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Politique of Thursday, 1 October 2020

Source: Actu Cameroun

Répression : 100 manifestants du MRC devant le Tribunal militaire de Douala

Une partie des 600 personnes interpellées par les forces de l’ordre à la suite des marches pacifiques du 22 septembre 2020 sont appelés à répondre des faits d’insurrection, de terrorisme et d’hostilité envers la patrie. En «cage» depuis huit jours, Maurice Kamto rejette les accusations du gouvernement.

Une semaine après les marches pacifiques organisées le 22 septembre 2020 sur l’ensemble du territoire national par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (M RC), les choses commencent à se préciser par rapport aux suites que le gouvernement entend donner à cette initiative du parti du Pr Maurice Kamto. Près de 100 personnes interpellées dans la ville de Douala (99 précisément) ont été mises z à la disposition du Tribunal militaire de la ville hier, 29 septembre 2020, selon l’information reçue par Kalara de Maître Crispo Meli, tête de file du collectif des avocats constitués pour la défense du MRC, de ses dirigeants et des personnes ayant pris part aux marches de la semaine écoulée. Et le commissaire du gouvernement près cette juridiction a immédiatement procédé aux inculpations des suspects, qui se sont déroulées dans la nuit.



Ce développement marque une évolution décisive dans la gestion des manifestations publiques organisées par le MRC et. ses alliés, même si le gouvernement avait annoncé une telle issue la semaine dernière. Depuis le 23 septembre dernier, soit au lendemain des marches pacifiques en question, le collectif des avocats dirigé par Maître Meli avait annoncé que les forces de l’ordre avaient procédé à l’interpellation de près de 600 personnes sur l’ensemble du pays. Selon la même source, les régions du



Littoral et du Centre (particulièrement les villes de Douala et de Yaoundé) avaient enregistré le plus grand nombre des interpellations, soit 383 et 141 personnes respectivement. Elles étaient suivies de l’Ouest avec 67 personnes gardées à vue. L’Est et le Sud bouclaient la liste avec une personne mise aux arrêts chacune.



Les chiffres ainsi donnés étaient annoncés «provisoires» par le collectif des avocats, qui déplorait divers blocages organisés par les forces de l’ordre pour bloquer la circulation de l’information. Pour l’heure, ces données n’ont pas encore évoluées de façon officielle, «le collectif d’avocats Sylvain Souop», comme il se désigne, étant en préparation d’un nouveau communiqué. Mais ces chiffres devraient nécessairement connaître une variation, les avocats- étant informés de la remise en liberté de nombreuses personnes ici et là. Une information corroborée par le gouvernement, bien que ce dernier ne donne aucun chiffre pour le moment.

Manifestants recherchés
Dans un communiqué du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, rendu publie le 25 septembre 2020, il est en effet indiqué ceci : «Le Gouvernement porte à la connaissance de l’opinion qu’à la suite des opérations de maintien de l’ordre lancées pour barrer la route à ce projet insurrectionnel, un certain nombre d’arrestations ont été effectuées. Certaines des personnes arrêtées dont l’implication dans le projet insurrectionnel du MRC a été jugée dérisoire ont été relâchées. D’autres le seront, le cas échéant, au fur et à mesure de l’évolution de l’enquête judiciaire en cours. Certains meneurs et organisateurs de cette aventure insurrectionnelle ont également été arrêtés et-répondront de leurs actes devant la justice. D’autres sont activement recherchés par les services de sécurité aux mêmes fins».

Le mardi 29 septembre 2020, Kalara a appris que 38 gardés à vue ont été remis en liberté au cours des derniers 24 heures et qu’il ne restait plus que 14 personnes en détention dans cette unité de police, l’une des plus actives de la ville de Yaoundé dans la répression des marches du 22 septembre dernier. Une situation similaire est annoncée au même moment au Service central des recherches judiciaires (Scrj) du Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) à la gendarmerie nationale, toujours à Yaoundé, avec «une vingtaine de libérations», selon les sources de Kalara. Idem dans le Camp de la gendarmerie de Mboppi à Douala, bien que» tes chiffres restent totalement inconnus. Mais, à Douala et à Yaoundé, les remises en liberté avaient déjà été enregistrées depuis plusieurs jours.



Parmi les personnes encore incarcérées, se trouvent deux principaux dirigeants du MRC, le Pr Alain Fogué, trésorier général du parti, et M. Bibou Nissack, le porte-parole et conseiller spécial du président du MRC. Le premier avait été interpellé dans la nuit qui a précédé la marche, dans le voisinage du domicile du Pr Kamto, qui a révélé il y a 24 heures que renseignant avait été appelé par un responsable de la police pour aider à dénouer une sorte d’échauffement entre les forces de l’ordre et des volontaires déployés depuis quelques semaines devant l’entrée du président du MRC, dans une espèce à; cordon de sécurité. Et le second fut cueilli dans son propre domicile le matin de la marche, devant les membres de sa famille.

Pour l’heure, la situation personnelle du président du MRC est des plus floues. Ce dernier est bloqué avec sa famille par un impressionnant détachement des policiers et gendarmes dans son domicile, au quartier Santa Barbara, depuis le 21 septembre. Lundi dernier, l’auteur de ces lignes, accompagné d’autres journalistes désireux de s’entretenir avec le Pr Kamto, se sont heurtés aux forces de l’ordre, qui exigent une autorisation spéciale, sans indiquer de quelle autorité publique elle pourrait émaner. Les démarches menées aussi bien au SED et à la Délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn), qui venaient d’accorder ce privilège aux avocats, s’est montrée infructueuse.


Rappelons que dans 1e communiqué publié par le Mincom te 25 septembre, il indiquait que «la situation du leader du MRC fait l’objet d’un examen attentif par les instances judiciaires compétentes». S’il y a une enquête ouverte contre Maurice Kamto, ce dernier a confié dans un entretien accordé à Radio France internationale (Rfi) que tout se passait à son insu.

Code électoral
Des sanctions administratives sont aussi envisagées contre 1e MRC lui-même. Ce parti politique, «qui s’illustre négativement depuis plusieurs années par des activités attentatoires à la paix si chère aux Camerounais, selon les propos tenus par René Sadi dans son communiqué déjà cité, fait également l’objet d’un examen attentif par le ministère de l’Administration -territoriale.» Le porte-parole du gouvernement va plus foin : «La coalition entre le MRC et les groupuscules violents ayant mis à sac les ambassades du Cameroun à l’étranger est désormais avérée. Elle sera prise en compte dans les procédures judiciaires en cours au Cameroun et dans les pays amis où se sont déroulés les faits incriminés», a-t-il annoncé le 25 septembre.

En fait, le gouvernement accuse le MRC d’avoir organisé «un mouvement insurrectionnel», ce que la formation politique de l’opposition rejette totalement. Ce parti politique, qui avait boycotté les dernières élections couplées Municipales et Législatives du 9 février 2020 au prétexte que lesdites consultations ne devraient pas se tenir alors que la crise anglophone se poursuit et que 1e Code électoral n’a pas été toiletté pour assurer des compétitions politiques équitables, avait annoncé, par la voix de son principal dirigeant, que toute nouvelle convocation (tes électeurs sans le respect de ces préalables allait l’amener à appeler les Camerounais à manifester pacifiquement pour exiger le départ du président Biya du pouvoir. C’est ce qui s’est fait après la convocation du corps électoral pour les élections régionales du 6 décembre prochain. Des manifestations publiques interdites par le gouvernement sur l’ensemble du pays.

Lundi dernier, sur l’initiative du Dgsn, M. Mbarga Nguele a reçu te collectif d’avocats qui avait annoncé une visite au domicile du Pr Kamto pour discuter de sa défense et de celle de ses partisans devant les instances juridictionnelles. Au cours de la réunion tenue en présence du SED, les deux responsables de la police et de la gendarmerie auraient indiqué que «le gouvernement souhaite la paix», fortement menacée selon ces autorités par les activités du MRC, qui serait «porteur d’un projet d’insurrection».

Au cours du point de presse du collectif des avocats organisé quelques heures plus tard, Maître Emmanuel Simh, vice-président du parti politique, et l’un des Intervenants du soir, a jeté un pavé dans la marre, en déclarant qu’au lendemain de la Présidentielle de 2018, des individus avaient approché la direction du MRC pour proposer un projet d’insurrection armée. «Le MRC avait dénoncé ces individus auprès du Délégué général à la Sûreté nationale», a dit l’avocat. Et parmi les dénonciateurs, se trouvaient notamment les Pr Maurice Kamto et Alain Fogué.

Terrorisme…
L’avocat déclare que Martin Mbarga Nguele, le Dgsn, avait félicité les responsables du MRC pour leur attitude. Il ne comprend donc pas que les autorités politiques du pays, dont M. Mbarga Nguele, continuent d’accuser le président à; son partir de nourrir un projet insurrectionnel au Cameroun, alors que «Maurice Kamto refuse d’être complice ou auteur d’un quelconque projet de déstabilisation du Cameroun». Maître Simh a rappelé que le MRC a appelé à une manifestation pacifique et qu’aucune des personnes interpelées n’a été surpris avec un couteau ou un caillou le 22 septembre 2020. «On ne peut pas accuser Kamto d’être porteur d’un projet insurrectionnel», a insisté l’avocat, qui rappelle que le droit de manifestation «n’existe pas dans les faits au Cameroun».

Depuis le 22 septembre, les personnes interpelées par les forces de l’ordre ont été interrogées sur trois infractions, selon leurs avocats ; «terrorisme, hostilité envers la patrie et insurrection», Donc, dès le départ, les officiers de police judiciaire ont fait le choix de les faire déferrer devant le Tribunal militaire. On se trouve en face d’un remake de ce qui s’était passé après les manifestations publiques appelées «marches blanches» organisées par le MRC au lendemain de la Présidentielle d’octobre 2018, pour protester contre ce que le parti politique avait appelé «le hold-up électoral», sauf que les suspects ne sont pas tout déférés cette fois-ci à Yaoundé. Mais, comme la dernière fois, les avocats déparent (tes violences gratuites et des tortures infligées aux personnes interpelées, dont l’une serait déjà devenue insensible au son, du fait des traitements qui lui sont administrés.

Les avocats du collectif, comme le principal leader du MRC, dénoncent le non-respect de la dignité des manifestants par les forces de l’ordre, «les hommes et les femmes étant empilés dans les mêmes lieux de détention sans distinction» dans certaines unités de police à Douala et tous les suspects étant interdits de visites. Certains gardés à vue, femmes, n’auraient pas eu la possibilité de s’approvisionner en serviettes hygiéniques alors qu’elles sont en périodes de menstrues. Il reste désormais à savoir si toutes ces procédures judiciaires iront au bout, les procès aux relents politiques étant généralement voués à des décisions politiques au Cameroun.

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