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General News of Tuesday, 12 May 2020

Source: Le Jour

Récit d’un contrôle de police en période de Covid-19


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C’est la voix du conducteur de taxi qui attire notre attention. «Vous n’avez pas un masque là ? », interroge-t-il en farfouillant énergiquement sa boîte à gants. Il a aperçu les policiers qui lui demandent de se garer et a compris immédiatement que nos visages découverts sont une aubaine pour eux. Et l’attitude de l’agent qui s’est avancé vers le véhicule confirmera bien vite son pressentiment.

Parti en catastrophe de la maison, je n’ai pas pensé à me munir de mon masque. Je me retrouve donc à la merci, non pas seulement du redoutable coronavirus, mais de l’agent de police. «Vous croyez que ce n’est que les policiers qui doivent porter des masques ?», lance-t-il après avoir baissé un tissu bleu qui lui entravait la bouche et le nez. Oublié le traditionnel «dossier du véhicule, pièces personnelles des passagers » ! Ai-je une carte nationale d’identité valide ? L’agent s’en fiche éperdument. A aucun moment il ne le demandera à aucun des occupants du véhicule.

Comme moi, une jeune dame assise à l’arrière n’a pas de masque. Nos visages découverts lui offrent un motif suffisant de satisfaction. Je me présente et tente d’expliquer au policier qu’il s’agissait juste d’un oubli, que l’on ne m’y reprendra plus jamais et que je suis d’ailleurs pratiquement arrivé à domicile. «Descendez !». Je quitte le taxi, tout comme deux autres passagers. Face au refus de l’agent de me comprendre, je lui demande quelle est la sanction prévue pour mon «infraction». Et, en cas d’amende, à combien elle s’élève et où est-ce qu’il faut que j’aille la payer.

Cela a le don de le mettre encore plus hors de lui. Il s’éloigne de moi. La jeune dame qui a également été sortie du taxi pour défaut de masque le suit dans un coin isolé. Elle semble apeurée. Je ne parviendrai pas capter leur échange. J’interpelle à nouveau l’agent pour lui demander où est-ce que je dois aller payer mon amende. «Vous êtes pressés ? On va y aller », me répond-il. Avant de maugréer d’autres propos dans lesquels il maudit ces gens qui croient tout savoir. Il est près de 21h.

Le conducteur de taxi, que j’ai pris le soin de payer, n’est pourtant pas parti. Le policier lui a trouvé aussi un problème. Un défaut de visite technique. J’ai choisi de ne pas suivre le policier et de m’installer tout seul à l’entrée d’une boutique fermée, attendant qu’il vienne me conduire au lieu où je dois payer mon amende. Il ne reviendra jamais à moi. Après une vingtaine de minutes, je l’entends déclarer, certainement à mon endroit : «Tu crois que je vais te demander quoi pour un masque qui coûte 200 francs ? ».

Les autres «délinquants», qui se sont entretenus avec lui, regagnent le taxi. «Chef, je peux partir ?» Il ne répond pas à ma question et se dirige, toujours en marmonnant, vers un autre taxi. Le chauffeur du mien m’appelle. Je regagne donc ma place dans le véhicule avec mes compagnons d’infortune. Et le voyage peut enfin se poursuivre. Les autres sont-ils passés à la caisse ? Personne n’en dira rien.

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