparaître à chaque convocation. Le passeport avait du suspect été retenu dans l’unité, 1e temps qu’il rétablisse la plaignante dans ses droits.

Remis en liberté, M. Belinga va saisir le délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn) d’une dénonciation indiquant que ses collaborateurs l’ont interpellé alors qu’une plainte contre lui n’était déposée nulle part. Cette plainte n’a été enregistrée dans l’unité que dix jours après son interpellation. Tout s’est fait sans bon de garde à vue. Une enquête disciplinaire était ouverte sur les faite dénoncés. Les fins limiers de la police vont découvrir qu’en plus des faits décriés, la plaignante’ après avoir «régularisé» sa plainte contre M. Belinga via un parent au Cameroun, a signé une procuration au commissaire Assako afin que ce dernier suive
l’évolution de l’affaire à sa place. M. Assako tout comme son élément M. Enguene seront traduits devant le conseil de discipline de la Dgsn. Pour l’administration, la confiscation du passeport de M. Belinga » ne visait qu’à lui extorquer de l’argent. Elle considère également que la procuration donnée au commissaire Assako par la plaignante remet en cause son impartialité. Le 22 septembre 2017, le chef de l’Etat a sanctionné les deux flics. M. Assako a écopé de la sanction déjà évoquée. M. Enguene était de son côté ramené au grade d’inspecteur de police de 2e grade. M. Assako estime que l’arrêté présidentiel dénature les faite et. n’est aucunement motivée comme l’exige la loi.

Pour lui, il constitue un «détournement de pouvoir». Son avocat Me Mang Mayi a enfoncé le clou expliquant que son client n’a fait que Son travail d’officier de police judiciaire. Il agissait sur instruction du procureur de la République du TPI de Yaoundé centre administratif, son supérieur hiérarchique dans le cadre d’une enquête préliminaire. «Quelle est la consigne qu’il a reçu et il ne l’a pas respecté ?», interroge-t-il Selon l’avocat, te passeport avait plutôt été consigné au commissariat pour garantir la bonne foi du suspect qui avait pris l’engagement de rétablir la victime dans ses droits, car M. Belinga, citoyen français, en possession de son passeport pouvait quitter le pays à tout moment sans condition préalable.

«République bannière»

Pour l’avocat estime que M. Belinga a usé de ses connexions auprès du Dgsn pour nuire à son client. «On dégrade un commissaire de police principal pour faire plaisir à un escroc, lui faisant perdre 14 ans de sa vie. Nous sommes là dans une véritable République bannière !».

Pour le représentant de la Dgsn, l’acte attaqué ne souffre d’aucune irrégularité. Il estime que M. Assako et son élément ont conduit l’enquête en marge des prescriptions du Code de procédure pénale et du statut régissant la police. «C’est la plainte qui est le fondement d’une,enquête préliminaire. Il ne s’agissait pas d’un cas de flagrance», rappelle-t-il 11 ajoute que le procès-verbal d’enquête préliminaire dressé par les flics et transmis au procureur ne fait ressortir nulle part que le passeport de M. Belinga a été retenu.

«Comment le chef de l’Etat qui a un pouvoir de contrôle administratif sur les fonctionnaires de polices peut-il détourner son pouvoir ?», interroge-t-il Le ministère public a suggéré au tribunal d’annuler la décision attaqué au prétexte que son auxiliaire avait agi selon ses instructions, car «à la lumière des pièces du dossier rien ne prouve que ces faite sont avérés». Une proposition que le tribunal n’a pas suivie.»

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