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General News of Friday, 11 December 2020

Source: camer

Quand le Nord-Cameroun demande aussi sa sécession du Sud

La question du sécessionnisme n’est pas nouvelle au Cameroun. Elle a commencé à se manifester aussitôt que la parole a été accordée à la population par les deux administrations coloniales, britannique et française, au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Elle pose le problème de la construction de la nation, par-delà la multitude de communautés ethniques.

En fait, c’est un véritable défi à relever auquel sont confrontés les pays africains, celui qui consiste à créer un seul peuple à partir de plusieurs groupes ethniques qui se sont accidentellement retrouvés regroupés dans des frontières externes communes.

Mais, dans le même temps, ce défi est universel, car les mouvements sécessionnistes se manifestent à travers la terre entière y compris dans les pays riches aux nations infiniment plus anciennes que les nôtres d’Afrique. La nation française ne date pas d’aujourd’hui, mais la France a connu tout au long du 20èmesiècle des mouvements sécessionnistes ; il en est de même de l’Espagne, où les Catalans sont irrépressibles dans leur désir de séparation avec le reste de l’Espagne ; la Russie connaît également les mêmes problèmes, idem pour la Chine ; le Royaume Uni avec l’Irlande du Nord ; la Yougoslavie a finalement éclaté.



Au Cameroun, le fondement du séparatisme est basé non pas sur la race, encore moins la religion comme dans certaines régions du monde, mais sur la grande différence culturelle des peuples qui constituent la population du pays. Ceux-ci parlent plusieurs langues pour la plupart sans lien entre elles, ils ont des coutumes pratiquement antagoniques, leur habitat et art culinaire sont également très variables. A partir de tout ceci, pour peu qu’un politicien populiste surgisse, un mouvement sécessionniste peut aisément voir le jour. Il suffit pour cela qu’un tel individu se mettre à clamer que « nous les X sommes délaissés », « nous les Y sommes brimés », «nous les Z sommes marginalisés», «notre valeur n’est pas reconnue », etc., pour rallier du monde.

Tout au long du régime colonial, une grande différentiation a été opérée par les premiers envahisseurs, les Allemands, puis les autres, les Britanniques et les Français, entre le nord du pays et le sud. A la fin de ce régime, en conséquence, il ne serait guère exagéré de dire que le nord et le sud du Cameroun constituaient bel et bien deux pays bien distincts partageant simplement le même nom. Cette différence a été encore plus marquée dans le Cameroun sous administration britannique, comme conséquence du système de gouvernement mis en place, à savoir « l’indirect rule ». Les Anglais régnaient par l’intermédiaire de la féodalité locale. Enfin, la division du Kamerun le 4 mars 1916, en deux zones d’occupation impérialiste, est venue semer les germes d’un désir sécessionniste futur, basé sur les deux langues coloniales qui ont succédé à l’allemand.

Au regard de ce qui précède, rien de surprenant en conséquence que des idées sécessionnistes aient pu germer au Cameroun, dès la fin du régime colonial. Le premier projet sécessionniste a ainsi vu le jour dans le Nord-Cameroun, avant le 1erjanvier 1960. Ceci a simplement été effacé des mémoires au fil des ans et des générations.
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Avant-propos
Chapitre I :
La grande différence culturelle entre le Nord et le Sud
A – Culture sahélienne au Nord
B – Culture de la forêt au Sud
Chapitre II :
La division du Nigeria en Nord/Sud en 1914 : source d’inspiration
A – 1914 : division du Nigéria en deux entités Nord/Sud
B – Le fédéralisme pour préserver les intérêts politiques du Nord
en 1954
Chapitre III :
Les luttes pour l’indépendance : catalyseurs de la division
A – Le Nord féodal : position ambigüe sur l’indépendance
B – L’antipathie entre le Nord et le Sud renforcée par les tueries
de 1955
Chapitre IV :
Le débat sur le statut du Cameroun en 1957 et la question du Nord
A – Province du Nord à défaut de Fédéralisme
B – La thèse de Rocaglia : élu français de la Bénoué à l’ATCAM le 23 décembre 1956
Chapitre V :
Ahmadou Ahidjo Premier ministre en 1958 et la fin du « statut spécial » du Nord-Cameroun
A – Ahmadou Ahidjo : et l’abolition de la province du Nord en 1958
B – Le chassé-croisé avec Mbida et Djoumessi Mathias

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